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On a marché sur la lune avec les Cosmonauts

Pas découragés pour un clou après un bon gros lapin posé par les rockeurs californiens, nos deux reporters de l’extrême Nico Jack et Mitt Homann ont pris rendez-vous avec les Cosmonauts pour s’expliquer entre hommes avant de se réconcilier définitivement dans un after à rallonge qui était en fin de compte l’objectif principal de cette opération commando. Un report-interview écrit à 4 mains et 2 bouches pour 120 shots par minute, juste pour le plaisir.

Unis par l’amour des vibrations cosmiques produites par des guitares en fusion, c’est tout naturellement qu’on se retrouve au Batofar, un soir de janvier 2017, pour assister au concert des Cosmonauts. Massé dans la cale du navire amiral reconverti en navette spatiale, on décolle ensemble du sol en bois, les yeux dans le vague de l’infini, face au nouveau set très planant des rockeurs Californiens venus jouer en direct live leur dernier disque “A-Ok!”, pastiche de la société moderne de communication et publié par Burger Records en 2016. Jusqu’ici tout va bien.

En bons amateurs compulsifs d’improvisations journalistiques, on décide de passer à l’action en proposant une interview de dernière minute à Derek, chanteur du groupe, à la fin du concert. Une audace récompensée, le mec s’avérant être aussi cool que sa musique : “ok, on se fait ça plus tard, on doit ranger le matos”. Sauf qu’il n’y aura jamais de coup de fil’, pas même un mail pour s’excuser. Peut-être touchés par la malédiction d’avoir conclu cette affaire sur un bateau, Gonzaï tombe à l’eau. Une histoire sans lendemain, une de plus.

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Quelques mois après cette brise marine (pour ne pas dire un vent), les Cosmonauts sontde retour en ville à la rentrée des classes. Une date gratuite (comme toujours) au Supersonic, comme s’ils pensaient qu’on allait passer à côté sans rien dire. Cette fois, nous nous sommes mis d’accord sur un plan d’attaque pour que les Californiens ne nous filent pas entre les doigts. “Mais oui, faisons une demande officielle auprès de la salle ! Tu es un génie Mitt Homann ! D’autant plus que tu y travailles ! Pourquoi n’y avons-nous pas pensé plus tôt ?? Allez, à la tienne !”. Comme les bières, les questions coulent de source ; aussi sérieuses que stupides, histoire de trouver le juste milieu entre le fun et le factuel. Rendez-vous est donc pris au Supersonic. Une fois sur place, les Californiens nous servent une vodka-orange pour nous mettre à l’aise. Et c’est là que les choses sérieuses commencent vraiment.

Gonzai VS Cosmonauts : premier round

Commençons par remettre les pendules à l’heure (on croit pas si bien dire) : “on devait faire une interview l’autre fois et vous avez disparus dans la nature, il s’est passé quoi?”. Les mecs ne se sont juste pas réveillés : “Pour être précis, on s’est simplement levé tard.”. Okay. Rien de fou à déclarer donc. Quid de la maison Burger Records ? “Ils ont ouvert la boutique de vinyles pile au moment où on a commencé le groupe, on les connaissait un peu.. Tout s’est passé très naturellement”. Le naturel, c’est aussi le secret de leur son, les mecs nous expliquant ne pas être fan des montagnes d’effets, en dépit de leur appartenance à la scène psyché: “Avoir 40 pédales, ça nous intéresse pas”. L’occasion parfaite pour poser la première “question stupide”: “Vous vous appelez Cosmonauts, vous avez déjà pensé à mettre des casques sur scène, comme Daft Punk?”. Evidemment, nous ne sommes pas les premiers à faire la vanne: “On ne veut pas avoir un procès au cul par Daft Punk aussi, surtout.”. C’est vrai ça serait con.

« Bien sûr que c’est la vérité, nous sommes des professionnels.”

Passons à cette chanson, Like a French Assassin. « Vous fréquentez des criminels ?”. Comme on pouvait s’y attendre, le casier judiciaire des Cosmonauts est tout ce qu’il y a de plus vierge. Comme beaucoup de leurs chansons, l’origine de ce titre vient simplement d’une conversation avec un tiers: “pendant un concert, on blaguait à propos de quelque chose et quelqu’un a balancé cette punchline  « comme un assassin français ». Pas convaincu par cette explication et intrigué par cette chanson qui semble s’attaquer à son pays, Mitt Homann leur demande de dire la vérité. Toute la vérité: “Bien sûr que c’est la vérité, nous sommes des professionnels.”. LOL. Ca tombe bien, nous aussi.

Dans un festival de garage on passe pour des gros défoncés, dans un festival de psyché pour des sales punks”.

Pas très joyeux non plus, l’état de notre société de communication en 2017, qu’ils charrient allègrement dans leur dernier album “A-OK!” tout en avouant faire eux-aussi partie de cette grosse merde, comme toi, comme moi, comme Monsieur Tout-le-monde: “On critique mais on s’en sert aussi, on met à jour nos stories Instagram régulièrement”. Confirmation le soir même, quand les gars vont poster un truc sur notre soirée.

Pour l’heure la bataille entre les Cosmonauts et les deux padawans de Gonzai fait rage. Parlons peu parlons style, et plus particulièrement de notre impression que les mecs ont viré de bord, passant du camp du garage à celui d’un rock planant plus lent: “Au début on jouait la musique qu’on avait l’habitude d’entendre autour de nous, le garage”. La suite on la connaît donc, les Cosmonauts sortent “A-OK!” en 2016, moins rock’n’roll et beaucoup plus orienté psyché actuel genre Black Angels.

Gonzai Vs Cosmonauts : deuxième round

Si le tempo et l’ambiance ont (légèrement) changé, il n’y a pas pour autant la volonté d’un “virage psychédélique”, comme nous expliquent les principaux intéressés. “Ca  y est, vous êtes enfin devenus des Cosmonautes” leur lache-t-on. Le groupe rit. C’est déjà ça. « On est trop punks pour avoir du succès et trop psyché pour plaire à nos parents”. Alexander, en charge des chœurs et de guitare dans le groupe, confirme : “dans un festival de garage on passe pour des gros défoncés et quand on joue dans un festival de psyché on nous traite de sale punk”. Et ils s’en foutent pas mal: “on ne rentre dans aucune des deux catégories, c’est tout”.

C’est pour quand le prochain album? Visiblement, quelque chose est déjà sur le feu: “a priori on sortira un nouveau disque au printemps”. Rendez-vous est pris : “on recommence à avoir de l’énergie, parce que ces derniers temps on était un peu cramés quand même, c’est pour ça que le dernier album est plus lent et plus doux, tu avais raison”. Un retour au rock se profile à l’horizon, avec en prime une séquence émotion: “c’est le meilleur batteur qu’on ait jamais eu, en plus il a une super femme, il est cool”. Cette fois c’est sûr, le prochain disque sera nerveux ou ne sera pas: “c’est le seul truc sincère que j’aurais dit ce soir, haha”, nous confirme Alexander en pouffant.

“Je ne suis plus excité par Ty Segall comme je l’étais au début”

Doué d’une bonne intuition (et pas encore trop bourré), on enchaine avec le chapitre Thee Oh Sees, groupe incontournable des années 2010 à qui on les compare parfois, par fainéantise. En plein dans le mile, les mecs sont totalement d’accords: “j’ai jamais compris, d’ailleurs ça nous faisait vraiment chier à nos débuts ! Cet article sur notre premier album: “les 4 fans des Black Angels et des Oh Sees” était horrible”. D’ailleurs ils en ont déjà marre d’être rattachés à cette scène californienne garage/psyché: “on écoute tout le temps les même disques en bagnole durant des heures, et même les trucs qu’on aime bien nous lasse maintenant”. Il touche à un point fondamental qui est le temps qui passe et qui laisse tout derrière lui dans une traînée de poussière, même quand c’est bon, surtout quand c’est bon. Moralité : “je ne suis plus excité par Ty Segall comme je l’étais au début”. Il faut savoir changer des fois, comme le résume très bien Derek: “c’est comme boire du coca-cola pour le reste de ta vie, ça serait atroce”.

Arrivés au bout de nos questions, il est maintenant question d’en finir en beauté avec une virée en taxi à travers Paris, direction Pigalle. Après moult péripéties dont on vous fera l’économie, arrive une certaine heure (4 heures pour être exact) où les Californiens percutent qu’ils jouent au Levitation le lendemain, et que nous, nous travaillons. On décide de se quitter en se faisant des câlins gros comme ça. Eux rentrent en taxis, et nous à pieds et vélib en bons galériens que nous sommes. Et c’est ainsi que les Cosmonauts embarquèrent dans leur navette spatiale.

Cosmonauts : un nouvel album prévu pour 2018 (Inch’Allah)
https://cosmonautstheband.bandcamp.com/

 

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