Le 20 juin 2012 a été sacré jour de fête chez les fans de Futurama : pour la septième fois en treize ans, les employés du professeur Farnsworth ont repris du service sur les écrans américains. Quoi de neuf chez Planet Express ? Pour le premier épisode, les deux producteurs exécutifs Matt Groening et David X. Cohen ont décidé de chanter le sexe métallique.

Pour découvrir le sexe et voir celui des filles de leurs propres yeux, les jeunes hommes savent qu’il a été important d’abandonner à l’adolescence ce qu’ils chérissaient encore quelques mois plus tôt. Je veux parler de ce plaisir simple, celui de passer la journée un doigt dans le nez, une main dans le slip. Plus tard, ils se sont rendu compte qu’il était presque impossible de revenir en arrière, et qu’avoir stoppé net ces activités vieilles de plusieurs millénaires était intimement lié à deux problèmes majeurs de la vie des hommes : trouver un job et garder sa petite amie. Pour retrouver l’insouciance des après-midis à se curer le pif, ils ont pris l’habitude de se réfugier devant leurs écrans et des dizaines de cartoons. Dans le genre, les productions de Matt Groening, depuis la création des Simpson en 1989, font figure d’autorité. À 58 ans, il partage encore avec les jeunes hommes de 2012 deux ou trois choses. Comme par exemple ce profond respect pour ceux qui continuent de se tirer le doigt entre amis pour laisser entendre le pet le plus odieux de l’histoire du pet. Ça, et une certaine incertitude quant à l’avenir.

Philip J. Fry, l’homme moderne

C’est, je pense, un des thèmes majeurs de la série Futurama, diffusée pour la première fois en 1999. Pour ceux qui n’auraient jamais eu la chance d’y jeter un œil, elle raconte l’histoire de Philip J. Fry, livreur de pizzas et glandeur professionnel, cryogénisé par erreur le soir du nouvel an 1999 et décongelé mille ans plus tard dans un monde qui a totalement changé, ou presque. Le monde comme il est conçu par Matt Groening et David X. Cohen — un de ses partenaires depuis les débuts des Simpson — est une excroissance de notre quotidien.
On trouve à New New York, là où vivent Fry, son arrière-arrière-arrière-arrière neveu le professeur Hubert Farnsworth, son béguin Leela et les deux sociopathes Bender le robot tordeur et le Dr. Zoidberg, mi-homard mi-abruti : des cabines à suicide, des Eye-Phones (une mini-caméra implantée dans l’œil capable de projeter des hologrammes) et une boisson gazeuse qui rend fluorescent si on en abuse, le Slurm. On est loin, très loin, des gentils Jetson d’Hanna-Barbera. Futurama, c’est la peur de la fin du monde, les concerts de Tupac en 2012 et le Coca-Cola qui file des ulcères gastriques en puissance mille. Une vision du monde actuel en pire, mais en aussi en plus drôle, avec au pouvoir la tête de Ronald Reagan enfermée dans un bocal de formol. Pour revenir à mon histoire d’incertitude, je doute d’ailleurs beaucoup en la confiance que Matt Groening et David X. Cohen doivent avoir pour l’avenir de leur bébé. C’est un peu le doute dans le doute, et pas pour déconner cette fois.

No Futur(ama)

Si vous n’aimez pas Futurama mais que vous êtes tout de même arrivés jusqu’ici, je vous soupçonne de travailler pour la chaîne de télévision Fox. Lors de la rentrée de 2003, et même avec autant de succès public que critique (la série a remporté plusieurs Annie et Emmy Awards, les oscars de l’animation et de l’entertainment), il n’y a plus de place sur la grille pour Futurama. À la place, Gail Berman — la présidente de la chaîne — choisit de diffuser Banzaï, une émission de divertissement à base d’humiliation comme on peut en voir au Japon. La chaîne ne réagit pas aux 130 000 signatures réunies par les fans de la série. Matt Groening, on le comprend, s’emporte. Ont-ils perdu la boule ? Fox ne l’aurait même pas félicité une seule fois pour les succès de Futurama, et le producteur n’hésite pas à le rappeler à qui veut bien l’entendre. Après tout, Groening rime avec complaining. Les fans ne se montrent pleinement satisfaits que six ans plus tard, après quatre films (Bender’s Big Score, The Beast With a Billion Backs, Bender’s Game, Into The Wild Green Yonder), des comic books et une explosion des ventes de DVD de la série, lorsque Comedy Central commande vingt-six nouveaux épisodes à Groening. Le soir de la renaissance de Futurama sur les écrans télévisés en 2010, Comedy Central connaît sa plus forte audience de l’année.

« You undersold it, professor »

Pourtant, l’avenir de la série est toujours incertain. La chaîne ne rendra aucune décision pour une huitième saison avant la fin de celle qui vient de débuter, en 2013. Aux dernières nouvelles, la consécration de Groening au Comic-Con 2012 n’y changerait rien. Pour l’ensemble de sa carrière, il vient de recevoir l’Icon Award et se place aux côtés de Stan Lee, Frank Miller et George Lucas. Parfois, j’en viens à penser que tout ça, la difficulté à faire exister Futurama, pourrait être la seule faute de Matt Groening. On garde en mémoire la phrase du Dr. Zoidberg au Pr. Farnsworth au sujet de Bev’, le nouveau distributeur de boissons fraîches de Planet Express dans le premier épisode de la nouvelle saison : « You undersold it, professor. » Et tout de suite je me reprends. Comment pourrait-il abandonner lâchement de si bonnes idées aux executives de la télé US ? Celle, par exemple, de faire s’accoupler Bender avec Bev’, père et mère d’un enfant robot illégitime. Oh, bien sûr, ce n’est pas nouveau, il me semble que la série suédoise Äkta Människor en a déjà parlé. Il n’empêche que lorsqu’elle met en scène un robot alcoolique et voleur comme Bender, c’est une sacrée bonne idée. Comme celle d’avoir fait évoluer Fry, maintenant parfaitement intégré dans le monde des années 3000, accro au Slurm et à Leela.

Au bout de sept saisons, et un peu à la manière des pré-trentenaires, Fry est toujours aussi débile mais a peu à peu mué. Il est passé au fil des épisodes du statut de parfait crétin inadapté à celui qui, sans grande discrétion, aimerait bien recevoir un peu d’amour de Leela, la cyclope et capitaine du vaisseau de Planet Express. À la fin de la saison 6, il semblait qu’il était bien parti pour conclure ; peut-être la saison 7 ira encore sur cette voie. En attendant, je continue la nuit venue de rire des débilités de Bender, les yeux explosés devant mon écran 13 pouces. Parce qu’au fond, on sait tous depuis le Satyricon que rien ne change vraiment, pas même un doigt dans le nez et une main dans le slip. Le grand fuck you du XXIe siècle ? Hail Hail Futurama.

En partenariat avec La Gaité Live, article à retrouver ici
Plus d’infos sur Futurama ici: http://www.comedycentral.com/shows/futurama

2 commentaires

  1. Il est dommage qu’une série avec un si grand succès populaire soit si peu crédité par les crét…. dirigeants de la Fox. Gageons que l’avenir seras meilleurs pour cette série à l’univers décalé qui pose de vrai question sous couvert d’un humour d’excellente qualité, ce qui change un peu.

    Très bon article, en passant.

    Biz

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