19 février 2026

Dirty Cloud revient foutre une branlée aux rockeurs boomers

@Charlotte Romer

17 ans de moyenne d’âge, des morceaux qui claquent, des bonnes références bien digérées (genre The Birthday Party, The Saints, etc.) et un nouvel EP baptisé « New Flesh » qui enterre une bonne partie de tes groupes préférés : Dirty Cloud frappe fort. Très fort.

Il y a les disques qu’on apprivoise lentement. Et ceux qui t’attrapent au col dès la première écoute. « New Flesh », le deuxième EP de Dirty Cloud, appartient clairement à la deuxième catégorie : ce n’est pas une claque, mais un braquage à main armé. Les trois adolescents n’ont pas encore l’âge de boire, mais déjà celui de ridiculiser les groupes installés depuis vingt ans. Ces gamins ont 17 ans et ils jouent déjà comme s’ils avaient survécu à trois overdoses et deux contrats foireux avec leur maison de disques. Pour Julien, Maxime et Elliott, l’histoire a commencé au collège à Rouen. Elle se poursuit deux ans plus tard au lycée avec la sortie d’un nouveau disque de sept morceaux, nettement plus incisif que le premier. La progression est fulgurante, presque suspecte.

Après une intro qui ne sert à rien — Soft Machine —, Tiny Shoes Cause Blisters permet de réaliser l’évolution du groupe. La chanson — la meilleure de l’EP — est à la fois punk, violente, tendue et apathique. Imaginez Bryan’s Magic Tears qui mixe The Gun Club avec Swell Maps et bam, ça donne Tiny Shoes Cause Blisters. Le nom de code de cette opération : injection de speed dans un cadavre.

Pour la suite (Limbic System et Straight Men), ils font un détour dans une cave de Brighton en 1978, en mode proto-punk, histoire de rappeler leurs racines. Ça joue trop vite, le chant ressemble à une transmission radio captée depuis un bunker et Nikki Sudden est sur le bord de la scène en train d’applaudir entre deux pintes. Mais Dirty Cloud ne se contente pas de réciter ses classiques. Le trio sabote, mélange et déraille volontairement. Et ce qui fascine chez eux, c’est l’absence totale de calcul. Ils ravivent ce truc que le rock avait avant de devenir un produit dérivé.

Mixer les Stooges avec un chant death metal ? Allez, on s’en branle, on le fait, brûlons tout (Stimfapping). Faire un morceau qui sonne comme si King Krule était devenu le leader d’une formation punk-queer de Détroit ? Mais ouais bordel c’est une super idée (Travis The Chimp). Faire monter la pression façon Sonic Youth dans un bordel sonique dissonant sans queue ni tête ? Pas besoin de réfléchir, c’est un grand oui (Skin Crawling).

@Charlotte Romer

Bref, voilà pourquoi cet EP est captivant : il va là où on ne l’attend pas, il est maladroit, brouillon, bancal, fou, expéditif et débridé. Comme si tout pouvait à tout moment déraper dans le chaos. Il n’y a aucune limite, aucune barrière, aucune restriction. Certains parleront de fougue juvénile. En réalité, ces gamins ont déjà compris l’essentiel : un bon disque punk doit sonner comme une menace. Pas comme un plan de carrière tout tracé.

L’EP « New Flesh », sortie le 13 février sur Flippin’ Freaks Records.

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