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TY CIGALE A LA SEGALL

Avec ses riffs psychés granuleux, le petit génie du noise de la côte ouest a retourné le 21 octobre dernier une Cigale plus que remplie et survoltée pour présenter « Manipulator », son dernier et déjà quatorzième album. Photo-report depuis la sueur de la fosse et entre deux slams de celui dont j’ai arbitrairement décidé qu’il serait le sauveur du rock (rien que ça).

Si Ty Segall est un nom qui se fait seulement connaître de ce côté de l’Atlantique, pour autant sa venue à Paris était attendue. Le concert affichait complet depuis quelques semaines et quand un petit nombre de places de dernière minute avaient été remises en vente l’après-midi même, le temps de se connecter, elles étaient déjà parties.

La dernière fois que j’ai vu Ty Segall sur scène c’était à la Villette Sonique l’été dernier où il partageait la scène avec John Dwyer et ses Coachwhips ainsi que Man or Astro Man ?. J’étais sortie de là avec le coccyx pété par les slams frénétiques mais surtout l’impression d’enfin avoir trouvé pour nos pauvres décennies perdues du rock l’équivalent de Nirvana, Iggy, Patti ou les Doors en termes d’émotion, de frisson et de claque dans la gueule. Autant dire que j’attendais le retour à Paris du Messie Californien avec hâte.

Ty Segall 1_Cigale 211014 © Bigel

C’est loin du soleil d’Orange County, dans une ambiance sombre, que la soirée commence avec les franco-italiens de J.C.Satàn qui ouvrent avec leur stoner psyché intense et angoissant. La foule ne bouge pas, leur son captive, hypnotise, plonge l’audience dans un délire psychotique sonore. Le chanteur-guitariste prévient, entre deux gorgées de whisky : « Il va falloir se mettre à danser. Après c’est Ty Segall… vous feriez mieux de vous chauffer ».
Le son est coupé par des larsens et des breaks maîtrisés et je retrouve espoir en la capacité de notre Nation à produire du garage de qualité. De façon tout à fait improbable, le Président du Groland fait son apparition, donnant sa caution rock au groupe, index levés.
Le set est déjà bien avancé et la foule n’est toujours pas compacte, je me balade facilement pour prendre des photos de part et d’autre de la scène mais pendant mon errance le groupe envoie une chanson plus énergique dans un style efficace à la Thee Oh Sees qui a pour effet de réveiller immédiatement la foule, la salle se resserre autour de moi pour une fin de concert un peu plus sauvage.

Tyseagall

Le concert prend fin. Ty Segall se ramène nonchalamment sur scène, sous les acclamations quasi-immédiates de la salle. Il arbore un maquillage glam brillant autour de l’œil et porte une combinaison bleue type employé de garage avec une espèce de logo hippie assez obscur brodé dessus. Il répond aux cris par un sourire timide et un signe de la main mais reste concentré ; pour le moment il vient simplement brancher son matos et vérifier que sa guitare soit bien accordée. Les musiciens suivent et font de même. Une gorgée de San Pellegrino plus tard, le Manipulator band retourne derrière les rideaux.

Quand le noir se fait, un mec sapé dans le plus pur style texan – chapeau de cow-boy, bandana, veste, moustache, santiags – débarque, clope au bec. Il se présente comme le manager du Manipulator band et vient présenter sur Terre des musiciens « trouvés sur la 4e de lune de Jupiter » puis va vers le clavier, et joue les premières notes de Manipulator qui ouvre le concert comme sur l’album.

Les musiciens-aliens arrivent, Ty Segall prend sa guitare et les pogos commencent immédiatement. Je suis tout devant, entre le bassiste et Ty Segall, encastrée dans la scène, il devient évident que je ne pourrai pas me balader pour prendre des photos puisque je ne peux plus bouger du tout. Les chansons du nouvel LP s’enchaînent en un set bien rôdé,  reprenant plus ou moins le même ordre que l’album : It’s Over, The Connection Man, Tall Man Skinny Lady …, malgré le côté formel de cette setlist le public est en transe, je brandis mon appareil pour tenter de capter ces moments tout en essayant de rester en vie et de porter les gens qui deviennent de plus en plus nombreux à sauter au-dessus de moi.

Ty Segall 4_Cigale 211014 © Bigel

I Bought My Eyes puis You’re the Doctor se font entendre, la salle entre dans un délire total, je range mon appareil et ne peut faire autrement que succomber à cette ambiance démesurée. Les titres plus vieux issus de Slaughterhouse, Twins ou Melted déferlent. Les riffs pénètrent les corps, je ne suis même plus les titres, transportée par la puissance de la musique et son énergie démentielle que le live rend au centuple. La musique de Ty Segall – qui aurait carrément besoin d’un nouveau mot pour être décrite tellement psyché, noise, surf, punk, grunge ou garage restent insatisfaisants et un peu poussiéreux – est faite pour le live. Sur scène, il sue, s’agite, crie, se tord sur sa guitare comme si sa vie en dépendait. Certains de ses solos reprennent des tricks à la Hendrix. On ne peut que tomber sous le sort : une fille balance son t-shirt et saute dans la foule, une autre vient faire comprendre à Mikal Cronin ce que french kiss signifie. Emily Rose Epstein reçoit un mot d’amour. Ty Segall joue de la guitare debout dans la foule. Et des tas de gens viennent sur la scène se tortiller, faire du skate, crier, puis sauter, à un, deux ou trois en même temps dans une espèce de frénésie totale. Une chaussure échoue sur la scène, seule, et les premiers accords de Wave Goodbye résonnent… « But now it’s time to taste the guilt… And wave goodbye …. Bye bye ! ». Hors de question de le laisser partir, le public est en nage mais en veut encore, ON en veut encore. Le groupe revient presque immédiatement avec Girlfriend et le paroxysme de cette folie collective est atteint, Ty Segall slamme en plein solo et je saute moi aussi sur la foule, brandissant mon appareil photo telle une journaliste de l’extrême en me disant qu’il n’y a que d’en haut que l’on peut peut-être se rendre compte du délire génial que The Ty Segall Manipulator Band a provoqué ce soir-là.

Ty Segall 6_Cigale 211014 © Bigel

Quand les lumières se rallument, chacun, en sueur, un sourire hilare fixé au visage, fait le bilan des pertes. Pour moi ce sera un cache, un stylo, une pellicule. Mais ça ne pèse pas grand-chose face à la confirmation d’avoir retrouvé ma foi en l’avenir du rock.

Ty Segall // Manipulator // Modulor
http://ty-segall.com/

1 Comment

  1. Guy Déborde

    30 octobre 2014 at 15 h 28 min

    « le petit génie du noise de la côte ouest ». Ah!… ok.

    Bon je veux pas casser l’ambiance, les slams, la sueur,et tout ça, mais
    j’ai la méchante impression que quand vous serez plus vieux (que vous
    soyez d’accord ou non, vous le deviendrez très certainement sauf mort
    violente) et pères/mères de famille (que vous proclamiez votre
    contestation à cet état de fait à ce jour, soit, mais vous n’en savez
    encore rien à vrai dire, vos parents disaient pareil), il y aura
    toujours un petit con pour venir proclamer que Ty Segall était aux
    années 2010 ce que Smashing Pumpkins était aux années 1990 : superchiant
    et vide.

    Guy Déborde « le petit chieur du rien de la côte sud »

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