Off THE RECoRD
//////////17 OCTOBRE 2011

MUSICAL BLADE RUNNER
Android 80, Compilation Freaksville, Arnaud Rebotini

C’est en rematant quelques extraits de Blade Runner sur youtube qu’il me vint l’idée de cette petite chronique rétro futuriste. Si quelques artistes vont chercher l’inspiration dans le passé c’est peut-être aussi pour mieux nous faire comprendre qu’un jour le Monde a été meilleur et plus inspiré. En attendant la révolte des « replicants », j’anticipe le bad trip d’un Rick Deckard en costume de Sam Lowry. Garanti sans coupure pub.

Paris, octobre 2011. Je ne sais plus trop comment tout a commencé. Toujours est-il qu’une partie de la population mondiale a commencé à se rebeller contre le système en place, renvoyant dos à dos gouvernements et multinationales dans la crainte d’un effondrement qui mettrait à mal leurs économies cachées. Alors que les écrans géants diffusaient de la publicité en boucle dans les rues, les forces de l’ordre réprimaient à coups de matraque les manifestants aux slogans dérisoires « On a faim ! Donnez-nous du travail ! Votre argent est notre argent !». Les réunions battaient leur plein dans les ministères, conviant représentants des gouvernements, grands industriels et maîtres de la finance à trouver les solutions les plus avantageuses pour en finir avec la crise sans perdre un centime ni une once de pouvoir. Moi-même, je fus convié de par mes activités musicales à celle concernant, il faut le dire d’emblée, la « chasse aux artistes rebelles ». Ceux qui par leurs œuvres alimentaient le rêve imbécile d’un monde meilleur, et donc les ardeurs des « indignés ». Toute tentative d’expression s’éloignant des critères imposés par la société rigide et les majors devait désormais périr.
A la fin de la réunion, il fut décidé de créer des unités spéciales appelées musical blade runner avec un seul objectif : détecter et détruire tout artiste désormais appelé « replicant » qui oserait faire l’éloge d’un néo-rétro-futurisme jugé trop « révolutionnaire ». Je peux vous jurer que je n’ai vraiment rien d’un Harrison Ford. Mais je fus quand même et malgré moi obligé de jouer les vieux détectives, avec un colt 45 bien trop lourd et une dégaine plus proche d’un fonctionnaire à la Sam Lowry de Brazil que d’un Rick Deckard. Les temps étaient durs, et ça valait mieux que de perdre son job. J’acceptai sans broncher, la gorge serrée, en me disant que quelques Scotchs accompagnés d’une petite dizaine d’anxiolytiques devraient suffire à me faire avaler la pilule et partir en mission dès le lendemain.

À peine le temps de me repoudrer le nez, que j’étais déjà dans l’Eurostar à me battre sur le rail, transpirant entre mon ulcère réveillé par le stress et ma putain de claustrophobie.

Quelques heures plus tard, projeté quelque part dans Londres, je furetais près de la Tamise, dans les entrepôts désaffectés à la recherche de celui que les rebelles surnommait Android 80. Brian Carney, le gars de Liverpool, donnait un concert non autorisé où l’ensemble de l’underground londonien avait été invité par le biais d’un réseau social parallèle, New generation, que les flics n’avaient pas encore réussi à infiltrer. Une aubaine pour tous les junkies et pour moi. Je savais qu’il suffisait de suivre la ligne de poudre blanche pour atterrir pile poil là où je devais remplir ma mission. Et il ne m’avait effectivement fallu qu’une petite heure pour pénétrer l’endroit. Alors que Punk’s not dead crachait ses 120 décibels, je me faisais direct offrir un drink par une fille vulgaire, bas résilles et rimmel dégoulinant, cocaïnée jusqu’à la racine de ses cheveux rouges éclatés. Je ne sais pas ce qu’il y avait dans le verre, toujours est-il que je sombrai lamentablement dans un bad trip psychédélique. Vacillant dans la foule en transe des VIP et des putes, la musique et les paroles de We love drugs me tapaient la tête comme un marteau-piqueur : When the drug me come stronger the real me can’t wake up ! Plus de sept minutes de délire qui m’avaient paru une éternité, pour me retrouver au petit matin la gueule sur le pavé, réveillé par une patrouille de bobbies rougeauds et gras du bide. Game over et mal de crâne cosmique, j’avais perdu la partie.

Retour en France où une autre mission pourtant bien plus difficile m’attendait.

Ma Ford K en guise de spinner de loser devait m’aider à débusquer la communauté Freaksville, qui sillonnait les routes de l’Hexagone dans un camion radio indétectable. Ils émettaient toutes les nuits de minuit à 5 heures du mat’ des chansons subversives qui mettaient à mal l’image de l’industrie automobile. Leur émission pirate « Planète » était diffusée sur toutes les fréquences des grandes radios nationales, ce qui avait le don d’énerver passablement les majors et le gouvernement. C’était une bande bien organisée et bien équipée : motos, camions blindés et grosses cylindrées. Il y avait entre autres Conducteur Fantôme qui ne circulait qu’à moto, jamais en-dessous de 230. Il y avait aussi le groupe France, qui roulait en BMW type « Go fast », prêts à t’envoyer, alcoolisés, cannabisés, tranquillisés, dans le décors en cas de poursuite un peu trop rapprochée. La nouvelle m’avait un peu fait mal au bide, mais nous avions aussi appris que Lio avait fini par intégrer cette bande organisée prenant ces types – Destin, groupe parisien synth-pop – pour de nouveaux messies. Je l’avais mauvaise, le banana en split total, mais il fallait bien continuer la traque. Alors j’avais sillonné des jours durant les routes d’Ile-de-France tout en pensant à mon avenir au sein de l’administration. Démission, chômage, vivre la galère quotidienne de millions de Français sur les nerfs, mais être libre, enfin. L’idée faisait son chemin dans ma tête lorsque j’aperçus les phares du camion radio dans mon mini rétroviseur. Trop tard pour réagir, pas le temps de sortir le colt 45 coincé dans ce putain d’holster usé. Deux minutes plus tard, j’étais propulsé dans le décor. Je me retrouvai sur le toit, la gueule en sang, les os broyés. Juste le temps d’entendre, comme le glas sur la voix des anges de la mort, les premiers accords de The game is over de TSTR que je tombais dans le coma.

Même dans le coma le plus profond, j’aurais pu alors deviner ce qui allait m’arriver.

Louper deux missions coup sur coup, ça sentait trop la lose pour que j’espère revenir au bureau avec les honneurs de mes chefs. Mais je m’en foutais à présent, je vivais une near death experience. Cool, j’en avais toujours secrètement rêvé. Flotter au dessus de mon corps, comme en état d’apesanteur, avec en background sonore la musique d’Arnaud Rebotini, The firts thirteen minutes of love. Spectateur de ma propre désincarcération dans les flashs des gyrophares, treize minutes pour crever ou continuer à vivre. La vie suspendue à un bout de métal, le dernier souffle dans le ballon d’oxygène, les perfs qui alimentent au goutte à goutte un corps que plus personne n’ose regarder, la mort au bout du tunnel. Arnaud Rebotini était alors dans le collimateur des autorités. J’aurais même dû le traquer. Je me réveillai quelques jours plus tard à l’hôpital, bandé de la tête au pied, avec le bruit des appareils électroniques qui me rappelait Echoes et mon palpitant qui battait le rythme d’une certaine résurrection. J’en aurais pour des semaines à me remettre complètement sur pied. Au plus profond de moi-même, je me disais que j’avais finalement de la chance d’avoir complètement foiré mes missions. Personal Dictator et Another Dictator avaient définitivement achevé de me convaincre. Je décidai alors de ne plus jamais m’attaquer à la culture, quitte à en payer le prix fort.

Être l’instrument d’un pouvoir corrompu et dictatorial n’a rien de très honorable. Je devais me retrouver plus tard à bosser en sous-sol, à trier le courrier entre les rats et la paperasse qui s’entasse, mais je préférais ça, finalement. Aucun pouvoir ne peut nous empêcher de rêver notre avenir, même en faisant appel au passé. Les manifestations ont continué sur les traces et l’exemple laissés par des millions de « replicants » survoltés. Est-ce que les gouvernements et les multinationales ont cédé ? Ça, je ne peux pas vous le dire. Mais si vous commencez à rêver de moutons électriques, c’est que la partie est définitivement over. Fin de transmission.

Android 80 // Suburban Robot // Freaksville
Various Artists // Compilation en Route // Freaksville
Arnaud Rebotini // Someone gave me religion // Black Strobe

4 commentaires

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  1. Jac'no'Futur

    Hey le crustacé, bien branlée ta chronique, c’est vrai que le Android 80 est pas mal, dans le genre boule à facettes rasée à zéro.

  2. LE_POULPE

    Salut Jac’no’Futur, merci pour le compliment. Cette chronique est inspirée d’une cogitation flash entre chien et poulpe, chien auquel je dois beaucoup aussi qu’à la team Gonzaï qui fait un super boulot.
    Smack de ventouse l’ami

  3. LE_POULPE

    Swing Tatave hum hum … non mais franchement … Tu swingue trop comme papy boyington non ? Resserre les boulons, fais toi un rail, fais un régime à base de ferraille ou alors développe … montre au monde entier que tes synapses fonctionnent à 10 000 à l’heure. Bref, démerde toi pour faire mieux que ça, je sais qu’il te reste un peu de jus pour ça.