Fin des années 60, dans la France de l’après Général de Gaulle, une poignée de groupes français tentent de rivaliser avec les Pink Floyd, Soft Machine et autre Gong. Parmi eux, Patrick Vian, Dashiell Hedayat (avec Gong, justement), Alain Kan et peut-être le grand oublié de la scène, Ame Son, auteur d’un premier et dernier album qui aurait pourtant parfaitement pu rythmer la bande son d’un film de Jean Yanne. Cinquante ans après, son leader fondateur Marc Blanc frappe à la porte pour nous faire entrer dans cette « catalyse » vieille de 50 ans déjà.

Courtesy of Marc Blanc

Ame Son, comment ça commence ?

Marc Blanc : C’est une longue histoire. Ca commence en 1966-1967 avec les Primitives, tonalité Yardbirds, Pretty Things, Rolling Stones majoritairement. Après ça, on part faire une saison en Corse pour animer les soirée – il n’y avait pas de DJ à l’époque – et puis on s’embarque à Londres où je croise une fille dans le métro qui me dit que le Marquee c’est fini, et que le nouveau hot spot c’est l’UFO [tenu par Joe Boyd, Ndr] où jouent un groupe nommé les Soft Machine. Okay, j’y vais. C’était l’une des dernières sessions mais ça nous a permis de mettre un pied dans le free rock. De retour à Paris, on fait la rencontre du jeune réalisateur Jérôme Laperrousaz qui commence à s’intéresser à nous après un concert. Il souhaite faire un film avec nous, on s’appelle alors Expression. Malheureusement le guitariste du groupe est appelé à l’armée, et c’est là que Laperrousaz me demande si j’ai envie de jouer avec Daevid Allen. Et comment ! Le jam se passe bien, ça a duré un et demi, avant qu’il ne forme Gong. Ce sont les prémisses de la vie communautaire, de la macrobiotique. Tout l’été 1968 on joue en Espagne, c’est là qu’il rencontre Didier Malherbe. Après ça, il y a la parenthèse Banana Moon mais je n’adhérais pas à tout ce que faisait Daevid ; j’adorais ses ballades et ses expérimentations psyché, mais le côté parodique et comique, j’étais pas client. Le schisme, si l’on peut dire, arrive lors d’un grand concert au Bataclan avec Soft Machine, Triangle, Martin Circus, bref, tout le monde. Sauf moi. Je jouais avec le fondateur de Soft Machine, mais j’étais pas sur scène ! J’étais dingue. On n’était pas dans les réseaux. Conclusion : je quitte Daevid et je lance mon groupe.

Il y a aussi cette soirée visiblement mythique et fondatrice, en 1967, dit « la fenêtre rose », au Palais des sports, avec notamment Soft Machine, Cat Stevens et The Spencer Davis Group.

Marc Blanc : La fenêtre rose, c’est effectivement la première et seule soirée psychédélique en France. C’est là bas que j’ai eu, acide aidant, mes premières visions cosmiques.

Quant à la vision d’Ame Son, elle vient de là ?

Marc Blanc : Non, j’avais déjà des compositions. C’est vraiment le concert du Bataclan qui me fait prendre conscience que je suis en train de rater le coche, de rater le train. Début 1968, j’appelle Laperrousaz qui me conseille d’appeler Karakos (gérant du label BYG/Actuel) : « paraît qu’il signe tout le monde ! ». Et c’était effectivement le cas. Le mec m’accueille dans un immeuble partagé avec le label Saravah, on avait une espèce de maquette qu’on lui présente : « pas de problème, vous partez dans 2 semaines à Londres pour enregistrer ». Du genre rapide, quoi. Sa promesse à l’époque, c’était de signer 25 groupes free sans payer la SACEM pour faire sauter le système. Et il l’a fait ! Dans la foulée, il décide d’organiser le festival Amougies [voir numéro spécial Belgique] et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé à jouer avant Yes, en Belgique. Notre plus grosse scène en tant que groupe, et même en tant que festivalier. Jérôme Laperrousaz a filmé tout le festival, et un morceau d’Ame Son j’ai pu voir son film avant qu’il ne soit saisi… mais plus jamais depuis.

Que se passe-t-il après ?

Marc Blanc : Ca enchaine pendant un an et demi. Alessandrini fait un report du festival en écrivant que trois groupes français se détachent, dont Ame Son. C’est une sorte de consécration. On enchaine avec un concert aux Halles, au Pavillon Baltard, 5 jours de live démentiels pour « Les nuits des Halles », un événement encore méconnu.

Qui a trouvé le nom du groupe ?

Marc Blanc : C’est le résultat d’une soirée de défonce… j’avais dû noter ça dans un cahier. Après les Primitives et Expression, me fallait une nouvelle identité. Pierre Lattès [présentateur de l’émission Bouton Rouge et producteur chez BYG, Ndr] l’avait dit : « ils sont là pour longtemps, mais j’aime pas le nom ». Bon ce qui est bien, c’est qu’il y a quand même un concept derrière ce jeu de mots foireux.

Comment expliques-tu qu’Ame Son n’ait pas eu la même postérité que d’autres groupes psyché de la même époque ?

Marc Blanc : On a quand même eu la chance d’être réédité 20 ans après la fin du groupe ; c’est certes inconnu du grand public, mais on doit être à la sixième réédition du seul album d’Ame Son. Pour le reste, on ne peut s’en prendre qu’à nous même, on a été des vrais cons ! Faut quand même dire qu’on a été assez stupide pour refuser que “Catalyse” sorte chez BYG. Bilan, on a joué à Amougies sans même avoir un album à défendre et le disque est sorti après notre séparation.

Comment Ame Son s’est disloqué finalement ?

Marc Blanc : On s’est arrêté connement… je suis tombé amoureux de Marie Rivière [l’actrice fétiche d’Eric Rohmer, Ndr], c’était un peu le creux de la vague, on était en 1971, les Beatles venaient de s’arrêter, etc. Moralité le groupe m’a convoqué pour m’informer qu’ils étaient tous rincés, qu’il fallait passer à autre chose. Et voilà. En vérité, on avait tout donné ; on n’avait plus d’inspiration. Sur le coup, ça m’est un peu resté en travers de la gorge. Par la suite j’ai remonté le groupe plusieurs fois, notamment avec Jean-Louis Aubert puis tout tas de gens.

Courtesy of Marc Blanc

Jean-Louis Aubert ?!

Marc Blanc : Oui. A la fin de la première mouture du groupe, je me suis inscrit à la fac de Vincennes pour finalement y perdre mon temps, mais j’ai croisé ce gamin ; on devait être en 1972. C’est à cette époque j’ai recalé 4 concerts avec notamment Richard Pinhas qui devait jouer mais qui nous a fait chier toute l’aprem parce qu’il n’arrivait pas à accorder ses synthés, bref, Aubert est venu au pied levé et dès qu’il est arrivé sur scène, j’ai senti la présence. Avant ça, il avait déjà joué dans Masturbation et Sémolina. L’autre truc drôle, c’est qu’au moment d’auditionner pour un nouveau bassiste, c’est Bertignac qui s’est pointé. Je l’ai pas gardé, c’est con !

Que s’est-il passé après la mort d’Ame Son ?

Marc Blanc : Une première partie sous mon nom pour Gong, je commence à présenter mes chansons aux directeurs artistiques et je pars aux Club Med pour gagner ma vie en tant qu’animateur. Et pendant 10 ans, je vends mes disques autoproduits sur ce circuit. Et voilà, tout cela nous amène à ce moment, à côté du studio CBE où j’ai eu la chance de bosser avec Bernard Estardy. Toute ma vie, j’ai eu pas mal de chance, je les ai gâché, mais je les ai eu ! Franchement, Ame Son, c’est un peu toute ma vie. En 2020, on fête le 50 ans du groupe ; j’aimerais bien organiser quelque chose pour fêter cet anniversaire. Avec Jacques Dudon (déjà présent sur le deuxième album d’Ame Son)  nous avons décidé d’enregistrer un 45 tours au printemps; des concerts suivront.

 

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