Vingt ans après la formation du groupe de rock français le plus chaotique des vingt dernières années, et quatre après le décès de son Ian Curtis de chanteur, Poni Hoax « revient » avec Everything is real, un greatest hits en forme de couronne de laurier. L’occasion de rembobiner avec deux des membres du groupe et Arthur Peschaud, label manager de Pan European, cette histoire éclair où chaque tube résonne comme un blitzkrieg.
« What went wrong? What did we see? In the end, we went back to the sea ». Ainsi s’ouvre le premier greatest hits consacré à Poni Hoax, météorite disloqué une première fois en 2018 avec un concert d’adieu puis une seconde en 2021, au décès de Nicolas Ker à 50 ans. Placé en ouverture, le titre Everything is real qui donne son nom à l’objet posthume rappelle à quel point la vérité du groupe, tout au long de son existence, fut de n’appartenir à aucune bande, aucun clan. Et c’est ce refus du mensonge qui causa autant sa perte qu’il fit sa gloire.

En dix-sept titres, c’est 20 ans de rock à Paris qui sont joués sans pied sur la pédale de frein, et c’est autant la bande-son d’une époque révolue qu’une éclaircie qui se joue en arrière-plan. Qui saura demain, qui osera, aller aussi loin dans la démesure que Poni Hoax, pisser dans des avions comme des rockstars tout en pondant des tubes comme She’s on the radio, Tropical Suite, Antibodies ou The Paper Bride ? La réponse ne se trouve évidemment pas dans ce greatest hits, et on est finalement bien heureux de ne pas avoir à se demander à quoi auraient pu ressembler les membres de Poni Hoax à 60 ans. Ce qui n’empêche pas le groupe de fêter la sortie de cet objet commémoratif avec un concert le 22 juin au Trianon, avec moult invités surprises au micro.
« Ce greatest hits n’est pas un come-back » précisent d’emblée Laurent Bardainne (claviers et songwriting) et Nicolas Villebrun (guitare) dans l’interview qui suit. Face à eux, Arthur Peschaud, patron de Pan European, raconte l’autre versant d’un groupe qu’il aura soutenu à bout de bras le temps de deux disques – et un peu plus avec le disque solo de Ker et celui en binôme avec Arielle Dombasle. Poni Hoax, en fait, c’est un peu comme les Beatles : il y ceux qui préfèrent l’album rouge, et ceux qui préfèrent l’album bleu. Dans le cas du groupe formé en 2005, il y a les deux premiers albums chez Tigersushi, puis les deux autres chez Pan European. Le débat est lancé : un groupe qui divise, c’est toujours le signe d’une réussite. Réunissons tout le monde autour de la table pour une rétrospective.
Commençons avec la question la plus simple de cet entretien : comment est née cette idée subite de sortir un best-of de Poni Hoax ?
Arthur Peschaud : Rectifions d’emblée, c’est un greatest hits, ce n’est pas pareil. On a réuni tous les singles de Poni Hoax, ce n’est pas une sélection subjective de morceaux.
Ce sont donc tous les titres de Poni Hoax qui ont le plus cartonné.
Arthur Peschaud : on a un poil triché, mais pas beaucoup, aha. L’idée c’était d’avoir une image globale du groupe, de disque en disque, pour retracer l’histoire. Quant à savoir pourquoi nous avons choisi ce moment pour sortir « Everything is real », c’est simplement parce qu’il était temps. Ca faisait longtemps que j’y pensais, cela dit. Tous les membres du groupe ont immédiatement validé l’idée.
Laurent Bardainne : c’était le bon moment parce que le deuil de Nicolas était consommé. Ce greatest hits, ce n’est donc pas son éloge funèbre, mais une façon de fêter les 20 ans du groupe.
Arthur Peschaud : Et rappeler au monde ce qu’était ce groupe, son importance. Poni Hoax, c’est l’histoire d’une génération, et du rock à Paris.

Qu’est-ce qui a disparu de cette époque, selon vous ?
Laurent Bardainne : une certaine énergie rock que je retrouve moins, en concert notamment.
Arthur Peschaud : on ressent également moins la notion de chaos qu’il y a 20 ans.
N’avez-vous pas à l’inverse été mal éduqué avec la folie de Nicolas en concert ?
Laurent Bardainne : pour avoir vécu l’histoire de l’intérieur, on le trouvait très perfectible Nico, en tant que chanteur. Il chantait faux, il faisait n’importe quoi… on était loin de kiffer le chaos, on cherchait à gérer un concert du début à la fin.
Nicolas Villebrun : oui, parfois on subissait un peu quand même.
Il y a ce documentaire d’Agnès Dherbeys (Tropical Suite, Ndr) où l’on comprend parfaitement cette impression d’agacement face à Nico, à bout de souffle.
Laurent Bardainne : Nico qui se fait éjecter d’un avion, Nico qui pisse dans les avions… oui.
Passons. Comment fait-on pour choisir le titre d’ouverture d’un greatest hits de Poni Hoax ? En l’occurence, Everything is real.
Arthur Peschaud : je trouve que c’est un superbe symbole dans l’époque actuelle, où tout est faux, où tout le monde cherche la vérité. C’est un clin d’oeil.
Laurent Bardainne : Ce morceau, c’est une sacrée histoire. Nico avait changé les textes au fur et à mesure qu’il n’arrivait plus à chanter, jusqu’à se placer en dehors du monde, en distance. On a gardé les premières prises, brutes, enregistrées à la maison. Ça renforce la beauté fragile du morceau.
« Pascal Obispo est fan de Poni Hoax. »
« Chanter faux mais vrai », quelque part. Une vérité qu’on retrouve également sur l’album solo de Nicolas chez Pan European, Les faubourgs de l’exile ».
Arthur Peschaud : c’est son seul album solo, c’est un geste artistique. On avait mis pas mal de temps à le sortir car c’est à cette époque qu’on a également signé Poni Hoax chez Pan European, grâce à Nico, alors qu’on était un petit label pour eux. C’est avec Poni Hoax que la seconde vie du label a commencé.
Laurent Bardainne : c’est Pan European qui a sauvé Poni Hoax de la mort. A l’époque on galérait sur l’enregistrement de « State of War », au final on l’a refait trois fois avant qu’il ne sorte finalement en 2013 sur le label d’Arthur.
Et douze ans plus tard, dans la biographie qui accompagne votre greatest hits, il est mentionné, je cite, que « Poni Hoax revient ».
Arthur Peschaud : Moi je suis étonné de voir, dans les commentaires, qu’il y a encore des gens qui ne sont pas au courant que Nicolas Ker est mort : « alors, vous venez quand à coté de chez nous en concert à Mexico ? ». Ce genre de commentaires, aha !
Peut-être espèrent-ils que le groupe pourra rejouer sans Nicolas Ker ?
Laurent Bardainne : A ce niveau-là, on a commencé par faire un post Instagram pour rechercher des chanteurs possibles, en vue du concert au Trianon (le 22 juin, Ndr) Exactement comme à l’époque où l’on a rencontré Nico, par une petite annonce. Ca avait été posté sur le site de Tigersushi, ou sur le forum de Technikart, et Nico a envoyé ses maquettes. C’est comme ça que j’ai reçu un jour un CD avec une lettre de Nico. Et 20 ans plus tard donc, on a répété le même principe pour le concert prévu au Trianon, notamment avec Jeanne Added qui avait déjà chanté sur les albums, mais aussi Koudlam et plein d’autres.
« Les gens disaient que le nom du groupe était nul, que le chanteur chantait faux. Et puis après, tout est devenu cool. Sauf que rien n’a jamais été cool chez Poni Hoax. »
Ca fait quoi de rejouer vos propres morceaux, sans Nico ?
Laurent Bardainne : c’était assez naturel quand on a organisé le concert hommage à Nico à la Station, voilà quelques années. Quand on se retrouve à 4, vu les centaines de concerts qu’on a dans les pattes, ce n’est pas une difficulté. Parfois le soir, je remate de vieux concerts de Poni Hoax, c’est néanmoins vertigineux, avec l’impression qu’on va repartir à la guerre.
Nicolas Villebrun : Dans le groupe, nous sommes toujours tous amis, on est heureux de se retrouver à chaque fois.
Y’a-t-il une limite à la reformation de Poni Hoax ? Un greatest hits, un concert au Trianon et basta ?
Laurent Bardainne : crois-le ou pas, mais nous n’avons même pas eu le temps, ou pris le temps, d’en reparler tous ensemble. On verra, mais l’idée d’un nouvel album n’a jamais, jamais, été évoquée. Ça ne m’a pas traversé l’esprit, pour être honnête. Si nous recevons d’autres propositions pour des concerts, on en discutera.
Quant au choix du chanteur, Pascal Obispo ?
Laurent Bardainne : ne rigole pas, il est fan de Poni Hoax. J’ai découvert ça un jour sur Instagram.
Arthur Peschaud : je repense à ce que tu disais Laurent, sur le recrutement initial de Nico Ker. C’est quand même dingue d’avoir tout misé sur un mec de 40 ans avec une calvitie.
Et la question c’est aussi : a-t-il été le seul à répondre à votre petite annonce ?
Laurent Bardainne : on a commencé par essayer un live avec Olga Kouklaki (qu’on entend sur le mega single Budapest) et c’était une catastrophe.
Nicolas Villebrun : des auditions, on n’en a pas fait des tonnes faut dire.
Laurent Bardainne : avec Nico, ça a matché directement. On vivait tous dans le même quartier, c’est venu naturellement. Il était là, on est parti avec lui ; ce n’était pas un coup de foudre, c’était comme ça. On nous a aussi pas mal critiqué sur le choix du nom de groupe, les gens disaient que c’était nul, que le chanteur chantait faux. Et puis après, tout est devenu cool. Sauf que rien n’a jamais été cool chez Poni Hoax.
Vous n’avez jamais senti l’avion décoller ?
Nicolas Villebrun : on prenait les choses comme elles venaient ; on n’a jamais eu cette impression que les choses commençaient à marcher.
Laurent Bardainne : on avait des galères de cachet, avec l’impossibilité d’en vivre, des problèmes d’agenda pour jouer, c’était dur. Paradoxalement, on a beaucoup plus jouer à l’étranger qu’en France ; dans des boites de nuit en co-plateau avec la clique Ed Banger, dans des clubs mafieux, on se trainait la lose. On a aussi joué une sorte de concert privé pour Christian Blachas, le mec de Culture Pub, malade d’un cancer. Il est mort deux mois après.
« On a de quoi sortir un album d’inédits ».
Cette insécurité n’était pas perceptible pour le public. Et pourtant on sentait chez chacun des membre du groupe une véritable colère.
Laurent Bardainne : dès qu’on montait dans le bus ou dans un avion, il se passait un truc magique : on devenait tous complètement débiles, comme une transformation, on était une meute. Enfin bon, les premières dates chez Tigersushi, c’était pour accompagner Joakim dans des Hilton, et puis après ça a été 5 ans à tourner en chambre twin, ou pire, à 5 ans dans la même chambre.

Passons sur les années galère : existe-t-il des chansons inédites de Poni Hoax perdues au fond d’un placard ?
Laurent Bardainne : Plein ! On aurait de quoi sortir un album d’inédits, pour le coup. Ça, c’est une idée, et j’en serais ravi.
Arthur Peschaud : sur le greatest hits il y a notamment la première version de Down on Serpent street, que je trouve bien meilleure que celle présente sur « State of War », puis aussi une démo inédite où Nicolas chante super bien, comme s’il nous chantait directement dans l’oreille.
Laurent Bardainne : on a plein de vrais inédits de cette période-là.
Inutile donc de créer un avatar de Nico en IA pour finir les titres. Mais n’avez-vous pas été tentés de faire appel aux solutions technologiques pour corriger ce qui pouvait l’être, sur les titres historiques ?
Arthur Peschaud : le débat a été posé mais tranché rapidement : ça a été non. C’est ça, « Everything is real » : un vrai moment pas retouché. Ça aurait été une faute de goût.
Cela fait 20 ans que le groupe existe : au décès de Nicolas Ker, avez-vous réfléchi à continuer sans lui ou étiez-vous déjà au bout d’un chemin ?
Laurent Bardainne : c’était déjà fini depuis quelques années, nous avions déjà fait un concert d’adieu à la Cigale, en 2018, de son vivant.
Nicolas Villebrun : mais la fin n’a surement pas été super claire, c’est vrai. Certains dans le groupe auraient voulu continuer, d’autres pas.
Laurent Bardainne : Il ne faut pas oublier que ça ne marchait pas pour nous, on n’avait plus de concerts et l’histoire s’est arrêtée naturellement. Ça devait s’arrêter.
Arthur Peschaud : Ca allait trop loin pour Poni Hoax, Nicolas était déjà au bout ; il y a ce concert à Montpellier où on l’a retrouvé dans un parc avec les deux bras cassés par des gitans…
Nicolas Villebrun : à la fin, on ne savait plus trop s’il serait capable de monter sur scène le soir même.
Donc pour conclure : Poni Hoax c’est deux morts et une résurrection.
Arthur Peschaud : les deux albums du groupe chez Pan European, avec le recul, sonnent comme un chant du cygne. A l’époque des disques chez Tigersushi, Poni Hoax en live c’était une véritable machine de guerre rock.
Vous souvenez-vous de votre dernière vraie fois avec Nicolas ?
Laurent Bardainne : pour ma part, la dernière fois c’est cette dernière scène du documentaire d’Agnès à l’époque de « Tropical Suite », de retour de Thaïlande, à Paris. Après ça, il y a eu le concert d’adieu à la Cigale et c’était fini. Les derniers temps [avant sa mort, Ndr] on ne voyait plus. Mais cette époque me manque. Ça me manque de me réveiller dans un avion pour demander au pilote dans quelle direction l’avion allait : il arrivait qu’à force d’enchainer les dates on oublie littéralement où l’on était.
Arthur Peschaud : mon dernier rendez-vous avec Nicolas, c’était ici [au label de Pan European, Ndr] pour un projet d’album produit par Nicolas [Villebrun, Ndr]. Mais c’est resté à l’état de projet, rien n’a jamais été écrit.
Poni Hoax // Greatest hits Everything is real // Pan European
https://ponihoax.bandcamp.com/
tu veux du honi poax pool tax alors signe disco sucks c pariSien & p’te meme de ton quartier
I will survived to the pope
YIOche! 49 boules en preco le vinyl
drole de label paneropean qui parle encore a gonzaï le magazine qui a mitraillé flavienberger… c special