Aussi improbable que cela puisse paraître, le mardi 24 septembre, la Suédoise Molly Nilsson se produisait au Molotov à Marseille. Et dommage pour ceux qui l’ont raté, c’était un super concert (reportage garanti sans aucune mention à Greta Thunberg).

Franchement, Marseille c’est cool. On y trouve tout ce qu’il faut, mais ces derniers temps c’est quand même pas la joie dans pas mal de domaines : le crépuscule du règne Gaudin à la Mairie éparpille des bouts de la ville aux plus offrants et les chantiers se multiplient dans un centre-ville où tout le monde vient manger les derniers restes avant une campagne municipale qui promet ; presque un an après le drame de la rue d’Aubagne, les immeubles en péril se comptent par centaines ; les élus louent des taudis à des malheureux ; les plages de la ville étaient fermées un jour sur deux pour pollution et l’été se termine… Même l’OM sort d’une saison chaotique et débute la suivante avec panache mais un effectif squelettique. Alors après avoir vu un match nul pénible à Dijon ce mardi de fin septembre, le concert de la Suédoise Molly Nilsson – une première – aurait presque des allures d’antidépresseur pour Marseillais désabusés.

A quelques pas seulement des tristement célèbres immeubles effondrés, la salle Le Molotov affiche complet pour cette soirée depuis déjà une dizaine de jours ce qui aurait de quoi redonner un peu confiance en l’humanité. Les concerts « indé » se font rares ici et la population très jeune sur place contredit l’idée d’une ville où il n’y a pas de demande en la matière.

La programmation du Molotov va dans ce sens et cette soirée « berlinoise » aurait tendance à leur donner raison. Dans une salle comble où tu pouvais même croiser un membre de Salut C’est Cool (celui avec les cheveux longs), la première partie Bad Hammer donnait le ton. Pas du tout un groupe de heavy-metal de Birmingham comme pourrait le laisser suggérer son nom, le duo allemand originaire de la ville de Kraftwerk vivant aujourd’hui dans le paradis hipster berlinois de Neukölln est doux. Clavier et guitare, Lisa Klinkhammer et Johannes Badura jouent à fond la carte 80’s en lui donnant des airs de Californie époque « To Live And Die In L.A. » de Friedkin au milieu des yachts et des palmiers. Un set court et agréable qui permettait déjà d’oublier un peu le bruit des chantiers.

Pastis et fantômes

Discrète dans la foule près du bar malgré ses cheveux orange, Molly Nilsson parait une autre personne une fois montée sur la petite scène du Molotov. Il ne faut pas être timide pour se produire seule face au public avec comme seul compère un lecteur CD qui balance les instrumentaux de sa synth pop protéiforme entre dance et cold wave.

Pire que les Sleaford Mods, la Suédoise longiligne vient faire son dark karaoké qui vaut beaucoup par sa présence magnétique entre danse lascive et voix grave à la Nico qui en impose. La prêtresse du DIY gère toute seule son label Dark Skies Association depuis plus de dix ans à Berlin, compose et publie elle-même ses albums et leur artwork qu’elle défend à travers le monde. Quasi-absente des réseaux sociaux, elle s’est enfin décidée à mettre ses albums sur les plateformes de streaming voilà quelques mois.

La fille a tenu les vestiaires du Berghain, elle ne risque pas d’être impressionnée par quelques Marseillais qu’elle se mettra rapidement dans la poche grâce à quelques interpellations : quand elle dit boire de l’eau pour faire passer tous les pastis de la veille ; quand elle parle des disparus avec qui elle continue à communiquer ; quand elle demande à tous les timides de la salle de se manifester. Et si sa réputation indé commence à être solide, elle gagnerait à être plus connue, Molly. Au-delà de son aura, un bon nombre de ses « tubes » calibrés pour les charts de 1987 prennent encore une dimension supérieure interprétées sur scène (Happiness, Mountain Time, Days Of Dust).
D’abord studieux, le public ira même jusqu’à s’enflammer sur le final 1995 donnant presque envie d’aller voter avec espoir aux prochaines municipales. Non faut pas déconner, mais la soirée s’est quand même bien terminée quand la sono a envoyé Supersonic d’Oasis pour renvoyer tout le monde chez soi.

https://mollynilsson.bandcamp.com/

4 commentaires

Répondre à akron plays ritual discoïd torticoïde Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Shares