À force de voir ce nom sur toutes les programmations des festivals et des salles du pays, j’ai fini par me faire à l’idée : il faut que je cause avec les membres de DITZ. Quelques mois après un concert magistral à l’occasion de la Route du Rock version hiver, Cal Francis, Samuel Evans et leurs trois autres amis ont posé leurs flightcases à Saint-Brieuc pour le festival Art Rock. Cinq heures avant leur habituelle messe rock bien grasse, on a eu le temps (10 minutes montre en main) de les faire parler de leur amour pour la Bretagne, du trac et de l’étiquette post-punk qui leur gratte un peu trop le cou.
À l’étage du très classe théâtre national de Saint-Brieuc, Cal Francis (voix) et Samuel Evans (batterie) de DITZ s’installent dans les canapés – faussement confortables – de l’espace presse du festival Art Rock. Quelques heures avant de monter sur la scène de la Passerelle, les deux Britanniques ont l’air de se sentir comme à la maison.

Tous les trois mois, on vous voit revenir jouer en Bretagne. Comment ça se fait ?
Samuel Evans : Pour être honnête, je pense que la Bretagne reste le meilleur environnement pour notre musique. Un de nos premiers gros shows, c’était à la Route du Rock en 2022 à Saint-Malo.
Cal Francis : À ce moment-là, c’était vraiment notre plus grosse scène.
S. : Ça été déterminant. Après ce concert, pleins de dates françaises se sont débloquées.
C. : Beaucoup de gens font le voyage de loin pour la Route du Rock. Chaque année, il y a assez de groupes intéressants de tous genres pour attirer un public international. La programmation est toujours très bonne. Il n’y a pas grand chose à jeter. C’est à l’image du nombre de festivals que vous avez ici. Il n’y a pas tellement d’équivalence au Royaume-Uni.
S. : Ce contexte impulse une très bonne atmosphère pour notre musique. Nous n’avons pas rejouer de shows aussi fous qu’en Bretagne. Donc oui, il y a définitivement une relation très proche entre notre musique et la Bretagne.
Oui d’accord, mais pourquoi ?
C. : Je peux dire une chose à propos de la Bretagne. Même si le groupe s’est formé à Brighton, on vient respectivement de l’Ouest de l’Angleterre. Sur une carte, c’est dans la continuité juste au nord de la Bretagne. Nous avons vécu dans des lieux où la vie est similaire. Il y a beaucoup de campagne, il faut prendre la voiture pour se déplacer, nous avons les mêmes scènes de vie, les mêmes gens étranges et chaotiques. Et ce, depuis les premières civilisations… Même quand je regarde les bâtiments par la fenêtre, j’ai l’impression de reconnaître les briques de la ville où j’ai grandi. Il y a une profonde connexion entre la Bretagne et là d’où l’on vient.
S. : Définitivement, on préfère jouer en Bretagne et en France qu’en Angleterre.
Ok, maintenant je comprends mieux. À côté de ça, vous avez tourné dans toute l’Europe en première partie d’Idles. Ce qui vous a amené à jouer sur d’énormes scènes. Comment faites-vous pour vous réapproprier des plus petits espaces après une tournée de cette envergure ?
C. : Quand on a commencé, on jouait devant 200 personnes. L’étape suivante, ce sont des foules de 800 personnes. Mais avec Idles, on a fait face à des foules de 15 000 personnes. Ce sont deux grosses étapes. Faire les premières parties d’Idles nous a préparé à affronter seuls des salles de 800 personnes, où tu ne peux pas voir tout le monde. Cela amène de nouvelles difficultés.
S. : Au même titre que jouer devant 30 personnes peut aussi se révéler compliqué car tu as le temps de voir les réactions de chacun.
C. : D’ailleurs, maintenant c’est plutôt rare qu’on retourne sur des petites scènes depuis la tournée avec Idles. Cela nous a préparé pour n’importe quel show. Typiquement avant ça, une date à 800 personnes nous aurait normalement stressé. Maintenant, ça n’est plus le cas.
S. : Ça a été une grosse étape de franchie pour le groupe.
C. : Ça s’est vérifié par la suite. Quand on a commencé à aller jouer en Pologne ou en République Tchèque. Par le passé, on n’était jamais allés dans ces coins-là. On ne pensait même pas y être écoutés. Et pourtant, on y a fait des concerts sold out pendant lesquels le public connaissait les paroles. C’était bien au-delà de nos espérances. Et cette tournée en première partie d’Idles y est définitivement pour quelque chose.
On n’a jamais vraiment été un groupe de post-punk. On est davantage inspiré par des groupes tels que The Jesus Lizard, Shellac ou encore Fugazi.
Dans la continuité des Idles et des Viagra Boys, on a assisté à une hype de groupes post-punk. Tout le monde s’y est mis. Comment fait-on pour se différencier au milieu de tout ça sans se faire avaler par la vague ?
C. : On n’a jamais vraiment été un groupe de post-punk. Je trouve ça toujours bizarre quand on nous qualifie de la sorte. On est davantage inspiré par des groupes tels que The Jesus Lizard, Shellac ou encore Fugazi. On vient du heavy. Sam jouait dans des groupes de death metal et de hardcore. Pour mes premiers concerts, j’allais davantage voir des groupes qui prétendaient vouloir être Converge plutôt que Joy Division. C’est très différent pour moi. Ce sont nos goûts initiaux. Et en même temps, je dirais que c’est très dur de nous séparer de cette vague de groupes post-punk. Ce mouvement prolifique à la Idles en Europe amène quelque chose de positif. Ça a ses avantages mais ça n’est pas totalement vrai pour nous.
C’est-à-dire ?
C. : Nous ne faisons pas partie de cette vague de groupes britanniques de post-punk ! Ça a toujours été dans ce sens dès qu’il a fallu nous ranger dans une catégorie mais ça n’est pas vrai !
S. : Oui, voilà ! Même si ça a ses avantages de se faire inclure dans cette vague de post-punk. Ça nous ouvre les portes de festivals qui ne sont pas dans le heavy.
C. : Ça crée parfois un choc d’intensité. Le public de ce type de festivals peut être surpris face à la lourdeur de notre son.
S. : Car si nous jouons avec que des groupes heavy comme on en écoute, on serait les moins heavy.
C. : Il y a toujours un plus gros poisson.

Putain, c’est con, ça ferait une superbe conclusion d’interview mais j’ai une dernière question. Le titre de votre dernier album Never exhale fait référence à The Big Lez Show, un dessin animé australien (disponible sur Youtube) dans lequel on retrouve un personnage qui ne recrache jamais la fumée de cigarette. Est-ce que vous avez déjà essayé ?
C. : Ça semble compliqué, non ?
S. : Ah ah, sans blague… Quelqu’un nous a dit que ce titre pouvait aussi faire référence à une écoute intense de notre album. Dans le sens où tu te mets le disque entier sans reprendre une seule fois ta respiration. Ça sonne tout aussi cool, non ?
billy childish qui reprend avec mme ‘im stranded!’
jeSSKa 666 il a un pneu grossi