Le groupe dont la plupart des gens (les malheureux) ne connaissent que le hit « Cannonball » sort un nouvel album – leur cinquième en trente ans de carrière. Déjà dix ans qu’on attendait le successeur de leur magnifique "Mountain Battles". Que de temps, diront les fans de Ty Segall, pour accoucher de onze morceaux d’une durée totale de 34 minutes…

Certes, mais comme les diamants, les rares LP des Breeders sont éternels. On ne passe pas à autre chose le mois suivant. Ce sont des disques intemporels, dont on ne se lasse jamais et qui vieillissent avec nous. Qu’en est-il de cet « All Nerve » qui débarquera chez les disquaires en même temps que les crocus, aux premiers jours ensoleillés ?

Le single Wait in the Car, balancé en avant-goût sur YouTube, gros rock déstructuré où les guitares saturées côtoient les harmonies vocales des sœurs Deal, suscite généralement ce genre de commentaire : « Bon morceau, efficace, mais rien de révolutionnaire. » Certains vont même jusqu’à prétendre que les Breeders n’ont jamais rien révolutionné. Ces pauvres hères, bloqués sur « Cannonball », associent le groupe au grunge, oubliant qu’il fut fondé en 1988 par la bassiste des Pixies, dont Kurt Cobain était fan. Kim Deal, déjà trentenaire et divorcée à l’heure où le freluquet composait les chansons de « Nevermind », n’a jamais fait partie du soi-disant « mouvement grunge », même si Cobain racontait à qui voulait l’entendre que le premier album des Breeders, « POD », avait changé sa vie – on ne le contredira pas sur ce point, tant ce disque nous a ouvert de perspectives musicales. Fan fidèle et généreux, le blond guitariste invita les Breeders à assurer les premières parties de Nirvana sur une tournée, en 1993. Les Dandy Warhols célèbrent à leur tour l’ex-femme des Pixies en 1997, avec le titre Cool as Kim Deal. Plus récemment, la jeune et stupéfiante songwriteuse Courtney Barnett reprend Cannonball, et ne tarit pas d’éloges sur ce groupe auquel elle doit tant. Alors, rien de révolutionnaire, les Breeders ? OK, dans ce cas, pour trouver une révolution il faut remonter aux Beatles…

Cours de rattrapage

L’histoire du groupe est connue. Les sœurs jumelles Kim et Kelley Deal fondent, à l’adolescence, un duo country-folk se produisant dans les bars des environs de Dayton, Ohio (ville dont sont également originaires Guided By Voices). The Breeders, littéralement les éleveurs, est un terme utilisé par les homosexuels pour désigner les hétéros – Kim a expliqué que, alors qu’il existe une tripotée d’insultes comme pédé ou fiotte, elle trouvait cool que les homos s’approprient, eux aussi, un terme péjoratif pour se moquer des hétéros. Les frangines choisissent de baptiser leur groupe ainsi. Leur heure de gloire : elles assurent la première partie de Steppenwolf dans un rade du coin. « Une guitare acoustique, deux filles qui chantaient… Tous ces bikers dans le public ont adoré, ils avaient les larmes aux yeux, se souvient Kim. On a joué des chansons de Hank Williams, des Everly Brothers, du blues et quelques compos originales. C’était vraiment chouette. » Ensuite, Kim se marie, part vivre à Boston où elle travaille dans un hôpital, et répond à la légendaire petite annonce de Black Francis : « Cherche bassiste entre Hüsker Dü et Peter, Paul And Mary. » Les Pixies sont nés. Pendant ce temps, Kelley se drogue et travaille comme technicienne informatique pour la NASA – oui, les deux en même temps. « Je bossais sur des documents top-secrets, et j’arrivais au travail dans mes fringues de la veille car je n’avais pas dormi de la nuit, passée sous ecstasy », raconte-t-elle.

En 1988, Kim Deal, muselée au sein des Pixies par un leader dont le despotisme enfle à l’unisson de son tour de taille, envisage de fonder un groupe récréatif avec Tanya Donelly des Throwing Muses et la bassiste anglaise Josephine Wiggs, de Perfect Disaster. Au départ, l’idée est d’enregistrer un… tube disco. Signé par le label 4AD, le supergroupe sort en 1990 un premier album, « POD », produit par Steve Albini, sur lequel on ne trouve pas l’ombre d’une chanson disco mais les prémisses d’une bonne partie de la musique des 90’s.

Avec la séparation des Pixies, les Breeders deviennent l’occupation à plein temps de Kim Deal. Donelly quitte le navire pour fonder Belly, laissant vacant le poste de guitariste lead. Kim appelle donc sa frangine pour lui demander de rappliquer. Simple détail, Kelley n’a jamais joué de guitare. Qu’à cela ne tienne ! Si le manque d’habileté de Kelley à la six-cordes lui vaut aujourd’hui encore de nombreuses vannes de sa sœur, elle sait en rire, et sa sensibilité musicale compense ses faiblesses techniques. Combien de filles se sont-elles mises à la guitare en se disant : « Si Kelley Deal a pu faire une tournée mondiale sans savoir jouer du tout, je peux me lancer, moi aussi » ? Il en va de même pour la voix : en entendant Kim et Kelley chanter, on comprenait qu’il n’y avait pas besoin de sortir de la Star’Ac pour chanter dans un groupe. Ni d’avoir une silhouette de top model, ni une jupe au radlaffe. Mine de rien, planquant leur audace sonore derrière des blagues, des anecdotes d’ivrognes et des fous rires complices, les Breeders ont ouvert plus de portes qu’on ne le croit.

En 1993 sort « Last Splash », et le tsunami Cannonball les propulse au rang de rock stars. Même celui qui se fait désormais appeler Frank Black est vert de jalousie, n’ayant jamais réussi à pondre un tube de cette ampleur. Juste retour des choses… Avec le succès viennent les problèmes de drogue. Kelley est arrêtée pour possession de stupéfiants, Kim enregistre l’album « Pacer » (1995) presque seule, sous le nom de The Amps (« moi et mes potes les amplis »), pendant que sa sœur est en rehab. Cette dernière en ressortira clean, avec une brochette de chansons telles que How About Hero, dont on devine le sujet, qu’elle enregistre avec sa nouvelle formation baptisée The Kelley Deal 6000. Deux bons petits albums verront le jour : « Go to the Sugar Altar » (1996) et « Boom! Boom! Boom! » (1997), qui prouvent que Kelley a suffisamment bossé sa guitare pour composer des chansons plus qu’honorables. La bassiste se fend, elle aussi, de son projet solo. The Josephine Wiggs Experience sort en 1996 « Bon Bon Lifestyle », album assez lugubre que tout bon fan des Breeders se doit de posséder, mais n’écoutera pas forcément très souvent. Quant au batteur, le sympathique Jim MacPherson, il s’en va, en 1998, frapper à la porte des voisins Guided By Voices, où il cognera les fûts jusqu’en 2001. On peut notamment l’entendre sur « Do the Collapse » (1999) et « Isolation Drills » (2001).

If I don’t black out…

Et Kim Deal, qu’a-t-elle glandé durant tout ce temps ? On ne sait pas trop. Picoler, sans doute – et pas qu’un peu. On raconte qu’elle aurait enregistré un album dont, finalement insatisfaite, elle aurait détruit les bandes. Entre « Pacer » et « Title TK », qui sort en 2002, sept années se sont écoulées. La seule chose dont on est sûrs, c’est qu’un soir, elle a bu des coups avec trois musiciens rencontrés au bar et a, en fin de soirée, décidé de les inviter pour une jam dans son studio. Il y a un dieu pour les alcooliques (et pour leurs fans) : ce soir-là, était réuni le nouveau line-up des Breeders – moins Kelley qui, sobre, n’accompagnait plus sa sœur au bar mais la rejoignit pour enregistrer le somptueux Title TK. Cette nouvelle formation comprend le guitariste Richard Presley (un parent éloigné d’Elvis), le bassiste Mando Lopez et le batteur Jose Medeles.

Depuis tout ce temps, la plupart des gens avaient oublié les Breeders, et les yeux de ceux qui s’en rappelaient s’arrondissaient d’incrédulité : « Quoi, ce groupe existe toujours ? » Ouep, et il était meilleur que jamais. Produit par Albini, « Title TK » était l’album que l’on n’osait plus espérer : gorgé de bonnes chansons, pas une seule à jeter. Un disque beau et désespéré sur l’alcool, les drogues et la solitude – mais qui ne sombrait jamais dans l’auto-apitoiement. Un disque émouvant comme le sourire d’une femme célibataire qui a dépassé l’âge d’avoir des enfants, et qui trinque avec vous, rigolarde malgré tout.

Six ans et une courte reformation des Pixies plus tard, « Mountain Battles » était du même tonneau : beau à pleurer. Kim avait définitivement arrêté de boire, Kelley avait troqué les clopes contre des Nicorette – elle nous l’avait expliqué lorsqu’on l’avait croisée devant le tour bus, après un concert à La Cigale. Aimable, très souriante, elle s’était prêtée de bon cœur au rituel des selfies avec les fans éméchés que nous étions. Je donnerais cher pour me souvenir de quoi nous avions discuté… Sur scène, ça jouait bien, sans presque faire de pains – le groupe étant jusque-là célèbre pour ses prestations scéniques approximatives, un petit défaut peut-être pas étranger au fait que Kim et sa clique descendaient des Budweiser entre les morceaux. À présent, l’heure était à la Tourtel. L’album a la lucidité triste de la sobriété. « I love no one, and no one loves me », gueule Kim sur Bang On, avant de conclure : « I’m missing, I’m missing… », avouant son sentiment de solitude. Le disque n’en comporte pas moins des moments enjoués : un titre en espagnol, un autre en allemand (alors qu’aucune des sœurs ne le parle, ce qui donne un idiome impossible à identifier), une chanson country, deux power songs qui vous font lever pour danser… Et puis, plus rien pendant dix ans.

Couture, enregistrements maison & tournée mondiale

Du moins, cette fois-ci, on sait ce qu’ont foutu les sœurs Deal. D’abord un EP, Fate to Fatal, comprenant un titre chanté par Mark Lanegan, a été autoproduit en 2009. Les pochettes des vinyles on été réalisées à la main par les frangines – une vidéo les montre en train de manier les écrans de sérigraphie dans un atelier. On commandait cet EP directement sur leur site et, dans le précieux colis expédié depuis les États-Unis, on avait la joie de découvrir un petit mot de remerciement manuscrit, signé par les deux frangines. C’était le début d’une longue période DIY, sans label. Kim a enregistré une série de 45-tours, souvent seule, parfois avec un guest, de qualité variable. Quelques-uns de ces titres, que l’on peut se procurer sur iTunes, valent clairement le détour : Walking With a Killer, superbe, que l’on retrouve dans une version presque identique sur le nouvel album ; Are You Mine?, poignante ballade folk sur l’Alzheimer de sa mère ; Hot Shot, power song enjouée ; Beautiful Moon, chanson country à la Hank Williams…

Kelley, de son côté, bricole depuis de nombreuses années des écharpes qu’elle commercialise sur son site web, postant les nouveaux modèles sur Facebook à mesure qu’elle les achève. Surprenant hobby pour une rock star, mais elle a toujours pratiqué la couture et le tricot. Dans les notes de pochette de l’édition augmentée de « Last Splash », elle raconte qu’ayant entendu dire qu’on passait beaucoup de temps à s’ennuyer en studio, elle avait emporté sa machine à coudre lors des sessions (elle confectionnait une couverture pour sa mère). Kim eut un jour l’idée de brancher cette machine dans un ampli : c’est le son que l’on entend sur l’intro de S.O.S. Une rumeur veut que le tricot lui ait été d’un grand réconfort après sa cure de désintoxication : compter les mailles l’aidait à garder son cerveau sur les rails.

Mais sa guitare ne prend pas pour autant la poussière : avec le musicien barbu Mike Montgomery, elle forme le groupe R. Ring, sortant quelques EP sympathiques à commander sur Bandcamp où à télécharger. On a également vu Kelley, après l’élection de Trump, faire campagne contre le projet de supprimer la couverture santé Obamacare.

Parallèlement à ces activités récréatives for fans only, le line-up de « Last Splash » se réunit en 2013 pour une gigantesque tournée célébrant le vingtième anniversaire de leur album le plus connu. Gros festivals, concerts sold out dans des salles comme le Trianon à Paris… Ravi de ces retrouvailles, le groupe décide de s’atteler à un nouvel album. Ils enregistreront dans leur ville d’origine, Dayton, Ohio : la maladie d’Alzheimer de leur maman contraint les sœurs Deal à rester près d’elle, et le batteur Jim MacPherson habite ici avec femme et enfants. Josephine Wiggs, qui vit à New York, emménage dans le grenier de la maison de Kim. La bassiste, active sur les réseaux sociaux, poste régulièrement des photos des sessions ; on est ainsi tenu au courant de l’avancée des travaux. Son blog, riche en anecdotes, nous fournit des informations cruciales : on peut y apprendre que Kim Deal, qui n’aime pas le son des cordes de guitare neuves, remédie à cela en les enduisant d’un mélange de beurre et de café ; dans le même ordre d’idées, Kim utilise du cirage pour teindre ses cheveux, et il est arrivé que, trouvant sa chevelure fraîchement lavée trop volumineuse, elle l’aplatisse en la frottant avec une tranche de jambon. Josephine, qui aime manier la plume, envisage par ailleurs l’écriture d’un livre retraçant l’histoire du groupe.

Retour vers le présent

Octobre 2017, le single Wait in the Car est mis en ligne. Suit une tournée des petites salles ; à la Gaîté Lyrique, où le groupe se produit le 27 octobre, le concert affiche complet depuis des mois. Le public, composé en grande majorité de quadras, est aussi enthousiaste que nombreux. Visiblement content d’être là, le groupe nous sert un show généreux, ponctuant de blagues un répertoire composé essentiellement de morceaux des débuts, ne jouant de l’album à venir que le single fraîchement sorti, le Walking With a Killer de Kim paru en 45-tours et Archangel’s Thunderbird, une surprenante reprise d’Amon Düül II. Il s’agit avant tout de faire plaisir au public en lui offrant des chansons familières. Kim ose même s’approprier le classique Gigantic, seule chanson des Pixies par elle écrite et chantée. C’est de bonne guerre, vu que la clique de Frank Black n’hésite pas à faire entonner à la nouvelle bassiste, Paz Lenchantin, le Into the White historiquement vocalisé par sa prédécesseuse.

(C) Sylvia Hansel
(C) Sylvia Hansel

Le toujours difficile cinquième album

Janvier 2018, arrive dans nos boîtes mail un lien pour écouter le nouvel album. Un nouveau Breeders, c’est toujours un événement attendu comme le Messie – d’autant qu’avec les sœurs Deal, on ne peut jamais être sûr que le disque annoncé va effectivement voir le jour. Autre loi immuable pour le fan : un nouvel album des Breeders ne ressemble jamais à ce qu’on en attendait. Celui-ci ne fait pas exception, commençant de bien curieuse façon : voix mélancolique et guitare sous Tranxene, sourde et crade. Pas l’ouverture la plus vendeuse du monde…

Le reste est à l’avenant. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’homogénéité de l’album. Aucun morceau ne paraît s’en dégager ; pas de tube évident, ni aucun de ces moments de fantaisie qui émaillaient les précédentes livraisons. L’heure n’est plus à la pop légère. Ici, pas de morceau country, pas de classique latino ni de chant dans une langue qu’elles ne maîtrisent pas. On ne rit plus. Les compositions sont accidentées, hachées ; les instants lumineux, les mélodies célestes (car il y en a !) sont illico sabrés, nous laissant sur notre faim. Jim MacPherson pose des rythmes (parfois trop) complexes, souvent à contretemps. Le son des guitares est lourd, plombé (souvenez-vous du beurre pour « crader » la sonorité trop brillante des cordes neuves !). Entendons-nous : lorsque l’on parle de son sale, on ne veut pas dire brouillon. On n’est pas chez de jeunes branleurs keupons. Au contraire, Kim Deal est obsédée par la production, pouvant passer des années à trouver le son de batterie idéal – ce qui explique sans doute les petites éternités s’écoulant entre deux albums. Le son crade du disque n’est pas le fruit du hasard, il a été savamment étudié.

Breez

À l’âge qu’ont les sœurs Deal, les Rolling Stones sortaient « Bridges to Babylon », répétant la même formule depuis vingt-cinq ans dans l’espoir de faire un tube qui permettrait à Jagger de refaire la toiture de son château. Lue sur internet, la comparaison est frappante tant elle fait paraître les Breeders jeunes, spontanés, créatifs. Le groupe ne cherche pas à répéter une formule, faire un autre « Cannonball », ni même un succès commercial. Les Breeders sont un groupe vivant, à l’âge où d’autres étaient morts depuis longtemps.

Vivant, mais aussi trop vieux pour se soucier de caresser l’auditeur dans le sens du poil. « Tough kids love sad songs, they sing along/Sing for me », chante Kim sur Skinhead #2. Ses paroles étant toujours cryptiques, osons l’interprétation libre : des chansons tristes que je chante pour moi. Cela pourrait résumer l’album. Si celui-ci, à la première écoute, apparaît indéniablement réussi, il ne fait pas jubiler – loin de là. Au bout de quelques jours, on peut le trouver monotone, sans relief. « Tout ça pour ça ? », serait-on tenté de dire. Mais voilà : un album des Breeders, ça se mérite. Et celui-ci n’a rien de facile. Les chansons prennent leur temps pour s’immiscer dans nos têtes – mais finissent par s’y arrimer.

L’album de la semaine (et des suivantes)

Avec le lien pour écouter l’album est venue une promesse d’interview, qui ne sera malheureusement pas tenue car le groupe a un emploi du temps trop serré. En guise de consolation, on est invité à assister, dans les studios de Canal+, à l’enregistrement des Breeders pour l’émission L’Album de la semaine. Direction Boulogne-Billancourt. À 20 heures pétantes, les Breeders sont sur la non-scène du plateau télé et attaquent le morceau d’ouverture du disque, Nervous Mary. Ici, on ne plaisante pas avec l’horaire ; le temps, c’est de l’argent.

Le public, peu nombreux, se tient debout dans l’ombre, derrière une chaîne de sécurité. Sérieux, concentré, le groupe enchaîne sur le deuxième titre de l’album, Wait in the Car. Temps limité, il s’agirait de ne pas faire de pain, ne pas devoir reprendre le morceau au début… Ce qu’elle finiront fatalement par faire : la sobriété n’a jamais empêché personne (et surtout pas Kelley Deal) d’oublier de jouer sa partie de guitare. Troisième morceau, All Nerve, qui donne son titre à l’album. Une drôle de chanson schizophrène, qui commence comme une poignante déclaration d’amour pour se muer en menace de mort… Suivant toujours l’ordre du tracklisting, Kim et Josephine échangent leurs instruments pour MetaGoth, inquiétante composition de l’Anglaise où la guitare évoque celle de Joey Santiago des Pixies – c’est d’ailleurs le seul moment où l’on repense à l’ancien groupe de Kim. Bonnet sur le crâne et pantalon treillis, la bassiste, plus butch que jamais, a l’air heureuse d’entonner de sa voix grave sa chanson, l’une des plus réussies de l’album. L’ambiance se détend, Kim se met à plaisanter. Comme d’habitude, elle chambre Kelley qui a besoin de réaccorder son instrument. Les chamailleries entre les sœurs Deal font partie de la tradition : Kim vanne, sa frangine lève les yeux au ciel, amusée. Sur Walking With a Killer, la voix fatiguée de Kim peine à atteindre les notes les plus aiguës ; le mal qu’elle se donne à essayer, comme si sa vie en dépendait, est touchant. Ses paroles ont beau être obscures, on sent qu’elle y attache une importance vitale. Suivra l’épique Howl at the Summit, sur lequel Kelley exécute les chœurs que Courtney Barnett chante sur l’album. On aurait tant aimé questionner le groupe sur cette rencontre au sommet avec l’Australienne…

Surprise ! Alors que Kim a annoncé que le groupe interpréterait uniquement des chansons du dernier album, on reconnaît l’intro de No Aloha. Joie dans l’assemblée ! Enfin, les spectateurs jusque-là stoïques commencent à remuer la tête, heureux de retrouver l’un des morceaux emblématiques de Last Splash – et l’un des plus beaux des Breeders. De façon prévisible, ce sera la chanson la plus applaudie du show.

Alors qu’on s’apprête à mettre les voiles, le groupe remonte sur scène. Pas pour un rappel, mais pour rejouer les titres qu’ils estiment avoir foirés. On nous demande d’applaudir et de faire semblant d’entendre ces chansons pour la première fois. Nous aurons droit à quatre, ou six, nouveaux essais. Kim s’amuse avec nous : « Mais pourquoi vous êtes là, au fait ? Vous passiez dans la rue, vous avez entendu de la musique et vous êtes entrés ? » Ne pouvant résister au plaisir de faire plaisir, ils nous offriront un Divine Hammer pour le dessert – où Kelley posera un solo comiquement raté en guise de cerise confite. Ils ne l’avaient visiblement pas répété ; ils l’ont joué comme ça, pour le fun. Le groupe rit de bon cœur, aussi joyeux que leur nouvel album est triste. Nous, on repart avec un sourire jusqu’aux oreilles. Et une seule envie : remettre « All Nerve » sur la platine.

The Breeders // All Nerve // 4AD, sortie le 2 mars 2018

5 commentaires

  1. de toute la clique de groupe us signé par 4ad pour le marché européen,je n’etais pas tres fan des breeders ,pixies et consorts par contre je suis tjrs ultra fan des red house painters ,meuilleur groupe US des 90’s de 4ad ,je rappel exactement ce que j’ai fais le jours ou j’ai ecouté pour la 1er fois down colorful hill a sa sortie j’etais dans un ciné gaumont de mulhouse un mercredi apres midi pour voir un Hal hartley

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