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Zombie Zombie : l’interview interview

Zombie Zombie, c’est comme tous les films du genre : un début fracassant (en 2007), des moments d’angoisse (les héros vont-ils se faire buter ?), une musique planante pour illustrer les travellings (3 albums studio au compteur) et des fans qui serrent très fort le fauteuil. Dix ans après les débuts, faisons le point sur ce film qui dure.

« La mode se démode, le style jamais. » C’est pas nouveau, c’est de Coco (Chanel). Pour résister au temps, en musique, on n’a pour l’heure rien inventé de mieux que la musique instrumentale ou quasi. Étienne Jaumet et Cosmic Néman, les deux zombies habitués à nos pages depuis 2007, le savent mieux que la majorité des groupes concurrents qu’ils ont tous enterré (sic), un à un, pour, au final, n’être plus que les seuls toujours en course. En course vers quoi d’ailleurs ?

Peut-être le titre du premier groupe français underground à s’être fait un nom sur la scène internationale sans se renier, peut-être aussi celui du premier groupe à se survivre à lui-même, au-delà des cycles qui exigent que passer la décennie, pour un groupe, reste un exercice dont seuls très peu sont capables. « Livity », le dernier né de la portée Zombie, est toujours aussi gluant ; un peu moins surprenant peut-être, mais toujours branché sur le canal historique : des synthés, du rythme (il y a deux batteries maintenant) et cette petite touche de groove électronique qui permet aujourd’hui au projet de tuer des humains dans des hangars, dans des parkings, dans les festivals de France et d’ailleurs, dans les supermarchés même, depuis que Lady Gaga a gentiment plagié leur Rocket Number 9.

Réunis à la galerie Arts Factory pour l’occasion, les trois membres du groupe reviennent ci-dessous sur leurs débuts, les évolutions et le nouvel album très spatial, et designé par Philippe Druillet. Pas vraiment une interview-bilan, puisque le film n’est pas terminé. Appelons ça plutôt un moment de répit avant la prochaine attaque.

(C) Astrid Karoual

(C) Astrid Karoual

Salut les mecs. J’ai l’impression qu’on ne s’est pas quittés alors, qu’en fait, votre dernier album remonte à 2012 (« Rituels d’un nouveau monde »). Encore plus étrange, notre première rencontre a pile dix ans, dans un bar tout proche (on est à Bastille, à Paris), pour la sortie de votre premier EP.

Étienne Jaumet : Je me souviens bien, il y avait avec toi Adrien Durand [parti fondé Bon Voyage Organisation depuis, ndlr]. On avait halluciné sur cette rencontre.

Vous vous souvenez de votre état d’esprit, à l’époque ? Et pour paraphraser Laurent Boyer dans Fréquenstar : est-ce que vous pensiez que vous seriez encore là, dix ans après ?

Cosmic Néman : Non, pas du tout. Avec Étienne, on dit souvent qu’on a débuté ce groupe pour s’amuser, moi à l’époque je jouais avec Herman Düne, on partageait simplement le même studio ; tout s’est lancé sans plan de carrière. Dix ans après, c’est surprenant d’être encore là, même pour nous.

Contrairement à beaucoup de groupes ou projets ayant débuté à la même époque, vous avez su durer. C’est quoi le secret de la réussite Zombie Zombie ?

Cosmic Néman : La réussite, ça ne veut rien dire. Moi je trouve qu’on reste dans une sorte d’artisanat de la musique ; si on a fait le choix de rester fidèle au même label (Versatile), au même tourneur (Julie Tippex), c’est parce que ça nous convient bien, et c’est peut-être aussi cela qui explique la longévité. Parfois c’est le passage à un plus gros truc – et on a eu quelques touches – qui te fait disparaître définitivement.

Quelles touches, précisément ?

Cosmic Néman : Plutôt des gens nous incitant à aller voir ailleurs… Mais pas de gros labels tentant de nous recruter.

Étonnant, j’aurais pensé que le label de Geoff Barrow, Invada, vous aurait approchés.

Étienne Jaumet : Eux, ils nous ont proposé de faire un split single sans même nous rencontrer. Et puis on s’est rencontrés et là, plus de nouvelles. Ha ha.

Cosmic Néman : Comme on a déjà joué avec Beak >, peut-être est-ce l’esprit de compétition vu qu’on fait globalement la même musique…

Étienne Jaumet : Y’a pas mal d’écueils dans la musique, ça peut vite s’arrêter…

« Moi je sais jouer du clavier qu’avec un doigt. »

Depuis le départ vous semblez en être conscient : je me souviens d’une interview où tu disais, Étienne, que le fait d’être deux était murement réfléchi : moins de cachets à payer sur la route, une logistique plus facile pour tourner, etc.

Étienne Jaumet : Y’a quelques exceptions. La Femme, par exemple, sont sept sur scène.

Certes. Mais d’où vous vient cette « sagesse » ?

Étienne Jaumet : De nos expériences respectives, d’une part. Avant Zombie Zombie, chacun de nous avait déjà joué dans des groupes ; et puis on voyait bien que le marché était en train de s’écrouler et qu’il fallait simplifier pour préserver le facteur « fun » de ce qui n’était au départ qu’un side project.

Cosmic Néman : Et la formule duo, c’était aussi l’idée de se confronter à une configuration qu’on n’avait jamais pratiqué dans nos groupes respectifs. Et après plusieurs années à explorer cette formule, on s’est dit que c’était bien de finalement en sortir, d’où l’arrivée de Docteur Schonberg sur une seconde batterie.

(C) Astrid Karoual

(C) Astrid Karoual

Docteur Schonberg, c’est pas trop compliqué de débarquer comme ça, dans la vie d’un vieux couple ?

Docteur Schonberg : Peut-être, mais on se connaît tous depuis longtemps ; je faisais déjà des perçus dans Herman Düne, et avec Étienne on avait déjà joué dans Flop. Alors oui, certes, fallait que je trouve ma place, mais c’était une place en or ! Et puis j’ai apporté quelques synthés percussifs, un peu de trompette…

Pour revenir sur l’artisanat Zombie Zombie, que vous amène Gilb’R de Versatile depuis 2007 ?

Cosmic : C’est d’abord quelqu’un qui nous apporte beaucoup musicalement, notamment au rayon électronique. Et sans lui, certains choix artistiques n’auraient jamais été pris.

Étienne Jaumet : Et aussi des idées de remix, de collaborations, comme avec Gesaffelstein. Et c’est aussi lui qui a poussé pour qu’on transcrive le projet de reprises de John Carpenter sur disque ; au départ ce n’était qu’un concert…

Au final, c’est votre disque qui a le mieux marché ?

Étienne Jaumet : Probablement. Mais au-delà de ça, Gilb’R nous a toujours soutenus, et idem avec les musiques originales de film, qu’il a toujours publiées.

Cosmic Néman : Le mec a clairement pas peur de sortir des disques, quoi. Beaucoup sont frileux vu le contexte économique, lui il fonce, il est toujours enthousiaste. Il est toujours à la page, musicalement.

Je suis obligé d’interrompre cette interview pour alerter nos lecteurs : l’expression « à la page » n’est plus à la page.

Le groupe : […]

Okay, passons à autre chose. Quand Zombie Zombie a débuté, le krautrock n’était pas encore revenu complètement à la page [et toc], John Carpenter n’avait pas encore fait son grand retour, Walking Dead n’était pas encore sorti, etc. Vous avez été visionnaire, en quelque sorte, sur cette esthétique. C’était clairement réfléchi ?

Étienne Jaumet : C’est venu comme ça, à l’intuition, et c’est peut-être ce qui explique qu’on s’est pas plantés. C’est comme vouloir être à la page, le simple fait de le dire fait que tu es déjà à côté de la plaque ; c’est comme les groupes qui copient les sons du moment, c’est déjà trop tard, les labels ont deux coups d’avance. Coller à un style te fait perdre ta pertinence, en général.

Pourtant, à regarder les groupes d’où vous venez tous les trois (The Married Monk, Herman Dune, Berg sans Nipples), à priori, on était loin de l’univers zombie.

Cosmic Néman : Et pourtant on avait toutes ces références en commun, c’est un truc qu’on partageait avec Étienne.

Docteur Schonberg : Et toi Etienne, tu utilisais déjà une TR800 [un modèle de boite à rythmes, ndlr].

Néman : Et il faut rappeler qu’à l’époque, vers 2007, il y avait ce label anglais dingue, DC Recordings, qui sortait tous ces albums designés par le collectif de La Boca. Quand DC Recordings a finalement mis la clef sous la porte, on a proposé à La Boca de produire nos visuels ; c’est eux qui ont contribué à donner cette esthétique à Zombie Zombie, très portée sur la science-fiction.

« Personne demande à Woody Allen quel est le concept de son prochain film. »

Maintenant, le futur. Il y a donc ce nouvel album, « Livity ». C’est moi ou il est moins « chanté » que les précédents ?

Étienne : Moui… Il n’y avait que la reprise de Sun Ra sur le précédent.

Cosmic Néman : Mais il est vrai que sur tous les autres il y a eu une reprise chantée. Là, on ne l’a pas fait, c’est comme ça.

Étienne Jaumet : Pour « Livity », on avait déjà quelques morceaux en tête et puis… [malaise] on nous a proposé de l’enregistrer en studio, gratuitement. Je vais pas te dire où c’était, tu vas te moquer de nous.

Euh ?

Étienne Jaumet : C’était au RedBull Studio, à Paris.

Cosmic : Et au-delà de ça, on est très attachés à Guillaume Sorge, en charge du travail musical chez RedBull France, et qui est un peu à l’origine du groupe, puisque l’un des premiers concerts qu’on a fait, c’était au Point Éphémère pour son label, D.I.R.T.Y., après lequel Gilb’R, qui était là, a souhaité nous rencontrer.

C’était quoi l’ambition avec ce disque ? Comment, lorsqu’on fait de la musique répétitive, parvient-on à ne pas se répéter ?

Cosmic Néman : Pour nous, y’a pas de concept, on ne demande pas à Woody Allen quel est le concept de son prochain film. Dans « Livity », il n’y a pas de changements profonds, mais je ne crois pas qu’on souhaitait faire quelque chose de différent de Zombie Zombie, c’est davantage un retour aux sources.

C’est exactement ce qu’on se dit à l’écoute : c’est un disque conforme à l’idée qu’on peut se faire de Zombie Zombie.

Cosmic Néman : Contrairement à ce que tu sembles penser, notre carrière est assez intuitive, il n’y a pas de conception ou pré-conception. Idem pour celui-là, tout ou presque s’est fait sur le moment.

Je vous pose toutes ces questions parce que votre « survivance », face à un système où à priori vous n’aviez aucune chance, me fascine.

Étienne Jaumet : On est les premiers surpris. Mais je sais qu’on est capable de faire des choses différentes ; récemment Xavier Veilhan nous a invités à la Biennale de Venise où il disposait d’un studio d’enregistrement, avec plein d’instruments qu’on n’avait pas l’habitude d’utiliser.

Docteur Schonberg : Comme le Cristal Baschet par exemple. Un instrument muni de tiges en forme de cristaux, amplifiés par une sorte de métal qui résonne à la manière de haut-parleurs. Un instrument très organique pour le coup.

Étienne Jaumet : Ce serait drôle que le public entende un jour ces extraits, pour nous dire si ça sonne comme du Zombie Zombie.

Pourra-t-on un jour s’attendre à la sortie d’un MTV Unplugged par Zombie Zombie ?

Étienne Jaumet : Pas sûr, en tout cas pas en piano solo. Moi je sais jouer du clavier qu’avec un doigt.

Cosmic Néman : La plupart des synthés qu’utilise Étienne sont monophoniques, d’où la limitation.

Étienne Jaumet : C’est la triste vérité. Et ça m’empêche pas de planter !

Bon les mecs, je sais si vous avez lu la terrible nouvelle…

Le groupe : quoi ?

Lady Gaga est malade.

Étienne Jaumet : Oh merde, grave ?

Nan. Mais elle a dû récemment annuler une tournée à cause d’une fibromyalgie. Du coup, je me demandais si vous lui aviez jeté un mauvais sort après son « emprunt » de votre morceau Rocket Number 9.

Étienne Jaumet : Absolument pas et au contraire ! On lui est extrêmement reconnaissants d’avoir su porter la parole de Sun Ra dans le monde entier, par notre intermédiaire.

Cosmic Néman : Même si ses fans ont visiblement pas tout compris, certains remettaient même en question le fait qu’elle ait pioché dans notre morceau : « C’est pas un titre de Zombie Zombie, Lady Gaga a vraiment bossé avec Sun Ra, etc. » N’empêche que du coup et grâce à elle, c’est devenu le morceau le plus écouté sur les plateformes de streaming…

Étienne : Y’a même des enfants qui font des chorégraphies sur Instagram.

Bon ben merci, on a tout ce qu’il faut là, non ?

Étienne Jaumet : Ah merde, on n’a pas parlé de la pochette réalisée par Philippe Druillet !

Zombie Zombie // Livity // Versatile
www.facebook.com/zombiezombieband/

A noter, très important parce que la loi nous force à le préciser : le groupe a posé devant des oeuvres d’Anne Van Der Linden. On vous laisse seuls juges sur la qualité de ces oeuvres.

6 Comments

  1. desperate bicycles, only for two-

    5 novembre 2017 at 18 h 36 min

    je me suis ‘amusé » a mettre J.Mauss & Livity 7″ bonus en même temps, c’est conceptuel & tres pointu nom d’un caniche!

    • Bester

      5 novembre 2017 at 22 h 13 min

      Voilà une bonne occupation dominicale tiens.

  2. la salope

    7 novembre 2017 at 13 h 11 min

    bonO pas bonitO creve salope

  3. RS1714

    8 novembre 2017 at 17 h 01 min

    Zacré français!

  4. Piano acqueux

    8 novembre 2017 at 17 h 08 min

    & leur bandcamp qui ne repond pas! çà c plutôt insultant!

  5. manic manixx

    9 novembre 2017 at 12 h 01 min

    en couv’ de GIC-clé?

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