Quand en 1998, quatre Écossais réalisent qu’ils sont sur le point d’enterrer la Britpop avec seulement trois EPs, ils se chient dessus et disent à tout le monde que leurs chansons sont merdiques. Avant de rétropédaler lamentablement. Retour sur la plus grande success-story qui n’a jamais eu lieu.

Pour les fans d’indie trop tristes et nostalgiques pour mettre à la poubelle leurs disques de Belle And Sebastian (il est temps, vous avez 37 ans, faut passer à autre chose) il y a un film culte qui revient dans toutes les conversations à chaque fois que Christopher Owens de Girls vient faire un concert en France (c’est totalement gratuit, je sais) : High Fidelity. Dans le film, le gérant du magasin profite d’un engouement exceptionnel dans sa boutique d’ordinaire déserte pour mettre Dry The Rain de The Beta Band afin d’essayer d’en vendre cinq copies à de faux passionnés de musique prêts à tout pour se donner une crédibilité et une légitimité dans ce petit monde intraitable des collectionneurs de disques.

Voilà à quoi est réduit ce groupe, de la sous-merde qu’on passe pour de la bonne musique afin de berner des idiots qui n’y connaissent visiblement rien. Pourtant Steve Mason (chant), Robin Jones (batterie), Richard Greentree (bassiste) et John McLean (Samplers) étaient des génies incompris complètement fous pensant avoir le potentiel de devenir des rock stars. Avant de réaliser qu’ils n’en avaient pas les épaules. Pour ensuite dire à tout le monde que si, ils voulaient vendre des disques, remplir des salles et gagner de l’argent. « Tout allait bien jusqu’au moment où les gens ont commencé à croire en nous et à attendre quelque chose de nous », confesse le chanteur dans une interview en 2001.

Débuts en fanfare

Tout avait pourtant pas trop mal commencé. Les quatre mecs d’Édimbourg, petite soeur musicale de Glasgow qui n’a jamais su produire de grands groupes, sortent successivement trois EPs en édition limitée : « Champion Versions » en 1997, « The Patty Patty Sound » et « Los Amigos del Beta Bandidos » en 1998. Des chansons qu’ils font dans une piaule et qu’ils sortent à 300 copies « pour le fun ». Le monde entier découvre alors Dry The Rain, Inner Meet Me ou She’s The One et rapidement, leur style plaît. Cette fusion de plusieurs genres, allant du rock à la house, en passant par la folk et le psyché, fait du Beta Band un groupe que l’on qualifie de surdoué. Ça groove plutôt bien. Les journalistes paresseux trouvent vite une comparaison à mi-chemin entre The Verve et les Happy Mondays qui parle au lecteur lambda du NME et encore mieux, Oasis les kiffe. On les mets au même rang que Pink Floyd et on laisse entendre que Radiohead rêverait d’avoir leur talent. Ça fait beaucoup.

Ils incarnaient un faux idéal à deux francs six sous qui avait néanmoins un attrait commercial : des mecs biberonnés au punk qui embrassaient la culture rap sans négliger le rock. En plus, ils faisaient réellement la musique qu’ils avaient envie de faire. Sans concession. Et même si, à cette époque, n’importe quel groupe à peu près potable pouvait signer un contrat avec une maison de disques, The Beta Band finit par faire peur à son label.

« C’est clairement le pire album qu’on ait jamais fait et probablement le pire album de l’année. On pourra toujours faire mieux la prochaine fois »

Sabotage

Les raisons ? Le leader et chanteur Steve Mason est ingérable, accro aux drogues et prend des décisions merdiques. Déjà, ils ne vivent pas dans la même ville. Ensuite, ils engagent un manager basé à Los Angeles parce qu’il a « une jolie voix ». Ça ne fonctionne pas et le groupe se tourne alors vers Alan McGee, au plus bas de sa forme après des années de défonce quotidienne dans les locaux de Creation Records. Pas la meilleure décision quand la plupart des membres sont accros aux acides avec, pour le chanteur, un penchant pour la dépression. Mais ce n’est pas tout : les lascars veulent faire un double album et enregistrer chaque face du vinyle sur un continent différent. Ils montent sur scène habillés avec des kimonos ou des costumes en velcro sur lesquels ils attachent des lettres pour y former des mots comme « Beta » ou « Irak ». En studio, c’est l’horreur : Steve ne laisse personne d’autre que lui prendre de décisions, pique des crises et casse des instruments. Résultat, le disque coûte cher à produire. Et il ne se vendra pas.

Pire, en interviews, ils disent à tous les journalistes que leur premier album éponyme est à chier. Florilège : « C’est clairement le pire album qu’on ait jamais fait et probablement le pire album de l’année. On pourra toujours faire mieux la prochaine fois. »; « Il y a des chansons horribles sur l’album. Aucune n’est vraiment finie ou bien réalisée. Nous avons des bouts de chansons avec des improvisations au milieu. »; « Le prochain sera encore pire. ». Pas vraiment les citations d’un groupe prêt à conquérir les fans du monde entier.

Allez savoir pourquoi et comment, ils vont quand même en sortir deux autres, en multipliant les interviews pour dire qu’ils sont de retour et qu’ils veulent qu’on les aime. Rien n’y fait : Kasabian et Franz Ferdinand débarquent et The Beta Band ne trouve pas son public. Au final, les rois de la communication se retrouvent avec une dette de 1,2 millions de livres. Malgré quelques fulgurances (Squares, Easy et It’s Not Too Beautiful), les albums du Beta Band sont trop inégaux pour percer et le groupe trop perché pour être compris par le plus grand nombre. Il ne restera que cette scène dans High Fidelity et ces trois premiers EPs. Franchement, ils méritaient mieux.

PS : il y a cette scène géniale dans un documentaire sur YouTube en trois parties où l’on voit Steve acheter de l’alcool dans une supérette. Le groupe retourne ensuite en studio où ils boivent du whisky tout en jouant aux fléchettes sur une chanson de Notorious B.I.G. The Beta Band dans toute sa splendeur.

Pour fêter les 20 ans, la compilation “The Three EPs” est rééditée par Because Music. 

8 commentaires

  1. pas encore sorti , mais livré pour 30 boules, port compris avec signature en Un jour ouvré, mais que font les ‘INDE'”scies” ?

  2. Ah jeunesse qui croyait en ce temps là au retour du Floyd champêtre de More ou Atom Hearth, qu’elle ne fut pas ta (encore une) désillusion devant ce feu de paille. . Milieu des années 90, dire que nous étions paumés est évidence. Ou sont passez les dieux?
    A partir de ce chant du cygne de la contre culture Occidentale, dont le mouvement rock est une des composantes, chacun prit alors le parti de se créer sa niche culturelle, sa bulle musicale, son espace préservé de ceux qui l’avaient prostituée depuis trop longtemps . Après tout, nous avions à portée de main tout les témoignages des grands explorateur de ce mouvement. Nous pouvions à loisir voyager ou bon nous semblait dans ce territoire de la création humaine et de ces premiers manifeste. Chacun(e) pérégrinant à travers, selon sa sensibilité. Ils nous avaient donné la méthode, le moyen, pour accéder à ce nouvel espace intérieur, dans une réelle volonté de transcendance, vers le surhomme disait l’autre.
    L’arrivée du réseau numérique et d’une jeunesse vorace n’ayant point connu elle, le poid de l’échec, celui d’une communion universelle au delà de la pensée rationnelle productiviste, propulse alors ce dernier vers autre chose.
    Mélange de putasserie rock en toute innocence , de clic boum synthoid à la recherche d’un futur découpé dans les accords de chansons d’un Syd B malade, ce Pojam universel trace sa route, celle de l’esprit de l’espèce, qui toujours, à ce besoin du Totem.
    Et moi, du fond de ma niche, je sculpte aussi le mien, pareil, comme les autres, en hurlant parfois devant ce monstre au milliard d’yeux mon désarroi, ma solitude

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