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22 mai 2026

Oonagh Haines, petite sœur flippante de Fever Ray

(C) Philippe Levi

Presque 20 ans après le Time to pretend de MGMT, la franco-anglaise Oonagh Haines pose les termes à l’envers avec Not Not Pretending, un premier album d’une délicieuse noirceur qui contraste sévèrement avec toutes les babioles pop à la beauté illusoire.

Parti de rien ou presque voilà 3 ans, le label franco-belge Moli Del Tro peut déjà regarder dans le rétroviseur avec un semblant de fierté : disques du Rennais perché derrière Héron Cendré, albums de Naomie Klaus, Chris Imler ou encore Christophe Clébard ; c’est à se demander comment deux personnes assis dans une si petite tour de contrôle sont parvenus à faire décoller autant d’ovnis.

Le nouveau modèle fraichement sorti de l’usine à anti-tubes doit poser cinquante kilos tout mouillés. Nom de code : Oonagh Haines. Couleur du vaisseau : comme les Outrenoirs de Pierre Soulages. Vitesse estimée : très rapide ; du moins suffisamment pour dépasser sans transpiration la concurrence avec en gros marqué sur la carcasse du vaisseau une punchline sticker qui pourrait ressembler à quelque chose comme « Not Not Pretending sonne exactement comme l’album de Fever Ray qu’on attend comme des cons depuis plus de quinze ans ».

L’art du travestissement

Derrière cette identité alambiquée aux consonances si exotiques, on trouve Oonagh Haines, une jeune femme qui a grandi non loin de chez Zaho de Sagazan, près de Dunkerque. Mais ne pas se fier aux apparences, ni au morceau d’ouverture Loaded Gun donnant l’impression d’écouter les expérimentations tardives de Scott Walker couplées à des instrumentations de rap dur. Oonagh Haines n’est pas Miki ou Theodora, et pousser sa voix sur le devant du mix, pas trop son truc. En lieu et place de ce qui rend une majorité des disques actuels aussi éphémères qu’inutiles, celle qui a également vécu à Londres propose un axe hybride, indécis, où la voix semble aussi trafiquée qu’une Mercedes en Seine-Saint-Denis.

Fever Ray (of light)

Si le premier album de Fever Ray publié en 2009 est ici convoqué, c’est qu’il présente d’étonnantes similitudes avec ce Not Not Pretending, notamment ses ambiances poisseuses et nocturnes ; et l’impression que le lapin flippant de Donnie Darko pourrait surgir d’un buisson à tout moment. Formée aux arts visuels, Oonagh possède aussi un sens du rythme et des gimmicks tapotés sur cinq touches ; un talent assez rare développé depuis l’achat d’un synthé Casio à 3 balles dans une brocante, et qui infuse sur l’ensemble de ce disque tout sauf prétentieux et pas « prouveur » où l’on se perd peu à peu comme dans une forêt où l’on aurait été abandonné par ses parents.

Loin d’être un simple disque de post goth pour nostalgiques des caves humides, ce premier essai est une démonstration de maitrise. On y entend par moment un échos à d’autres disparus du circuit (The Blaze) et partout irrigue cette impression d’une sentimental techno à la fois dansante, mélodique et rondement menée par une jeune femme sachant très bien où elle va. On espère sincèrement que le bout du tunnel Eurostar est encore loin pour cette Franco-anglaise aux allures de Jeanne Dark de la pop.

Oonagh Haines // Not Not Pretending // Moli Del Tro
https://molideltro.bandcamp.com/album/not-not-prentending

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