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LA FÉLINE
Wolf & Wheel

Le moins que l’on puisse dire c’est que la Féline est très surprenante. Difficile par exemple de ne pas accrocher ses ouïes à cette voix séductrice et protéiforme, parfois borderline mais toujours bien amarrée à ses cordes vocales. La Féline joue les acrobates du désert, fait briller ses enjoliveurs de folle du volant et moi je la suis, fasciné par ses courbes dangereuses.

Non, niet, nada et nicht ! Je sais déjà ce que l’on va pouvoir me reprocher, bêtement. Après avoir encensé l’électro pop gelée de Mohini Geisweiller, rêvé d’orgie pastorale avec Keren Ann, connecté mon esprit à celui de Sherry LeBlanc des Love Inks ou encore sauvé Norah Jones des crocs acérés de Danger Mouse, je devrais passer pour le (gros)niqueur de base s’excitant à la moindre vibration sonore s’établissant dans la partie haute du spectre fréquentiel ? Bref, je raclerais régulièrement le plateau Gonzaï à la recherche de tout ce qui porte des bonnets B et qui s’égosille un tant soi peu ? Et bien non, je ne vous ferai pas ce cadeau, je ne prends pas encore le bureau Gonzaï pour un vulgaire Sofitel. La subjectivité du slip je la mets de côté et vous invite plutôt à pénétrer ce qui fait la saveur d’un commentaire objectif, pondéré et vierge de tout soupçon.

Ceci étant dit, la Féline signe un premier LP sévèrement cylindré en forme de road movie musical, la voix en guise de V8.

Après un gros coup de polish en accord gratté sur le chrome des enjoliveurs, ça démarre sur les chapeaux de roue avec un Wolf & Wheels gonflé à l’hydrogène liquide. La voix d’Agnès Gayraud explose à la moindre étincelle, faisant rayonner toute l’étendue de ses octaves de bas en haut puis de haut en bas. J’en perds les pédales, déjà impossible de freiner. La course est définitivement lancée, j’espère seulement ne pas finir empêtré dans ses cordes vocales. Celle que l’on a facilement pris l’habitude de comparer vocalement à Kate Bush n’a rien à lui envier et veut le faire savoir. Son David hurle à la mort dans un décrochement de voix périlleux, à la limite de la rupture, mais la Féline évite le ravin après un burn out qui me râpe finement le tympan, excellent. Changement de vitesse, l’artiste sait aussi balader sur des chemins que je ne pensais pas emprunter. Elle m’offre son Coeur bizarre, en pleine nuit, au détour d’un lacet dangereux, le précipice se devine dans la lueur des phares de sa limousine lynchienne. La Féline me prouve par A+B qu’il est très facile de se laisser accaparer, par temps de brouillard, par les nombreux bras de Shiva, je plane.

« Tantas curvas y yo sin frenos ! »

« Tant de virages et moi sans frein ! », je comprends bien que je ne la séduirai jamais avec mes piropos à deux balles, je prends une claque. Je me prépare pour une longue Nuit du rat bercée de guitare atmosphérique et basse suspendue. La Féline me vire de la tire pour une longue errance dans le désert accroché au pare-chocs de sa berline par une solide corde vocale, je l’ai bien mérité. Puis elle me nargue, me parle de peur et de courage sur des accords 60’s. Car Agnès Gayraud sait aussi faire dans la légèreté, le sourire en coin, le pied tantôt sur le frein, tantôt sur le champignon, je rumine. Me reste, pour sauver ma peau, à tenter d’emprunter un Mystery train un peu trop à l’arrière-goût d’Anaïs, j’hésite. La Féline, je la préfère largement Naïve, sa voix étale toutes ses couleurs, sincèrement séductrice, je fonds définitivement, aspiré par ses sables mouvants.

Voici donc comment on se doit de parler objectivement d’un excellent Wolf & Wheels porté par une Féline multipliant les univers par la force de sa voix protéiforme et séductrice. On en fera ce qu’on voudra mais moi, personnellement, j’ai décidé de bien surveiller le magot et de la protéger des loups, même si ça doit un jour me couter ma solide réputation de chroniqueur intègre.

La Féline // Wolf & Wheel // BS Records (Almost Musique)
http://www.myspace.com/lafeline

2 Comments

  1. JS

    23 mai 2011 at 7 h 46 min

    Depuis son premier EP, la Féline creuse un sillon rare pour un groupe français. Pop mélodique aux sonorités originales et à la production hyper léchée pour une autoproduction. Et même sur scène le groupe s’en sort très bien. Que du bon.

  2. Pingback: Le Groupuscule » La Féline – Wolf and Weel

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