Le monde de l’indie-rock se divise en deux catégories : d’un côté les groupes talentueux mais cons comme des manches (Ratatat, St Vincent), de l’autre des groupes intellos mais chiants comme la pluie (TV on the Radio, Bloc Party, Libertines et en bref, tous les groupes de rock des années 2000). En de rares occasions, certains parviennent à mettre un pied dans les deux camps. C’est le cas d’Algiers, un trio venu de Georgie à qui Dieu a donné la foi, mais aussi des chansons.

Quand je me permets cette courte digression sur ce qui oppose les beaux parleurs aux haut-parleurs, le groupe de Franklin James Fisher se marre, preuve qu’en plus d’avoir servi un disque qu’on ne réécoutera pas en 2025 mais assez convaincant pour qu’on prenne le temps d’aller se frotter à un groupe de Georgiens durs du bulbe, Algiers en a sous la pédale d’effets.

Le groupe a roulé sa bosse, s’est englouti des dos d’ânes ; son leader, noir, confronté au racisme de tout ce qui peut être au sud d’Atlanta, le groupe, lui-même, n’est pas composé de lapins de six semaines, à eux trois ils cumulent plus de kilomètres qu’une grande partie des gamins du circuit. Ca, c’est sûr, pour en arriver à ce premier LP éponyme Algiers en a mangé du bitume sans filtre, donné des concerts devant des salles vides, usé les motels à 20 dollars pour des tournées pourries à se dire que devenir manager McDonalds valait encore mieux que de vouloir sonner comme des rockeurs post-Marxistes. Ce croisement d’histoires personnelles, à défaut de les rendre géniaux, en fait des êtres à la fois attachants, crédibles, munis d’un véritable discours sur une musique – chose rare par les temps qui courent – qui ne prête pas à sourire au premier accord comme c’est souvent le cas avec les groupes fringués en cuir pour le shooting Kooples.

Sans avoir à aller chercher trop loin, on pense à Willis Earl Beal pour le coté larynx déchiré, à du gospel capté dans les rues d’un Detroit en ruines, Tom Waits reprenant « Sandinista » dans un champ de coton. Et lorsqu’on leur parle du Sud selon Brian Eno, berceau de l’humanité dans une métaphore reliant l’Afrique au vagin de la mère créatrice, l’œil des insurgés d’Algiers s’illumine ; peut-être simplement parce qu’on n’est pas les 356e trous du cul à leur demander pourquoi ils ont choisi la capitale d’Algérie comme nom de groupe.

Algiers // Algiers // Matador
http://algierstheband.com/

3 commentaires

  1. J’ai relevé une erreur dans le texte: tu t’es trompé, t’as mis St Vincent dans la parenthèse des groupes talentueux.
    Cordialement.
    Guitou

  2. Chiants comme la pluie?
    Tu sais yen a qui adorent la pluie,et c’est eux qui jouissent le plus facilement.
    Et c’est eux qui font le rock.
    Les autres en parlent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.