Dès le départ, un indice se cachait dans le nom du groupe.

Que ceux présents en 2003 lèvent le doigt (attention, une blague à retardement se cache dans cette phrase). Partout on annonce alors « le retour du rock » quand pourtant celui-ci semble plus que jamais à l’agonie : Johnny Cash est en train de crever, Good Charlotte et Limp Bizkit cartonnent, un horrible groupe finlandais (The Rasmus) lâchent un tube de sous-punk (In the shadow) qu’on supporte encore aujourd’hui à la télé (c’est toujours le générique d’On n’est pas couché) et c’est aussi l’année de reformation des Stooges. Autant dire qu’il n’y a pas de quoi sauter au plafond.

Un duo s’apprête à dévaler sur ce monceau de merde comme le Général de Gaulle sur les Champs Elysées en 1944. Dès la première seconde de « Keep on your mean side », c’est une libération. Il y a le poison du Velvet Underground, des accords sales, un parfum de sexe dans la pièce ; en voilà au moins deux qui ne font pas semblant. Alison Mosshart, look de junkie sortie d’un Monoprix de Pigalle, est américaine ; Jamie Hince, physique de milord décadent, est aussi anglais que Pete Doherty, le talent en plus. Personne ne les a vu venir. Aujourd’hui, on aurait presque oublié qu’ils jouent encore.

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Pourtant pendant une période finalement assez longue allant de 2003 (le premier album) à 2011 (date de sortie de « Blood Pressures », dernier disque respectable), ils ont incarné le rock. Dès le début, The Kills prend l’ensemble de l’industrie à revers, refuse les offres venues des Majors, impose une pochette avec le gout du sang, qui s’inspire de la tuerie parisienne de 1994, quand Florence Rey et Audry Maupin jouent un remake de Bonnie & Clyde dans une course poursuite nocturne qui fera 5 morts (dont Audry). La pochette évoque également le « You’re Under arrest » de Gainsbourg, mais c’est accessoire, Alison et Jamie deviennent instantanément une boussole pour les paumés. Elle indique l’ouest, et le groupe y est constamment.

Là où d’autres auraient consumé l’énergie follement sexuelle en un seul album, ce qui est alors un couple sort son joker avec son chef d’œuvre glacé parfum boites à rythmes ; c’est « No Wow ». Portés par la beauté de ceux qui n’en ont pas encore conscience, VV et Hotel envoient artistiquement tout valdinguer, s’enferment tout un hiver dans un bunker américain et en ressortent tels des mutants : l’esprit du Velvet a été brûlé dans le cheminée, le fantôme de Nico période musique industrielle convoqué. Climax. Le groupe joue depuis déjà 5 ans. Début des infidélités.

L’amour dure trois disques

Milieu des années, un peu plus loin. Alison et Jamie ont besoin d’air ; la première continue de tourner comme un lion en cage désormais trop à l’étroit, le second peine à contrôler ses démons. C’est l’heure de « Midnight Boom » (2008), un disque bancal enregistré sur fond de poses photo pour Zadig & Voltaire. Sur le coup, The Kills n’a pas compris qu’il venait d’être récupéré par le système. Qui lui fait enregistrer n’importe quoi (la reprise de La chanson de Slogan sur un mauvais tribute), l’envoie aux quatre coins du monde pour tourner en boucle la même scène de déchirure sexuelle sur scène et use la formule du duo contre le reste du monde jusqu’à ce que la jante ne morde sur le bitume. Besoin d’air, on disait. Alison se fourvoie dans l’aventure Dead Weather avec Jack White, sans qu’aucun historien ne puisse affirmer sans pouffer qu’une seule des chansons de ce super-groupe pas super restera à la postérité. Hince, de son côté, convole avec la fausse Nico, Kate Moss, et se fait conseiller par l’ex top model de boire du thé pour stimuler sa fertilité. Lentement, une page se tourne. C’eut été mieux d’en rester là.

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Un doigt dans la porte

Comme avec la drogue, lentement on s’enfonce. Si « Blood Pressures » comporte encore quelques moments généreux (Heart is a beating drum renoue avec l’esprit métallique de « No Wow »), plus personne n’y croit vraiment dans le cercle des initiés. The Kills, en 2011, est désormais une marque. Ses héros pavanent et jouent à simuler une idylle où pourtant, derrière le rideau, tout le monde se fritte sévère. Musicalement, ça commence aussi à se voir. A s’entendre plutôt, et l’on vous met au défi d’écouter le dernier album studio (« Ash & Ice », 2016) en entier. Fatigué, poussif. Un mauvais décalqué de ce que fut le groupe, dix ans plus tôt. Doing it to death, morceau d’ouverture, ressemble à une mauvaise chute de studio issu d’un mauvais enregistrement de TV on The Radio avec les Arctic Monkeys. Pire encore : le légendaire jeu de guitare, propre à Hince, a disparu avec son doigt. Trois ans plus tôt, c’est une portière de voiture qui a tué The Kills. Hince s’en sortira avec un tendon sectionné ; obligé de tout réapprendre, en vain. Le corps a lâché, le cœur aussi.

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Copains d’avant

Avis de recherche

En interrogeant l’association des fossoyeurs de France, on apprend néanmoins que les corps d’Alison et de Jamie n’ont toujours pas été retrouvés dans la fosse commune. Sceptique, on leur a demandé de vérifier deux fois. Non, rien. C’est donc que The Kills serait toujours actif. Après une investigation poussée (Google, Wikipedia, Spotify), confirmation : le duo continue d’exister. Pourquoi ? Pour qui ? La question reste surtout de savoir qui les écoute. Le dernier EP en date, de ce point de vue, est une boucherie qui fait saigner les oreilles. Alison et Jamie, désormais descendus de leur piédestal olympique, en sont réduit à reprendre des chansons de Rihanna (Desperado, désespérante) et poser tels des rockstars empaillées sur des photos promotionnelles retouchées sous Photoshop.

Finalement, revenu de tout mais sans direction, le groupe semble désormais accepter de dériver dans une routine où le n’importe quoi succède à l’improbable. En 2017, Alison a chanté sur le morceau La Dee Da de Foo Fighters, c’est vous dire l’état de renoncement artistique. Jamie, quant à lui, a profité de 2018 pour produire un morceau d’Azealia Banks, Lorelei. En attendant une participation de The Kills à la prochaine B.O. de Bob l’éponge, le plus vraiment couple a récemment repris un morceau de Peter Tosh en 2018 (Steppin Razor) et pour répondre à la question initiale, le seul groupe véritablement excitant des années 2000 a fini par vieillir comme vos voisins de palier, condamnés à rester ensemble pour payer les impôts et élever les petits qu’ils n’ont jamais eu.

On ne leur souhaitait pourtant aucun mal. On aurait simplement espéré d’eux qu’ils s’arrêtent à temps. Rendez-vous en 2023 pour la tournée des 20 ans de « Keep on your mean side ».

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