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NEW YORK DOLLS
Dinosaures senior

Un lundi d’avril un peu trop doux pour être parfaitement rassurant, à la Flèche d’Or. Devant moi, deux gamines se tiennent fébrilement la main pour ne pas se perdre entre les paires d’épaules et blousons de cuir élimés. Sur ma droite, un quadra élucubre de son cheveu sur la langue sur sa dernière effronterie envers sa maman. Et plus loin derrière, des couples très middle-class valsent maladroitement en tentant de ne pas renverser leurs bières un peu trop chères. Aucun doute possible, j’ai été parachuté entre les lignes du lectorat de Rock&Folk le temps d’un concert des New York Dolls.

« L.U.V. ! » braillais-je avec le reste du public à l’instant exact où débutèrent dix minutes des plus déroutantes. Les cinq poupées froissées venaient d’envahir la scène avec l’aplomb d’un régiment de hussards, chorale épique et regards noirs qui tranchent dans le mascara. Glam forgé dans le meilleur cuir à paillettes : vif et shiny, la précision sexy d’un rock band qui maîtrise étonnamment sa partition. Rien ne se passait donc comme prévu, tant mieux. Il vaut mieux souhaiter la surprise au tournant quand on s’apprête à se désoler devant des étoiles fanées.
Plus tôt, Fancy divisait l’assistance en ouvrant le parquet de leurs talons hauts. Alors OK, on est dans la grande utilisation du mauvais goût assumé, dans le mélange ultime des références les plus classes et des influences les plus abjectes. Mais on est surtout devant un groupe à tubes. Sur la quasi-intégralité de leurs chansons, on maudit l’autoroute burlesque pour Sunset Strip et ses riffs calibrés pour les prochaines parties de Guitar Hero. Mais sur 17 et All Night Long on dépose les armes devant un tel french flair pour la ritournelle gonflée à l’hélium, la power-pop song qui cisaille. Pendant qu’ils jouaient leur dernier single, l’impatience grondait derrière moi : « bon, ils le remettent le rock’n’roll ?! ». Tout juste si le fan des Dolls n’allait pas lâcher une vanne homophobe. C’eut été incongru : il suffisait de saisir quelques notes pour entendre Jessie Chaton et ses copains gang-banger Debbie Harry dans son bain moussant.

Retour vers un passé plus proche. Enfin, t’es loin, t’es près. Lorsque la fin de Looking For A Kiss tombe sur la pénombre de la salle, on se prend à rêver. Quand un projectile vole jusqu’à la casquette rose crado de collégienne ingénue de Sylvain Sylvain, on croise les doigts pour une sortie de route inspirée tant d’Axl Rose que d’Ayrton Senna. Pour l’ex-teenager accro au rock à lipstick qui sommeille sans doute quelque part dans mon cerveau – ça et les chansons que je reconnais sans les avoir écouté depuis un laps de temps chiffré en années – j’espère que l’état de grâce s’étalera le temps d’une heure de live en équilibre précaire sur leurs permanentes solidifiées à l’hairspray.

Mais non, évidemment. Sitôt l’érection retombée, les masques anti-rides tombent, et les officiers gentlemen de la division blindée du maréchal Johansen se muent en pervenches gitanes qu’on aurait sorties de la pré-retraite pour remplacer au pied levé les majorettes de la parade.

Là, la panique me prend : que faire ? Primo, respirer tant qu’on peut le faire sans assistance. Secundo, réfléchir aux écueils à éviter, aux pièges à contourner. Le fan, ou même ex-fan, meurtri par un effroyable spectacle qu’il ne craignait que trop ? Non, il est relativement simple de jouer le détachement devant des types de toute façon conscients de leurs limites. Quand David Johansen n’essaye même pas de chanter ses propres refrains, on comprend qu’on aura du mal à faire valoir les revendications du syndicat des amateurs du slim fillette. Alors, jouer les journalistes un peu blasés du métier – pas coco ni leader -, se rappeler qu’on n’en attendait rien, et décoller ses boots du plancher des lâches dès que ses présupposés sont validés par l’expérience ? Impossible, je me dois de leur donner autant de chances que possible. Pas tant par sens de la déontologie que par self-respect, mes fantômes d’intérieur font tapisserie avec les mêmes foulards que ceux du band on stage. L’un de ces concerts où l’on voudrait pouvoir faire défiler les chansons pour être sûr de trouver quelque chose à la fin.

On rame jusqu’au rappel, et alors on touche au but : Trash, Jet Boy, Personnality Crisis et toujours rien. Une énième ballade au formol et je jette l’éponge. Sorry captain, je quitte le navire, vous pouviez pas tous être des Pirate Love après tout. En partant, un jeune papy pas glam, l’air désarmé et le crâne dégarni, passe à deux doigts du trépas sous mes yeux. C’est sûr, la faucheuse rodait dans le coin ce soir. Là, je suis sûr de ne pas être parti trop tôt.

1 Comment

  1. Johnny Jet

    15 avril 2011 at 10 h 25 min

    Content de ne pas avoir pris ce pari…

    Pour te consoler, je te conseil l’écoute d’un bon George Michael.

    Merci

    J.Jet

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