Alors que beaucoup annoncent la mort du format album, certains artistes persistent toujours à bidouiller la formule. L’Anglais Darren J. Cunningham aka Actress renouvelle le concept en proposant un disque disponible gratuitement, à condition que vous répondiez à une énigme sur son site web.
Le natif de Wolverhampton, qui a raté de peu une carrière de footballeur pro à West Bromwich Albion en raison d’une blessure, rajoute une couche de mystère à son CV : pour accéder à son premier long format depuis l’indispensable « AZD » (2017) auquel avait toutefois succédé un enregistrement avec le London Contemporary Ochestra (LAGEOS, 2018), il faut répondre à une énigme sur son site officiel. Il s’agit là du prélude à un véritable nouvel album prévu pour octobre chez Ninja Tune et intitulé « Karma and Desire » dont il dévoile la tracklist.
En attendant, ce nouvel essai au titre sibyllin « 88 » se présente sous la forme encore une fois originale d’une seule piste de 49 minutes sans aucun titre de morceaux. Et pour tout dire, elle est assez stupéfiante.
Habitué depuis ses débuts il y a plus de dix ans à trafiquer tous les courants électroniques jusqu’à l’os, le producteur reste cette fois dans la glorieuse veine de « AZD ». Dans cette approche post-moderne de la musique club, tout y passe après une entame quasi post-rock : entre ses doigts experts, Cunningham injecte là une dose de house squelettique, ici une plage ambient rêveuse, ou encore là de la drum’n’bass, du dubstep ou du hip-hop en gardant toujours ce son assez claustrophobique qui le caractérise depuis ses débuts. Si les grands pontes de l’IDM sont ici forcément quelque part en fond (Aphex Twin, Autechre) avec ses multitude de bleeps et de nappes, la jeune vague de Bristol (Young Echo, Kinlaw…) n’est finalement pas si loin non plus.
Avec ce format si particulier sans aucune interruption, le disque a des allures de mix ou de fréquences radio devenues un peu folles. Mais ce qui compte surtout, c’est l’émerveillement provoqué par ces quelques 50 minutes d’illusions cosmiques. Il reste à présent à trouver la réponse à l’énigme qui pourrait bien se cacher dans ces lignes.
éVICté ?
O state ? tick the bOx !
! benga ! wiley!
C’est plutôt 88 l’énigme,Roger Rabbit,Donnie Darko,Rain Man,…
ninja crap!
snOOze…bOllOcks….
Hackney est vide, hackney est trankill, vive hackney!
[…] Du dub des débuts, il ne reste plus grand-chose désormais dans la musique parsemée de guests des deux artistes revendiquant haut et fort leurs origines ouvrières. Comme cela est dit dans les commentaires Discogs (vrai lieu de trouvailles comme ceux de Youtube d’ailleurs), l’écoute de ce disque est comme être « immergé dans un sac amniotique rempli de dubstep/rnb/ambient déformés ». Belle formule résumant assez bien ces 45 minutes de musique claustrophobique qui, comme le reflète la pochette, ressembleraient à ce qu’on pourrait entendre l’oreille collée à la fenêtre d’un bus qui roule de nuit sous la pluie dans le dédale d’une grande capitale urbaine du cyber futur. Chaque titre va balader pendant quelques secondes vers, ici quelques boucles de house (NY Interlude), là des bribes de drum’n’bass (<>) ou encore ici un embryon du trip-hop enfumé de Bristol de Tricky ou Massive Attack (With Your Touch, U). Inyang et Reid savent aussi s’arrêter plus longtemps sur le dubstep/garage de Burial (yyyyyy2222), un post-punk renvoyant aux Cocteau Twins ou aux aînés d’A.R. Kane avec guitare cristalline (LV), le si caractéristique hip-hop anglais gavé ici de cordes sublimes (B£E), le violoncelle d’Arthur Russell sur fond de monologue samplé (Preparing The Perfect Reponse) ou encore une merveille ambient indéfinissable (Girl Scout Cookies) et une sorte de dub maritime comme cela a pu être écrit ailleurs (Honest labour). Une multitude de sons et de genres qui prennent la forme de vignettes éparses entrecoupées de glitch qui constituent pourtant au final un tout protéiforme qui pourrait aussi rappeler les récents travaux de leur compatriote Actress, notamment sur « 88 ». […]