Connect
To Top

Le Prince Miiaou, tout le monde s’en fout ?

Après quatre albums et une décennie à crier sa différence dans le vide, Maud-Élisa Mandeau semble avoir toujours le même problème avec ce pseudo qui lui colle à la peau comme les poils d’un chat qu’elle n’est pas. C’est d’autant plus frappant avec le prochain album, « Victoire », à paraître en septembre.

De temps à autre, on me demande de faire des bios. En quoi cela consiste-t-il en général ? A résumer la vie d’un artiste en moins d’une page en lui brossant le portrait dans le sens du poil, disons de façon élégante, afin que la majorité des médias puissent piocher à l’intérieur des sources d’inspiration pour leurs papiers. L’exercice, évidemment, est rémunéré. Certains en ont même fait une profession ; c’est vrai que ça met du beurre dans les épinards. D’autres font ça en refusant de signer leurs exercices un peu honteux tout en avançant une déontologie qui ne les empêche pas d’encaisser le chèque à la fin. Bref, chacun fait ce qu’il peut ou veut, c’est selon, et si vous souhaitez en savoir plus sur les biographies d’artistes, il existe un papier pour ça.

Le fait est que Maud-Elisa, aka Le Prince Miiaou, m’a contacté l’année dernière. Je n’avais jamais écouté sa musique, ni vraiment prêté attention à sa carrière dont je ne comprenais pas tous les codes ; pensant à tort – et peut-être comme un paquet de gens – que Le Prince Miiaou cachait une rescapée du Titanic folk des années 2000 ; le genre de chanteuses minaudant (le nom, oui…) des histoires d’amour dont on a, en 2018, plus rien à carrer.

Le soir de la rencontre, elle me fait face. Ce qui choque en premier, c’est son regard. Pas vraiment celui du chaton apeuré : Maud-Elisa sait ce qu’elle veut. C’est même un peu son problème, visiblement, dans cette industrie du doute où les directeurs artistiques semblent confondre thermomètre et pifomètre. C’est vrai que son regard n’est pas rassurant, que ses chansons n’inspirent pas spontanément la gaité; mais personne n’a jamais dit qu’un artiste devait faire le même effet qu’un suppositoire à l’eucalyptus.  On va pas se lancer non plus dans une grande déblatération sur la mourrance du système discographique ; le fait est que « Victoire », le prochain album du Prince Miiaou, donc, m’a donné envie d’en écrire la bio. Pas pour le pognon (enfin, pas que), surtout parce qu’on y découvre une artiste autant fascinée par Radiohead que Skrillex. Intéressant. Bof, ouais, c’est tout ? Non. La trentaine bien entamée, elle est ce grain de sable dans la machine. C’est ce que j’ai découvert le soir de notre rencontre, et j’avoue, cela m’a charmé. La bio a été envoyée, validée. Affaire classée.

Enfin, pas tant que ça. « Victoire », qui porte si bien et si mal son nom, est un disque lent. Moins instantané que ceux des Christine Armanet et autre Juliette & the Queens. C’est moins direct, mais c’est plus brutal. Remarquez, et ça va plutôt même avec, ça n’empêche pas la poésie. Le premier titre publié, Poisson, évoque les productions tardives de Christophe. Dans un monde idéal, ce serait un single. Dans la vraie vie, ça pèse moins de 10 000 vues sur Youtube.

A l’heure du Do It Youself enseigné en école de commerce, Maud-Elisa semble avoir pris sa double ration. Réchappée d’à peu près tout, elle a tout confectionné (le terme n’est pas anodin) toute seule, comme une grande ; loin des images d’Epinal qui la disent caractérielle obsédée par le contrôle et les PJ Harvey. Que faire avec ça ? Des disques. Une carrière ? C’est à voir. Tout cela pour dire qu’on s’est peut-être tous trompé sur son compte et que ce disque, du moins (parce que je n’ai pas écouté les autres depuis), marque un signe d’espoir, si léger soit-il, pour la pop française. Le terme est galvaudé, on le sait ; parlons plutôt d’alternative à la soupe genriste qui souhaiterait placer des poupées sans son sur le devant de scène. Aux côtés de La Féline, Alice Lewis ou encore Halo Maud, Maud-Elisa suit sa route, et peu importe que vous la suiviez pas, il se pourrait bien qu’elle continue jusqu’à ce que vous l’écoutiez. Ou pas. Tout le monde s’en fout ? C’est pas grave : Le Prince Miiaou semble s’en cogner sévère des prochaines métaphores félines. Trop tard pour changer de nom. A l’image de l’armure en plastique pété qui s’affiche dans le clip de Flip the Switch, elle semble blindée comme un tank fragile. Et ça, aucune bio ne pourra jamais l’expliquer correctement.

Le Prince Miiaou // Victoire // Sortie le 21 septembre.
http://leprincemiiaou.com

4 Comments

  1. Olivier

    20 juin 2018 at 15 h 03 min

    Forever Charentais…

  2. T Gros CON

    20 juin 2018 at 18 h 01 min

    festvals festivals…? que neni y’aura des pannes de trains encule la cgt ça remporte un Pass agreditation!

    • TRAVAILLEZ!

      25 juin 2018 at 6 h 52 min

      Entre être un grain de sable et avoir du talent…

  3. dans le BAIN avec ta POUffE

    26 juin 2018 at 20 h 36 min

    birth skool works death & bain pas moi!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

A lire aussi