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Tout le monde aime Donny Benét

Donny Benét est cool, écoutez son album. Bon, même si 97% du propos de cet article est déjà synthétisé dans ces sept premiers mots, on va développer un peu, histoire de ne pas passer pour un flemmard de première. Histoire, aussi, de refiler une petite place au soleil – sur un transat, de préférence – à cet Australien très open qui, malgré sa silhouette replète et ses clips bidonnants, est tout sauf bidon. Comme disent les fillettes du couloir : allez, Donny, viens jouer avec nous !

C’était il y a une décennie, ou une éternité : 2008. Main dans la main avec Guy-Man (de Daft Punk) et Rico (de Marc Dorcel), Sébastien Tellier sortait son album synthé-cul, « Sexuality ». On lui a déjà collé tous les adjectifs, par devant, par derrière, donc on ne va pas ici refaire le match comme si on était Eugène Saccomano – là n’est pas le propos. Mais maintenant que le gourou de l’amour et de la violence a vieilli avant l’âge, pris au piège de son propre personnage, c’est plutôt vers Sydney qu’il nous faut pointer le doigt sur le globe terrestre pour aller trouver son descendant spirituel. Et en version améliorée, ce qui ne gâte rien ; car si Seb, c’est bien, Donny, c’est mieux. Pour preuve, le quatrième disque de l’intéressé, dont le titre ne laisse aucune place au doute : de la même manière que Jeffrey Lebowski, c’est « The Dude », Donny Benét, c’est « The Don ». Tout simplement.

Derrière son look de Giorgio Moroder discount et dégarni qui ne matchera jamais sur Tinder, il y a le meilleur de la dolce vita 80s funky et suave, mais en claquettes et synthé Roland plastiqué ; un mec au feeling italo-disco, costard blanc ou rose selon les collections, qui avec sa coolitude ambition zéro s’en paye une bonne tranche dans une carte postale de la win redessinée. Sur « The Don », il y a des synthés baladeurs, des lignes de basses rebondies, de l’euphorie et de la mélancolie, de l’insouciance, des mélodies léchées, des tubes désinvoltes. Il y a l’Italie solaire, la Grèce en stuc, les années top-clinquantes, des îles à partouzes, du champagne de faux riche et des belvédères donnant sur des eaux méditerranéennes où ne flottent pas encore des bouts de migrants amalgamés aux déchets plastiques.
Bref, autant le dire, en écoutant cet album, on pense rarement au dernier numéro de La Vie du Rail ou à sa feuille d’impôts. C’est plutôt les noms des Pet Shop Boys, de Patrick Cowley, Pino D’Angio, Jan Hammer, Tonetta, des Strokes (oui, écoutez Night in Rome) et même, trick un brin plus hasardeux, de Pia Zadora & Jermaine Jackson (sur le single Santorini) qui font tilt dans notre cerveau. Et à l’heure du contrôle technique de nos Vies-De-Merde 3.0, il fait bon voir ce péquenaud génial et réjouissant gigoter en bord de plage, l’œil qui frise et le surmoi sous chloroforme.

Serial cooler

Dans cette dimension floue qui sépare le premier et le second degré, le bon et le mauvais goût, Donny l’hédoniste cabotine juste ce qu’il faut, se baladant avec une adresse pataude qui laisse pantois. Son électro-pop généreuse et nonchalante a tout du zéphyr venant aérer une pièce devenue étouffante. Pas de pose, ici, ni de cynisme ou d’opportunisme malsain. Le décalage est tenu, assumé au premier degré et non comme un paravent ironique déplié par un connard de faussaire décomplexé battant sa monnaie de singe avec un sourire narquois. Surtout qu’on le sait : les disques qui font (sou)rire ont souvent tendance à squatter le fond du panier au niveau musical stricto sensu. On ne fera pas la liste ici, elle est trop longue. Pas effarouché par ce constat, Donny Benét tente quand même la pirouette et arrive on ne sait trop comment à retomber sur ses pattes. Peut-être un héritage de son pays natal : après tout, quand on vient d’une île qui a réussi le tour de force de rester digne (sinon badass) après avoir 1. vu son armée perdre une guerre contre des émeus, 2. fait naître Iggy Azalea, et 3. inscrit dans la loi qu’il était interdit d’être ivre dans un bar, il y a forcément des aptitudes particulières qui se développent chez les locaux.

Comme ses compatriotes Alex Cameron ou Kirin J. Callinan, Donny travaille le kitsch 80s dans de belles proportions. Si vous voulez un exemple, lorgnez ces solos de saxo, instrument cheesy par excellence, qu’on aurait pensé ne pouvoir entendre que dans des vieux Supertramp. Un goût pour le pas de côté qu’on retrouve aussi à d’autres moments de l’album, comme sur ce beau morceau qu’est Reach the top et qui initie le volet nocturne de l’album : alors qu’on s’attend d’une seconde à l’autre à entendre débouler un refrain qui ferait péter les scores, Donny Benét préfère plutôt prendre une contrallée, gratouillant sur une guitare à la Mac DeMarco en prenant sa voix de tête, dans un équilibre fragile et touchant. Le disque est à l’avenant, pop à souhait, libre, enjôleur, ondulant hors piste (mais pas celle de danse). L’épicurisme tubesque de Santorini, la rythmique acidulée de You’re Too Good, la mélancolie électro de Night in Rome, les badineries funky de Love Online, la moiteur suggestive de Konichiwa, on pourrait écouter tout ça les yeux fermés. Ce qui serait dommage, soit-dit en passant, car les clips valent le détour ; celui-ci par exemple, entre solos de saxophonistes en feu, sous-titrages néerlandais, geisha à épaulettes et clones un brin envahissants. Voilà qui rend, sans doute, tout autre commentaire superflu.

On l’aura compris, se prendre au sérieux ne fait pas vraiment partie des priorités de ce Sydnéen – vous trouvez pas que ça fait nom d’extraterrestre ? – qu’on pourrait qualifier de « croquignolet » si on habitait des dorures élyséennes au lieu d’une banlieue trop beige. En revanche, c’est à peu près sûr qu’il a dû mater en boucle l’intégrale de Miami Vice, se catapultant dans un embranchement de réalité où le nom de Clio évoque moins une insipide bagnole de la Régie que la chanteuse d’un beau single italo-disco de 1985 qui aurait dû mettre le monde à sa Botte au lieu de ne faire le miel que de quelques happy-few en mal de minauderies gravées sur sillon.

Et comme je n’ai pas trop envie de me casser les pattes à trouver une formulation accrocheuse pour conclure proprement ce papier, voilà un petit florilège d’arguments hasardeux selon lesquels toi, ton prochain, ton précédent, ton N+1, ton voisin du dessous, les habitant.e.s de Bourg, de Strasbourg, de Fribourg, de Iekaterinbourg, bref, le monde entier devrait jeter une oreille et son dévolu sur Donny Benét :

1. Parce que Donny Benét a le meilleur programme qui soit depuis celui du White Panther Party : je-m’en-foutisme généralisé, liberté et érotomanie pour tous, avec quelques traces de charlie sur la bande VHS.

2. Parce que le 6 avril, au rayon sortie de disques venant d’Australie, c’est ça ou, hum, le nouveau Tina Arena. Y’a besoin de vous faire un dessin ?

3. Parce que quelqu’un qui dit polir ses mélodies en faisant des sorties à vélo (comme Kraftwerk), tout en ayant de plus de bouée que ton oncle ne peut être que quelqu’un de recommandable.

4. Parce que parmi les huit morceaux du tracklisting, il n’y a même pas Melodie (l’un des titres que j’ai le plus poncé ces deux derniers mois), cantonné à un statut subalterne de one-shot digital alors que beaucoup en auraient fait le pivot central de leur LP. C’est dire si les autres titres sont loin d’être des traîne-savates.

5. Parce qu’il n’y a pas besoin d’avoir le corps d’un dieu du surf pour se la couler douce sur une plage australienne. Buvez la tasse, régimes minceur, éphèbes Rip Curl et naïades Quiksilver !

6. Parce qu’après un hiver gris et glacial, avoir un petit aperçu d’été dans les oreilles n’est pas de refus, même si (voire, surtout si) tu es dans le rouge sur ton compte en banque et que ce qui se rapproche le plus d’un maillot de bain, c’est un vieux caleçon à carreaux acheté au Carouf du coin.

7. Parce que si un jour Philippe Katerine devient Président comme dans le film de Forgeard, j’ose espérer que Donny Benét sera préposé à la composition du nouvel hymne national, histoire qu’on se replace un peu sur la carte du cool avant qu’un astéroïde ne désintègre une bonne fois pour toutes cette grosse boule de cons.

8.Parce que – on le répète – c’est « The Don ». Autre chose ?

Donny Benét // The Don // Dot Dash, sortie le 6 avril 2018
https://donnybenet.bandcamp.com/

3 Comments

  1. a man on a bicycle

    17 mars 2018 at 19 h 46 min

    c’est du louis austen d’autruche! pas facile d’ecrire from a bicycle, mais bon ,pas de keufffes!

  2. Jeff Lebowski

    17 mars 2018 at 22 h 07 min

    Goddamn, the dude, not the duke ! What kind of asshole would call himself the duke ? and live my carpet alone, it enhances the place.

  3. malcom portobello

    18 mars 2018 at 10 h 26 min

    duck duck duck is free rock! long live the liver!

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