Fulgurante ascension pour chest. qui vient de sortir Happy, Broken., un premier album épatant dans le circuit hexagonal à une époque où le revival post-punk s’est transformé en quotidien barbant de la scène indé.
« Être à la mode, c’est déjà être en retard », écrivait en substance Roland Barthes. La vague revival post-punk ou crank wave a déferlé jusqu’à ce que ses incontournables cherchent eux-mêmes à s’en défaire. Le groupe des cinq musiciens qui se sont rencontrés – et ont tous travaillé – dans la salle de concerts parisienne Le Supersonic s’est certainement construit pour s’introduire dans ce jeu et, à rebours, chest. réussit un album bluffant dans lequel les sonorités condensent Shame, Working Men’s Club, Fontaines D.C. et Ditz.
Qu’adviendra-t-il de ce groupe maintenant qu’il s’est hissé à la cime du revival post-punk made in France ?
C’est le refrain de la chanson Self Sabotage – présente sur leur premier EP – qui a baptisé le groupe. Quant au point après leur nom en minuscule, parce que « plein de polices de groupes étaient en capital », le guitariste Alexis Plateroti ne peut lui-même l’expliquer. Formé en 2022, chest. a déjà fait son effet à Eurosonic, Rock en Seine et, cet été, en clôture après Fontaines D.C. à la Route du Rock. D’aucuns confiaient d’ailleurs que le groupe parisien a mis ambiance plus festive que ces Irlandais dont la cote ne fléchit pas. Le groupe chest. a même été classé dans le NME 100 l’année dernière !
Cap sur la modernité ?
Le groupe combine désormais son post-punk avec de l’indus, des phases presque stoner et des rythmes électroniques plus dansants – bien qu’assez sombres. Une démarche déjà initiée sur Aceta qui venait clore leur premier EP All Good Things End. On ne peut d’ailleurs que saluer la nette progression depuis ce disque de 2025. Outre sa dimension plus dansante, le chant sur Happy, Broken. (Howlin’ Banana, Exag’ et À Tant Rêver Du Roi) se révèle davantage fédérateur, un peu sur le modèle d’hymnes avec des séquences plus solennelles, là où auparavant Eliott se contentait d’un style déclamatoire banalisé dans le revival post-punk. Sans étonnement au vu des singles sortis pour promouvoir le disque, Happy, Broken. est un album réussi qui s’écoute d’un trait, sans longueurs dans ses dix titres qui tournent en moyenne autour de 3 minutes 30 secondes.
La question est désormais de savoir si chest. représente le reliquat d’une crank wave agonisante. Qu’adviendra-t-il de ce groupe maintenant qu’il s’est hissé à la cime du revival post-punk made in France ? Va-t-il subir le fameux contrecoup d’avoir placé la barre trop haut pour leur prochain album, ou bien, comme les icônes anglo-saxonnes du genre, continuera-t-il à s’hybrider afin de chercher à rester dans l’air du temps ? Au-delà de ces conjectures, dans cette époque qui peine à innover musicalement, le rock moderne ne s’élaborerait-il pas en une matrice post-punk hybridée électroniquement – ou à la recherche d’approches connexes – afin de s’adapter au désir des spectateurs de se rendre en concert pour faire la fête et non plus forcément pour aduler un artiste ? Si c’est le cas, chest. y parvient avec brio et promet à Howlin’ Banana une promotion certaine.
chest. // Happy, Broken. // Howlin Banana, Exag’ et À Tant Rêver Du Roi
