Aujourd'hui : 13 février 2026
21 janvier 2026

Le Cluster Ensemble, un projet pour la musique de gauche ?

Nique l’Amérique : Le Cluster Ensemble réveille une pop re-mondialisée, jouisseuse et profondément humaine.

« Il se passe quelque chose avec le Cluster Ensemble » : cette phrase, elle résonne depuis les premiers frémissements du gang Tourangeau, au tournant pandémique de la décennie.

Pourtant, il ne s’agit au départ que d’une fulgurance de musiciens et musiciennes mal confiné.e.s : plutôt que d’attendre que le temps passe en se cuitant à vide, pourquoi ne pas, au hasard, prendre le contrepied de l’air du temps en venant singer un show NPR particulièrement hédoniste ?  

Voilà alors une quinzaine de musiciennes et musiciens, posé.e.s autour d’une grande tablée, aussi affairé.e.s à vider des bouteilles de pif qu’à adapter le hit Me Maten

Aussitôt clippé, aussitôt sorti, aussitôt acclamé : ces jeunes gens surdoués (et surdiplômés des bonnes écoles de musique locales) viennent sans tout à fait s’en rendre compte de faire émerger un nouveau continent festif. 

En réactualisant la tablée jouisseuse d’artistes avinés, en la fusionnant avec tout le folklore qui peut émerger d’une soirée en appart de vingtenaires fauchés et incertains, ces cool kids couvrent un tout nouvel imaginaire – au moment précis où la club culture s’apprête à entamer la pire redesc’ de ces 20 dernières années.

Héritant du lien déjà tissé avec la galaxie Souterraine – Almost Musique par Raphaël Guattari, cheville créative du projet, la bande sort un premier album qui n’a qu’une vocation : raconter l’allégresse et l’humanité d’une post-adolescence insouciante voire nihiliste, à grand renfort de musiques latines, de références populaires mondialisées (Ya Rayah, Dans mon Jardin d’Hiver) et de beats chaloupés.

Le tout, pour ne rien gâcher, en portant leur musique à travers des shows maximaux dans lesquels l’effort de mise en scène ne fige jamais l’énergie qui se dégage de l’ensemble, qui ne donne jamais cette impression souvent gênante de voir une tripotée d’intermittents venus toper un cachet en se planquant dans un projet choral. Bref, c’est de la balle.

Janvier 2026, alors que l’hiver congèle tout et que le monde semble bien décidé à sauter de la falaise, voici que sort Un Week-end de Quatre Jours, moyen métrage et nouvel album de la bande qui, et c’est bien joué, prends la suite thématique du précédent.

L’imaginaire de ces 12 nouveaux morceaux raconte l’après : la fin de l’ère des soirées en terre brulée, les déceptions humaines, les coeurs qui se brisent, le vertige du réel, avec un romantisme délicieux.

Surtout, et c’est ce qui mérite d’attirer votre attention sur le sujet ce matin, c’est que le propos sonore prend un tour nouveau, plus précis, plus radical aussi. Des influences précédemment esquissées prennent aujourd’hui le dessus et amènent une densité bienvenue à ce nouvel effort.

Rai’n’B à chaînes mal dorées, M.P.B. de selector chic, délire gitano-andalous et surtout musique prog et library Française. Oui : il y a cette fois-ci un truc très alternatif, au sens 70’s, qui grouille à travers tout le disque.

À l’angle des tubes (Olala, Camel, Appartement…) se glissent des morceaux passionnants qui convoquent De Roubaix, Gilberto Gil et même pourquoi pas, une Jacqueline Taieb en fin de cycle psychédélique pour apporter à cet album un relief nouveau.

Contrairement à leurs camarades de la Souterraine-zone qui portent ça comme un étendard, elles et eux se servent de tout ce patrimoine comme autant de ficelles pour soutenir l’histoire qu’iels racontent : iels ne rendent pas hommage, non, iels utilisent ces refs poussiéreuses de sachant.e.s pour faire leur truc. Et leur truc, lui, est très 2026. 

Parce qu’il y a la thématique, forcément, qui semble rejoindre la gueule de bois ambiante. Mais il y a quelque chose de plus subtil, qui se joue dans ce choix des références : alors que l’Amérique montre sa face la plus obscure, la musique du gang rejette la moindre goutte de son soft-power.

Le disque picore le monde avec gourmandise mais boude l’univers anglo-saxon. Et il y a quelque chose de très politique, conscient ou non, là-dedans : raconter le passage à l’âge adulte, sujet pop s’il en est, en émancipant ses auditeur.ice.s du nouvel axe du mal. Mieux : en semant au fil du tracklisting autant de passionnants rabbit holes que possible. Des décisions que l’air du temps rend par contraste plus excitantes que jamais.

Est-ce que cette équipe serait en train de (re)paver un chemin pour une musique populaire de gauche ? Quel plaisir, en effet, d’entendre se dérouler autant de malice dans un disque qu’on peut partager de bon coeur avec un cousin normie, une mère rangée ou des collègues de la Cogip.

Ce qui a manqué depuis plus de 10 ans aux chansonnier.e.s prog n’était peut-être pas grand chose finalement : sortir du studio et aller vivre un peu.

https://clusterensemble.bandcamp.com/

Aimable retraité et glacier délicieux 🤷‍♂️
@supercharlot sur internet

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