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TOLOUSE LOW TRAX
Four de Transe

Certains jeux de mots ont, semble-t-il, été conçus pour tenir le chaland à bonne distance afin d’éviter qu’il ne se fasse mal. Tolouse Low Trax, votre amant allemand de ce soir est de ce genre-ci. Tout près et pourtant si loin des currywurst et de la minimale pour touristes, l’homme-machine Detlef Weinrich perpétue la tradition d’avant-garde de Düsseldorf via un troisième album sensuel comme une Révolution industrielle.

Certains jeux de mots ont, semble-t-il, été conçus pour tenir le chaland à bonne distance afin d'éviter qu'il ne se fasse mal. Tolouse Low Trax, votre amant allemand de ce soir est de ce genre-ci. Tout près et pourtant si loin des currywurst et de la minimale pour touristes, l'homme-machine Detlef Weinrich perpétue la tradition d'avant-garde de Düsseldorf via un troisième album sensuel comme une Révolution industrielle.

Je lui ai dit: « Les sanglots longs des violons de lautomne blessent mon cœur d’une langueur monotone. » Elle a soupiré : « J’avoue ».

Depuis quand ne faisons-nous plus des pièces montées de nos spleen ? Ou plus exactement quand avons-nous arrêté de les apprécier ? Depuis qu’on s’envoie derrière le collier du crypto-Joy Division en slim ou du proto-Smiths à moustache en guise de coupe-faim?

Un début d’explication se situe le 12 mai 68. Après une nuit affairé à envisager une de mes cousines (vos gueules, c’est issu d’un remariage), je m’offrais à déjeuner une choucroute sur le boulevard en regardant quelques épaves fumer. J’aime scruter les volutes s’échapper des épaves de bagnoles, humer l’odeur de la tôle fumante et écouter le chant du cygne d’une automobile gisant sur « son dernier stationnement ». Bref, j’entamais le jarret lorsqu’un ahuri se présente devant la terrasse, me harangue comme si j’avais la monnaie pour le baiser et gueule : « Vos oreilles ont des murs. Nos oreilles ont des murs ». Dégageant un excès de cérumen d’une de mes oreilles (je sais plus laquelle et on s’en fout) je lance à l’énergumène: « Tu n’as pas tort l’agité ! » et j’ajoutais (parce que j’ai le cœur sur la main) tout en lui jetant mon jarret : « Tiens, pour ta pitance le moche ».

Quelle époque.

C’est un fait, l’Agité avait non seulement raison mais je m’aperçois qu’il faisait partie de ces illuminés à avoir des visions d’avenir. Une poignée de décennies plus tard nos oreilles ont toujours des murs. Pourquoi ? Déjà parce que le bâtiment c’est toujours un succès et ce quelle que soit la conjoncture. Et puis car on se protège (de l’inconnu, l’envahisseur Mongol, qu’en sais-je ?), c’est naturel. Pourquoi en trois albums personne ne s’est penché sur Tolouse Low Trax ? Des problèmes aux lombaires peut-être (Ho savoureux !). Nos oreilles ont des murs et certains Teutons de la génération Y tentent encore de les faire tomber. Question de culture ou de tradition probablement.

C’est évidement très délicat de laisser un inconnu vous pénétrer de la sorte. Étant donné le rapport sans précaution qu’il entretient vis-à-vis de son auditeur depuis ses débuts, on ne s’étonnera même pas de voir Tolouse autorisé à quitter ses frontières qu’à partir du troisième album solo. À vrai dire – pour être tout à fait honnête avec toi mon lecteur que je fixe dans le blanc des yeux et à qui je serre la main moite – Low Trax a moins de chance de fleurir dans les bacs de la FNAC ou chez l’omnichiant qui « écoute de tout » que le folklore des rives du fleuve Zambèze. Sauf si la gauche passe.

Aime-moi tendre. Aime-moi vrai.

Si Tolouse n’est pas un amant des plus tendres envers son auditeur, sa sincérité n’est pas à prouver. Mais nous ? Comment pouvons-nous aimer Toulouse Low Trax ? Comme on aime un monochrome ? C’est approprié. Pour son jeu sur la texture et sa manière d’évoluer sans bouger d’un iota. « Repetition is a form of change », racontait le père Eno dans ses Stratégies obliques que Tolouse n’a d’ailleurs toujours pas rendu à la bibliothèque. Peut-on aborder ses productions avec la même nécrophilie qu’une nature morte ? Bien que je ne vois pas pourquoi tu parles de nécrophilie, c’est absurde, il y a peut-être chez Detlef Weinrich un travail sur la symbolique des vanités, autour d’une certaine vacuité dans l’existence moderne mais en éludant toute croyance. Finalement nous sommes certains de l’aimer au même titre qu’un Rain, Steam and Speed de Turner. Il y a la fureur, le brouillard, la machine et surtout le progrès figé…

Une machine que « Jeidem Fall » met d’ailleurs en bière aujourd’hui via cette épitaphe industrialo-primitiviste en huit actes où l’on rejoue sa vie une dernière fois. Ha putain, quelle cérémonie fût-ce ! Nous dansions à la gloire d’un Dieu sans nom autour d’un totem improvisé avec la cheminée d’une locomotive. Accompagnés de dames prostituées sur lesquelles nous faisions couler le vin, la drogue, nous mâchions le cactus sacré. Nous buvions, mâchions, dansions, buvions, mâchions, dansions et toutes ces putes hurlaient de rire à la lune comme un jour de beau temps à l’asile. Autour du feu, leur petite vertu perdit du peu de leur éclat quand vint l’heure où les cœurs s’ouvrent moins facilement que les jambes. Nous mâchions, buvions, dansions, nos ombres en guise d’âme dans ce putain de cirque qui se tramait autour du totem.

Oui, « Jeidem Fall » est un Four De Transe, une fabrique à introspection. Mais c’est aussi un court-circuit dans l’Histoire, une première révolution industrielle en 2012, le tableau d’une période sans crise, sans dette, sans Grecs, sans double ou triple A mais où la politique n’a toujours été qu’austérité. Jeidem Fall est beau comme une guerre froide, il n’attaque jamais vraiment mais la fureur et l’angoisse sont larvées. D’ailleurs tout au long de son cours, Jeidem Fall citera (peut-être inconsciemment) un des groupes témoins (et acteurs artistiques majeurs) de l’époque. Bien qu’il s’en défende, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre et en bon fruit de Düsseldorf, Tolouse Low Trax à du Kraftwerk plein les veines. On ne choisit pas sa famille.

S’il en parlait lui même, il vous dirait que sa famille c’est son label Karaoke Kalk, maison accueillant des soldats d’avant-garde méconnus comme Donna Regina, Hauschka, Guido Moebius. Il vous raconterait de même que sa musique s’est bâtie sur  les titres les plus obscurs des mix de Beppe Loda, des collections Typhoon, Cosmic ou Melodij Mecca et de l’avant-garde électronique germanique des 80’s. Mais ce qu’il ne dira pas c’est que « Jeidem Fall », c’est une grande œuvre hors du temps, c’est Valhalla Rising, une expérience sensorielle hyper bavarde sous son apparent mutisme ou encore le monolithe de 2001, l’odyssée de l’espace un bloc hors du temps qui magnétise, fascine et domine la part primale de tout un chacun.

Déshabille-toi, accroupis-toi et écoute Tolouse Low Trax du bout des doigts. (Suggestion de présentation. Photo non contractuelle)

Tolouse Low Trax // Jeidem Fall // Karaoke Kalk
http://soundcloud.com/detlefnet

1 Comment

  1. stéphane

    12 mars 2012 at 23 h 56 min

    Houlala,du calme!
    Pourquoi écrire un article si élogieux et élégant qui ne concerne finalement qu’un usage amusant de divers samples et boîtes à rythmes;
    Il vous faut si je peut me permettre(les cons,ça ose tout) réécouter d’urgence Steve Reich(avant son trauma pourri sur le 9/11),Brian Eno,Terry Reiley,John Adams(avant qu’il ne devienne gâteux) avant de pouvoir parler sérieusement de musique répétitive et inventive (tiens,pendant que j’y suis,je rajoute Alan Véga en prime)

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