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JC SATAN SE CACHE DANS LES DÉTAILS

11 décembre. Release party à La Maroquinerie et match retour après un faux départ pour cause d'attentats. Ce soir JC Satan est réuni pour fêter le lancement d'un quatrième album, à l'image du groupe et de l'interview qui suit, bordélique.

Après la pochette crayonné (« Sick Of Love – 2010), photographiée (« Hell Death Samba » – 2011), puis peinte (« Faraway Land » – 2012), place donc à « JC Satan », un disque éponyme avec un logo noir et blanc pour simple illustration. Évolution esthétique, à défaut de révolution, qui fait craindre une étape pâte à sel, comme le rappelait récemment la chronique du disque… sauf que les cinq membres du brûlot noise-rock ont envie de prouver que le Bordeaux bouchonné ne contient pas que Noir Désir et autre Eiffel.

Le rendez-vous est donc fixé dans les loges bétonnées de la salle en sous-sol, avec le décorum habituel : chips, nuages de fumée, Ricard. On les grigris que l’on peut… Le tout sous l’œil avisé du tôlier de Born Bad Records, JB Wizz, le grand gaillard expéditif aux dents serrées à qui les Bordelais emboitent parfaitement le pas, niveau mythologie. J.C. Satàn est donc là, au complet, indocile et indiscipliné. Sur la défensive. S’auto-parasitant de digressions et de questions, sans pour autant avoir la volonté d’y répondre. Ne sont d’ailleurs par forcément d’accord entre eux. Mais les contradictions ont parfois du bon : brouiller les pistes et ne pas baliser le chemin. Idéal pour favoriser les interprétations, s’épargner les conseils condescendants et continuer à foncer tête baissée. Car, pour Arthur (principal compositeur du groupe), répondre à une interview est toujours étrange : « C’est comme une sorte de Service Après Vente auquel on n »aurait pas été préparé… C’est pour ça que je préfère les chroniques. » Haussement d’épaule. « Faire de la musique est la seule chose qui m’intéresse. Même si le groupe s’arrêtait, j’en monterais un autre… Je ne sais d’ailleurs rien faire d’autre ! C’est naturel. »

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(C) : Samuel Degasne

Le naturel, c’est précisément ce que revendique le groupe : jouer jusqu’à ce que mort s’en suive, avoir le droit aux « accidents » et à l’inconscient, histoire de privilégier une forme « brute et spontanée ». Vivre l’instant, « aussi cabossé soit-il ». Nul ne souhaite s’en expliquer, par peur de professer. Se produire paraît déjà du miracle dans ce foutoir organisé, où chacun prend sa place sans véritablement se concerter. « Il n’y a pas de leader, ni de chef d’orchestre, même si je suis à l’origine des morceaux », poursuit-il, en décidant de sauter la plage repas au profit d’autres anisés. Pas étonnant que leur set soit plus nerf que muscle et autorise les tronches suintantes et défigurées sur les photos de live. Le groupe ne vit ni une pub rock, ni dans un modèle préétabli. Pas plus dans une performance : « Un concert, c’est comme une tarte dans la gueule. Méga primitif ! Et ça n’a pas à être intellectualisé, non. Ca reste un exutoire. Le plus important ? Ne pas prendre les gens pour des cons. On n’est pas dans l’en-ter-tai-ne-ment, hein. On devrait d’ailleurs rarement enregistrer des lives. Ça se vit ! Basta. »

C’est là tout ce qui définit J.C. Satàn : des hédonistes en recherche perpétuel de l’amusement ; des nihilistes, par leur absence de quête de sens. Sur scène ? « Des reprises de J.C. Satàn… Ni plus, ni moins. Histoire de savoir si l’on a compris nos propres morceaux. On fait donc de la réinterprétation. La preuve : il y a du synthé, contrairement au disque… Et zéro improvisation ! Forcément, en un an que l’on joue ce disque, tu ajustes. Généralement, on joue nos morceaux plus vite sur scène, mais en les rallongeant… » Contradiction, toujours.

« Depuis le début on s’oblige à compter sur les autres.  Je ne comprendrais jamais les groupes qui ne se regardent pas… »

Quelle différence avec l’album ? « Un disque est contemplatif. Il peut s’analyser. À chaque support son usage, finalement ! D’où la possibilité d’y placer de l’arrangement. Un artiste complet, c’est celui qui est capable de réussir les deux exercices. Et à ce propos, on enregistre toujours… avant de répéter », lâche-t-il hilare. C’est sans doute pour cette raison que les membres du groupe ne sont pas intermittents. Qu’ils ne cherchent pas à être des professionnels de la musique à tout prix. Laisser faire le hasard et les rencontres sont un mode de vie. Un éternel rêve adolescent en guise de survie… Même l’absence d’accent british est assumé : « On tenait à utiliser le langage du rock. De là à se forcer à avoir l’accent parfait, ce serait encore une fois sacrifier une part d’authenticité… »
Et pour comprendre ce nouvel album, Arthur n’hésite pas à rappeler son amour pour les Breeders : « Ce sont les seuls qui, selon moi, ne sont pas tombés dans le piège des années 90. Leur disque m’a fait le même effet que le premier Velvet Underground ! » Oui, mais et les Pixies ? « Pas assez de chair. Trop de respiration entre les membres, alors que je recherche justement une unité. Notre live est basé dessus. On veut un set compact et dantesque. Être obligé de compter sur les autres. Et ce, depuis le début. Je ne comprendrais jamais les groupes qui ne se regardent pas… »

Confirmation quelques minutes plus tard avec un show foutraque et massif. Un premier degré grillé au son d’une basse bien grasse : l’instinct prime sur les exercices stylistiques, pour peu que l’émotion y soit. Bourrasques cul-sec sur Satan II, développement jazzy des bas-fonds sur Waiting for you, hymne gueulard sur I Will You Kill Tonight... J.C. Satàn joue les je-m’en-foutistes appliqués avec une expression aussi maladroite que rafraîchissante. Mais toujours sincère. Ça mouille le t-shirt. C’est primaire… Et là est l’essentiel.

Avec une surprise : le morceau Song Of Soul, pas remis sur la table depuis 2010… C’est cadeau. « Tu t’es éclaté ? Nous aussi », entend-on. Avant de poursuivre : « Rien à foutre du reste ! Ça intéresse qui les détails ? ». La boucle est bouclée.

JC Satan // JC Satan // Born Bad
http://shop.bornbadrecords.net/album/s-t-4

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