14 juillet 2025

Status Quo : les forçats de la route

Edsel vient de publier un formidable coffret de huit disques réunissant le double live mythique de Status Quo, et l’intégralité des trois concerts qui ont servi à l’assembler. Captés à l’Apollo de Glasgow du 27 au 29 octobre 1976, le quatuor boogie anglais s’impose avec un double live définitif, à une époque où ce genre d’albums impose les artistes. Certains enregistrements en direct sont même parfois supérieurs aux disques studio. Ils captent en tout cas l’énergie de formations constamment sur la route, et dont le succès n’est acquis qu’à coups de concerts explosifs.

Des copains d’enfance

L’histoire de Status Quo est déjà longue en 1976. le guitariste-chanteur Francis Rossi, le bassiste-chanteur Alan Lancaster et le batteur John Coghlan sont trois copains de collège qui fondent leur premier groupe en 1962 sous le nom de The Paladins, puis The Spectres. Ils tournent dans les lycées et les clubs de plus en plus régulièrement, à tel point qu’ils doivent faire un choix en 1965 : faire de la musique leur vie ou reprendre leurs scolarités. Ils optent évidemment pour la première option. Ils n’ont qu’entre seize et dix-sept ans, et ce genre de choix n’est pas anodin. Le claviériste Jess Jaworski décide que cette vie n’est pas pour lui, et il est remplacé par Roy Lynes.
Il faut désormais vivre, et The Spectres décroche une résidence estival au camp de vacances Butlin’s de Minehead au bord du Canal de Bristol. Les Butlin’s Holiday Camps sont fondés par Billy Butlin, un entrepreneur marqué par un mauvais souvenir de vacances sur l’Ile de Barry, où il était jeté dehors chaque jour par la propriétaire du Bed And Breakfast où il logeait pour se retrouver sans rien à faire. Il décida de fonder des résidences balnéaires en forme de camps fermés où de nombreux loisirs étaient disponibles. La particularité, c’est qu’il voulut que ses cités balnéaires soient accessibles financièrement au plus grand nombre, et notamment aux ouvriers anglais. Les camps Butlin’s vont donc connaître un immense succès dès l’après-guerre justement par leur accès économique facile pour une population anglaise complètement ruinée par la Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences économiques.
C’est à Minehead que Rossi, Lancaster et Coghlan tombent sur Rick Parfitt, jeune guitariste qui tente lui aussi de gagner sa vie dans un groupe de cabaret. Rossi et Parfitt deviennent de vrais amis. C’est pourtant sans lui qu’ils repartent après leur résidence. The Spectres publient quelques simples en 1966-1967 avant de vouloir se renommer Traffic Jam. Mais Steve Winwood a déjà eu ce genre d’idée et connaît le succès avec Traffic. Ils se renomment alors Status Quo. Par ailleurs, leur manager Pat Barlow invite Rick Parfitt à rejoindre le groupe sur la proposition de Francis Rossi.

Status Quo signe chez Pye Records, et publie un premier simple : Pictures Of Matchstick Men en janvier 1968 qui se retrouve à la 7ème place des ventes anglaises. Le quintette pratique alors une musique psychédélique pop en vogue. Ice In The Sun connaît un succès comparable (n°8 UK), tout semble donc aller parfaitement pour les jeunes Status Quo, qui ont à peine vingt ans.

Repartir de zéro

L’album « Picturesque Matchstickable Messages From The Status Quo » sort le 27 septembre 1968 et est un échec commercial malgré la présence des deux hits du groupe. Dès lors, tous les disques, simples comme album, seront des échecs commerciaux retentissants. Ils ne se classent littéralement nulle part. Le groupe tourne beaucoup, notamment grâce au jeune Bob Young, qui est leur tour-manager, et qui va devenir le partenaire d’écriture de Francis Rossi. Mais rien n’y fait. La pop psychédélique, les coupes à la laque, et les chemises à jabots n’intéressent plus personne. Le public se tourne vers le début du hard-rock avec Jeff Beck Group et Led Zeppelin, et celui du rock progressif avec Jethro Tull, Yes et King Crimson.

Status Quo n’est pas spécialement apprécié par la critique rock.

Les Status Quo sont alors dans une panade complète et ne savent pas trop quelle voie prendre. Ils aiment tous le rock’n’roll et le blues anglais, notamment celui du Fleetwood Mac mené par Peter Green, avec notamment les boogies joués par Jeremy Spencer. C’est lors d’une tournée en compagnie de Chicken Shack, groupe de blues du Nord de l’Angleterre mené par le guitariste-chanteur Stan Webb et la pianiste-chanteuse Christine Perfect (future MacVie) que Status Quo a la révélation. Les musiciens ne sont pas de très bons techniciens, ils ne peuvent donc pas se lancer dans des voies musicales virtuoses. Par contre, ils découvrent l’effet du boogie joué par Stan Webb et Chicken Shack sur le public du Black Country, ce secteur ouvrier du Nord de l’Angleterre. C’est un galop de guitare qui fait trépigner les spectateurs, le tout avec une technique très simple mais terriblement efficace. Rossi, Parfitt, Lancaster et Coghlan décident d’opter pour le boogie.

Les fringues psychédéliques et la bombe de laque finissent dans la poubelle au bord de la Tyne à Newcastle. Il est décidé de porter des jeans, des tee-shirts, des tennis et des cheveux longs. Le virage sonore est opté sur l’excellent « Ma Kelly’s Greasy Spoon », premier album blues-boogie publié le 28 août 1970. C’est un chef d’oeuvre de rusticité sonore, qui conserve toutefois quelques étincelles acides. Il a déjà ce sens de l’accroche sonore qui va faire tout le sel de Status Quo.
Status Quo est encore un quintette de plus en plus souvent complété par Bob Young, très bon harmoniciste, mais qui préférera vivre dans l’ombre du groupe qu’il manage. Roy Lynes, lui, ne se retrouve pas dans cette nouvelle musique, et préfère s’en aller. Il est aussi conscient que la route est particulièrement difficile jusqu’à un potentiel succès. Non seulement Status Quo doit repartir de zéro, mais il doit aussi se débarrasser de son étiquette de groupe pop. Il est donc black-listé dans de nombreuses salles, car considéré comme une formation à la carrière définitivement carbonisée.

Status Quo s’accroche, et joue partout, parfois juste pour une soupe, une bière et un canapé. Ils ont encore quelques soutiens, comme Granada TV qui les fait jouer dans leur émission enregistrée live à Manchester : « Doing Their Thing », qui a par ailleurs reçu des groupes comme Free. Le 3 juillet 1970, Status Quo présente sa nouvelle musique en attaquant par une monstrueuse reprise de Roadhouse Blues des Doors. Le groupe ne joue plus un seul morceau de son ancienne carrière, même réarrangé. Tout cela a été jeté à la poubelle pour de bon. Status Quo se présente avec des looks de quasi-clochards, ce qu’ils ne sont pas loin d’être. Le coeur de la prestation est une tempête boogie en deux parties figurant sur « Ma Kelly’s Greasy Spoon » : Is It Really Me/Gotta Go Home, une sorte de mini-opéra boogie inspiré des Who. Le groupe interprète aussi Down The Dustpipe, morceau sorti en mars 1970 en simple et qui leur a offert un mini-hit inattendu : 12ème en Grande-Bretagne. Malheureusement, il est signé Carl Groszmann, et Status Quo ne touche pas grand-chose dessus. Cependant, In My Chair qui sort fin octobre 1970 atteint la 21ème place en Grande-Bretagne, et c’est cette fois une composition Rossi/Young.

Si les albums ne marchent pas trop, la faute à une distribution calamiteuse de Pye, Status Quo recommence à avoir de petits hits qui font du bien au moral. Le groupe joue beaucoup en Belgique, en Allemagne de l’Ouest et en Europe du Nord, toujours dans les pas de Chicken Shack, très populaire en territoire germain. Status Quo se produit à l’émission en direct Beat Club sur TV Bremen en septembre 1970.

« Dog Of Two Head » ne se classe toujours pas, mais offrent de nouveaux classiques de scène. Il est considéré par les fans comme étant la seconde pierre angulaire de la carrière de Status Quo. Une fois encore, malgré des salles pleines, des simples prometteurs et de bons albums, Pye Records ne fait pas grand-chose pour promouvoir Status Quo. Il est décidé de partir, mais pour quelle destination ?
Status Quo passe sur la scène du Festival de Reading le 13 août 1972, en plein dimanche après-midi, et sous une pluie torrentielle. Malgré cela, le quatuor va réveiller les morts et réaliser l’impossible.Vertigo leur propose un contrat qui leur permet de fuir Pye et se retrouver dans la position de musiciens de premier rang.

C’est le début de la période à succès de Status Quo avec une série d’albums fulgurants et de premier rang : « Piledriver » en 1972, « Hello ! » en 1973, « Quo » en 1974, « On The Level » en 1975, « Blue For You » en 1976. Tout ce que sort Status Quo, que ce soient les albums ou les simples, est un succès instantané.

Le mépris des prolos

Avec son boogie énergique, Status Quo est la coqueluche des anglais. Une fois « Pildedriver » installé à la 5ème place des ventes en décembre 1972, le quatuor pose chaque album à la place n°1, hormis « Quo » en mai 1974, « seulement » n°2. L’Allemagne et la France ont aussi craqué pour le groupe. En plus des albums, Status Quo est un groupe de simples à succès : Paper Plane (n°8), Caroline (n°5), Break The Rules (n°8) Down Down (n°1). Seules les Etats-Unis vont résister au Quo : leur boogie est trop agressif pour les radios US, et le groupe ne veut pas passer des mois sur la route aux Etats-Unis, surtout maintenant que la plupart des musiciens ont des familles. Ils n’ont pas envie de finir rincés par la cocaïne comme Black Sabbath, Deep Purple ou Led Zeppelin. D’autant plus que leurs prestations sont basées avant tout sur l’énergie constante. Il n’y a pas beaucoup de poses dans un show de Status Quo, aussi il faut tenir. Et à ce rythme, un mois d’affilé est bien suffisant avant de faire une pause puis de reprendre. Cela n’empêche pas Status Quo de jouer beaucoup, mais le groupe le fait plus intelligemment qu’un Black Sabbath obligé par leur manager de ratisser les USA d’un bout à l’autre tous les ans. Presque dix ans après la naissance officielle de Status Quo, les quatre musiciens ont toujours la pêche et s’entendent toujours très bien.


Les galères les ont soudé, et ils savourent chaque concert comme une victoire. Ils ont désormais des vies de rockstars : belles maisons, voitures de sport, et soirées animées. Le plus récréatif est sans doute Rick Parfitt, toujours dans les bons coups pour passer une bonne soirée. Les autres se montrent plus calmes une fois revenus à la maison. Mais malgré le succès, ils ne sont pas devenus des superstars inaccessibles, qui se déplacent en jet privé, et qui perdent totalement pied dans la folie des tournées mondiales. Les Status Quo sont des gars les pieds bien ancrés dans le sol. Le succès leur a échappé trop longtemps pour tout ficher en l’air maintenant.

C’est ce côté bien ancré dans la réalité qui fait que le public anglais les aime tant. Les Quo ressemblent à leurs fans : jeans, baskets, tee-shirts, un peu braillards, se collant de temps en temps une pinte de trop. Leur rock tout simple, sans fioritures, est parfaitement accessible à un très large public, et ses bases boogie résonnent chez tous les ouvriers anglais. Cette reconnaissance, les Status Quo sont allés la chercher à la force du poignet, comme de vrais forçats de la route. Ils ont obtenu le respect complet du public qui voit en eux des musiciens différents de David Bowie, Yes, Pink Floyd ou Led Zeppelin. Ils ne se cachent derrière rien, ils ne recherchent pas de reconnaissance en tant qu’artiste. Ils font de la musique pour s’amuser et faire danser le public. Les Slade auront aussi ce genre de respect, mais ils auront commis l’erreur de la jouer glam-rock pour se faire remarquer. Les Status Quo, qui ont tiré tous les enseignements de leur courte phase psychédélique à la mode, ne se prêtent plus à la moindre concession de ce genre. Ils sont aussi un repère inamovible dans l’horizon si changeant du rock anglais des années 1970. Ils sont même devenus une référence en termes de son et d’intégrité musicale. Pour cela, ils essuient les plâtres pour AC/DC à qui l’on reprochera, comme Status Quo, de toujours faire le même disque.

Car Status Quo n’est pas spécialement apprécié par la critique rock. Mêmes s’ils ont entre vingt-sept et vingt-huit ans, ils sont considérés comme des vieux routiers de la scène anglaise, qui ont par ailleurs échoué lamentablement en 1968-1969, qui ont trouvé une formule simpliste qui marche et ne veulent pas en dévier. Ils sont l’antithèse du rock dit « progressif », ou même d’un Led Zeppelin qui apporte ses lettres de noblesse au hard-rock avec sa musique virtuose et brillante.
Un peu comme Black Sabbath, qui paye en plus son tribut du fait d’être un groupe de ploucs du Nord de l’Angleterre, des Brummies, Status Quo, pourtant londoniens modestes, est méprisé pour sa musique idiote qui ne draine qu’un public de lads anglais, ces travailleurs buveurs de bière qui ont besoin de se défouler, que ce soit aux matches de foot ou aux concerts de Status Quo. Il transparaît évidemment un profond mépris de la classe ouvrière anglaise de la part de ces journalistes anglais largement issus des classes moyennes supérieures ayant étudié dans les facs de lettres. Ils se retrouvent bien plus dans un Pink Floyd dont les musiciens étaient étudiants en architecture, ou un David Bowie dont les références culturelles sont vastes et se vit en artiste.

Les Quo n’ont que foutre de tout cela. Ils ont pris le parti de jouer du boogie, sans même être d’ailleurs capables de citer des bluesmen noirs américains comme les érudits Robert Plant et Jimmy Page. Ils ont quelques références, et font leur mixture à eux. L’énergie commune fait le reste, et produit d’excellentes chansons, d’une efficacité rythmique et mélodique redoutable. Et ça, personne ne peut leur enlever.

En route pour le double live

En 1976, Status Quo vient d’aligner cinq albums à succès. Pour les fans, il n’y a qu’un maigre EP de trois titres nommé Live ! et datant de 1975. Or, le groupe est une bête de scène, dont les versions live surpassent celles en studio. Les musiciens enregistrent leurs albums souvent vite, dans les conditions du direct, mais le rendu n’est pas forcément satisfaisant, hormis l’excellent « Piledriver » qui avait réussi à capter un peu de ce son cru. Il devient évident, maintenant que Status Quo a un vrai répertoire à succès, qu’un double live serait le disque à sortir. Cela permettrait aussi au groupe de souffler un peu avant de repartir sur un nouvel album studio.
Le disque live n’était auparavant qu’un album pour mettre en attente les fans, et les captations sont souvent médiocres jusqu’à la fin des années 1960. C’est notamment le cas des premiers lives des Rolling Stones ou des Kinks, avec ce besoin de rajouter des hurlements de filles hystériques pour montrer combien ils sont populaires. Ou alors, vous êtes parfaitement captés, mais dans les conditions d’un club, un peu comme un groupe de jazz. Ce sera notamment le cas de John Mayall, dont les lives sont superbes, mais manquant de l’entrain des spectateurs.

1970 marque le tournant du disque live avec les excellents « Get Yer’s Ya Ya’s Out » des Rolling Stones, « Live At Leeds » des Who, et le « Live Album » de Grand Funk Railroad. L’année suivante viennent ceux du Allman Brothers Band, Humble Pie et Derek And The Dominos. La musique se veut de plus en plus improvisée, et la scène est le terrain d’expression des musiciens, et notamment des guitaristes. « Live At Leeds » est un peu une exception, puisqu’il permet d’entendre la puissance live des Who, dont la réputation sur ce terrain est énorme, même si ils ne sont pas forcément des virtuoses. C’est justement leur cohésion totale qui les réunit et fait la magie de leur musique.

Tout le monde finit par s’y mettre, et avec le « Performance : Rockin’ The Fillmore » d’Humble Pie en 1971, le double live est même déclencheur de succès. Le groupe de Steve Marriott, après des années de galère, et une réputation scénique hors-pair, obtient enfin la reconnaissance avec un disque à la mesure de leur talent. Il en sera de même pour Kiss avec « Alive ! » en 1975 qui débloque leur carrière, et ce sera le coup de maître pour Peter Frampton et son « Frampton Comes Alive » de 1976 vendu à huit millions d’exemplaires. Status Quo n’a pas besoin de débloquer sa carrière, mais il manque un disque live pour permettre aux fans d’entendre le groupe en pleine action comme ils l’aiment, sachant que l’attente potentielle est énorme.

Le groupe assure ce qui doit être son ultime concert au Live Aid en 1985 à la demande du Prince Charles qui déclare les adorer.

Le groupe aurait pu faire le choix d’enregistrer son futur double live dans le Nord de l’Angleterre, ce fameux Black Country et ses fans ouvriers conquis d’avance. Mais Status Quo décide de se faire plus grand que la simple Angleterre en étant le groupe du Royaume-Uni. Il fait le choix de l’Apollo Theatre de Glasgow, en Ecosse. La ville a toutes les caractéristiques de la ville du Nord de l’Angleterre : elle a vécu sur la sidérurgie et le textile, elle a été abondamment bombardée pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle subit de plein fouet la crise économique anglaise qui provoque des grèves de plus en plus dures. Les spectateurs de l’Apollo sont connus de tous les groupes qui y passent comme étant un des plus réactifs et des plus fervents. Status Quo n’y voit que des bons points pour son futur double live, même si le défi devient du coup encore plus haut à atteindre.
Une série de trois concerts à l’Apollo vont servir de base au futur double live : les 27, 28 et 29 octobre 1976. Ils seront captés par le meilleur studio mobile du moment : le Rolling Stones Mobile. Le camion est garé dans l’arrière-cour de la salle. Steve Lillywhite en est l’ingénieur du son. Il sera plus connu pour ses travaux ultérieurs avec XYC, Johnny Thunders, Peter Gabriel ou U2. Mais à cette époque, il est surtout connu pour ses enregistrements avec Nucleus et Golden Earring.

Un évangile du rock’n’roll

L’album « Live ! » sort le 4 mars 1977. Il a tous les atours d’un grand disque live. Les pochettes intérieures de chaque vinyle représentent un portrait individuel de chaque musicien. La couverture mêlant affiche déchirée et portrait de musiciens, noir et blanc et couleurs rougeoyantes, et toutes les pastilles scéniques, révèlent un groupe totalement incandescent, parfaitement représentatif de la musique enregistrée.

Dans son format originel, c’est déjà une merveille, une quintessence. Le blues grince à chaque coin de chorus, la vélocité de la rythmique boogie de Rick Parfitt est magique. Coghlan et Lancaster assurent une rythmique redoutable. Les chanteurs se relaient : Lancaster, Rossi, Parfitt. Ils sont tous les trois très bons, tous les trois complémentaires, avec des timbres très différents et complémentaires. La quintessence du disque réside dans des morceaux au long court comme Forty-Five Hundred Times et ses plus de quinze minutes d’opéra-boogie, Roll Over Down ou Roadhouse Blues. Mais il sait aussi retourner une salle avec Just Take Me ou l’enchaînement magique Little Lady/Most Of The Time. Cet immense double live va réjouir toute une communauté de fans avides d’entendre en direct Status Quo. On y découvre une avalanche continue de boogie du début jusqu’à la fin.

Le coffret de huit disques qui vient de paraître chez Edsel est une vraie offrande à ceux qui ne les ont pas oublié, et devrait remettre Status Quo parmi les tous meilleurs groupes de l’histoire du rock’n’roll. Bien sûr, la set-list est identique. L’énergie ne baisse pas non plus trois soirs de suite, et il a dû falloir tendre l’oreille pour distinguer quelle version est supérieure à l’autre. Il y a néanmoins quelques subtilités d’interprétation, notamment dans la vélocité rythmique.
Dans le livret, il est expliqué quel soin a été appliqué à ce nouveau travail de mixage, et notamment cette volonté de faire ressortir le côté puissant et sans fioriture de Status Quo tel qu’il sonnait sur scène. Cette volonté colle bien à l’âme profonde du groupe, et ce qu’il représente. Les introductions successives de chaque show assurées par Jackie Lynton, un musicien local qui officia notamment dans Savoy Brown, font référence aux travailleurs, leur demandant d’oublier le lendemain au travail, et de se défouler sans compter. Il précise que chaque show est enregistré et que chaque concert est « leur » show. Le dernier soir, le 29 octobre, le public est déchaîné. Francis Rossi a du mal à contenir une ovation de plus d’une minute après le morceau Just Take Me.
« Live ! » atteint la 3ème place des ventes britanniques. Il sera disque d’or dans toute l’Europe. Il atteindra même le statut de double disque de platine en Australie, pays qui a craqué pour Status Quo depuis leur tournée là-bas en 1975.

Le 11 novembre 1977 sort l’album « Rockin’ All Over The World ». La chanson titre, signée John Fogerty, est un immense tube en Grande-Bretagne, n°3 et disque de platine. L’album est n°5, tout semble aller. Mais le disque chagrine certains fans. Pip Williams, le producteur, a policé quelque peu le son du groupe. Certes, cela sonne plus professionnel, mais le côté mordant s’est calmé alors que gronde le punk à Londres. Le public ouvrier n’apprécie pas spécialement cette première vague punk, considéré comme un phénomène de mode venu de la capitale. Il continue à croire en ses héros à cheveux longs, et Status Quo était tout désigné pour rapidement botter les fesses de ces poseurs à épingles-nourrice. En formatant quelque peu leur musique, Status Quo séduit un public un peu plus large, mais perd quelque chose en route.

Les disques suivants restent bons, à commencer par « Whatever You Want » de 1979. Mais avec le départ du batteur John Coghlan en 1981 après l’album « Never Too Late », l’esprit rock’n’roll finit de s’effriter et laisse éclater un conflit intestin entre la ligne de Rossi qui se veut plus pop, et celle de Lancaster qui veut maintenir le boogie. Le batteur Pete Kircher qui remplace Coghlan est justement plus de la veine pop avec un passé au sein de Honeybus et Liverpool Express, des formations à forte tendance pop-rock. Kircher a aussi collaboré à plusieurs reprises avec Rossi. Cette situation isole Alan Lancaster, qui par ailleurs vit désormais en Australie avec son épouse originaire de là-bas. Le groupe joue sa tournée d’adieu en 1984 et assure ce qui doit être son ultime concert au Live Aid en 1985 à la demande du Prince Charles qui déclare les adorer, et qui sait surtout qu’ils représentent la Grande-Bretagne populaire.

Bien évidemment, Status Quo ne s’arrêtera pas là, et Rossi et Parfitt vont continuer sans Lancaster, qui intente un procès. L’acrimonie entre les deux camps restera vivace, jusqu’à ce que le Frantic Four, comme ils se sont auto-baptisés lors des concerts de Glasgow, se reforme pour une série de concerts en 2013 et 2014. Les albums live qui en seront issus, ainsi que le documentaire réalisé à cette occasion, montre un groupe à la flamme toujours vivante, heureux de se retrouver, et qui joue toujours très bien. Le décès de Rick Parfitt en 2016 et d’Alan Lancaster en 2021 scelleront définitivement le sort du Frantic Four.

 

2 Comments Laisser un commentaire

  1. Un peu fatiguant d’entendre les mêmes poncifs à propos du Quo : ce sont de brillants musiciens et compositeurs qui n’ont rien à envier aux gens de Led Zep ou de je ne sais qui d’autre… Il serait temps de s’en rendre compte et d’arrêter d’ânonner le sempiternel refrain lancé par je ne sais quel pisse-vinaigre pseudo intello de mes deux roubignolles dès qu’ils ont commencer à cartonner début soixante-dix. Je joue de la gratte depuis bientôt cinquante ans (hé oui) et j’en connais de nombreux autres et la musique de Quo est tout aussi évolutive et bien foutue que celle de ses confrères générationnels, (des titres comme Caroline ou Down Down ne sont pas plus simplistes que Rock ‘n Roll de Zep ou Smoke on the Water de Purple, c’est d’ailleurs ce qui a été mis en exergue récemment dans deux ouvrages écrits par des musicologues en UK (et non par des « critiques rock ») professeurs de guitare de surcroit. Des Forty Five Hundred Times ou Slow Train valent guitaristiquement leur pesant de cacahuètes et la liste est longue…

    • Mon cher Jean-Christophe,
      Je dois avouer ne pas comprendre quel est votre grief sur cet article. Je ne vois pas de quel « sempiternel refrain » vous parlez. Peut-être est-il nécessaire que vous le lisiez attentivement pour voir que je ne fais que parler de Status Quo en termes élogieux. Et qu’au contraire, j’essaie de remettre en avant ce groupe injustement méprisé de la critique, alors qu’il a produit parmi les meilleurs albums des années 1970. Il eut par contre une place très particulière sur la scène britannique, c’est indéniable, avec un public d’origine ouvrière très attaché à la formation, encore aujourd’hui, comme l’ont prouvé les tournées de reformation du Frantic Four, par ailleurs tous excellents. Et oui, ils étaient des « forçats du boogie », sans aucun sous-entendu péjoratif de ma part, car ils étaient des musiciens se donnant à 200% chaque soir, et tournant à une cadence impressionnante à l’époque.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

partages
Aller enHaut

Ca vient de sortir

Poni Hoax, de retour en concert et ciné club !

Vingt ans après ses débuts, Poni Hoax revient pour deux

De Helsinki à Indianapolis, la synth-pop de Modem emmerde le fascisme

Après quelques semaines de route dans l’enfer de l’Amérique de

HATIHATI chez Deewee, c’est catchy catchique (aïe aï aïe)

Ding dong, le label DEEWEE vient d'annoncer une nouvelle signature