Trompé.e par quelques panneaux, vous pensiez que le garage-rock était devenu un avion sans ailes ? Entrez dans le nouveau Cockpit pour voir.

À en entendre certain.e.s, le garage serait passé de mode. Bonne blague, bien tenté. Comme si Jay Reatard avait un jour eu ses T-shirts siglés dans les H&M mégapolitains, comme si les Sonics avaient servi de générique à Quotidien, comme si Catholic Spray avait pu compter ses disques d’or pour s’endormir avant de splitter. Non, l’erreur, c’est qu’on ait un jour considéré le garage comme étant un genre à la mode. Ça aura duré pas loin d’une décennie, on est sur le reflux de la tendance, mais ça n’a rien de grave. OSEF niveau maximum, même. Parce que, la mode, le garage s’en passe très bien : ça fait soixante ans qu’il s’ébroue dans le boucan et l’enthousiasme juvénile, fier et libre, hors du temps, hors de tout. Donc c’est pas parce que quelques manos, ayant fini de pressuriser la coolitude qu’ils pouvaient en tirer, lui tournent désormais le dos qu’il va s’en aller clamser dans le fossé, gueule ouverte et cordes cassées. Il était là avant vous, le garage, et il le sera bien après que vous ayez détourné le regard et les tympans. Hey, hey, my, my, bla, bla : voilà pour le topo casse-berles.

Mais revenons à Gaspard, Jules, Johan et Nicolas, nos lascars bordelais que vous avez pu croiser dans une palanquée de groupes furibards (Prêcheur Loup, JC Satàn, Amphétamine Pénis, Mandingo, etc.). Confrontés à ce défi, à cette défiance, ces quatre-là prennent les commandes de l’appareil et envoient un message clair à toutes les tours de contrôle : qu’un son impur abreuve les sillons ! Pas décidés à brandir l’étendard fané de la résignation, les flingueurs de Cockpit sortent donc ce printemps leur deuxième album, un disque qui n’a rien à voir avec l’ombre d’un album de la maturité. Si vous voulez jouer aux détectives juniors sous les barricades muséifiées du joli mois de mai, zyeutons un peu les indices disséminés dans la salle d’embarquement. Indice un, le nom de la galette : « II », ou comment ne pas se creuser la soupière pour trouver un titre, et puis, ça va, personne n’a jamais traité Led Zeppelin ou Unknown Mortal Orchestra de jean-foutres quand ils ont fait la même chose. Indice deux, la pochette, qui agrippe aussi méchamment la rétine qu’une liquette Designal : après Stephen Hawking en tie-and-dye sur une chaise électrique, on tape dans l’encore plus golmon avec une espèce de gros yéti en perles multicolores qui s’affiche en 30 x 30cm. Enfin, indice trois, le nom du tout premier morceau, le très j.c.satànique Cops are horny ; un intitulé qui, on ne va pas se mentir, passera sans doute assez mal du côté d’Aulnay-sous-Bois.

Ça dépasse rarement les 180 secondes.

Tiens, à propos de matraque, s’il arrive à certaines meufs de se réciter le tempo des Lacs du Connemara pour trouver le bon rythme d’une pipe, on leur déconseille de faire de même sur la rythmique d’un morceau aussi mordant que White Fang, par exemple. Sauf à avoir des cervicales en adamantium, ça va trop vite, réduction de la vitesse sur les nationales ou pas. À vrai dire, Cockpit ne s’embarrasse que peu des détails, avec leur puissance de feu suffisante pour réduire à l’état de cendres les données des tableaux de bord, les index qui se lèvent pour appeler à une inutile réserve, et toute la forêt des Landes aussi, parce qu’on n’aime pas faire les choses à moitié.

Cockpit Pic 1_preview

Perles à rebours

Avec eux, le plaisir est intense, instantané. Ça raffute comme dans la maison du diable un soir d’orage. Et si vous vous demandez ce que vous avez un jour pu aimer dans ces musiques jouées comme s’il fallait tout envoyer dans le décor, allez les voir en concert : c’est un défouraillage supersonique, une mitraille nourrie, châtaigne sur châtaigne et zéro fleur au fuzz, qui vous troue le bide bien davantage qu’en deux endroits du côté droit – n’est-ce pas, TuturRainbowdu06 ? Toujours cette impression jamais démentie que leur setlist pourrait encore comporter soixante-quatorze morceaux après le dernier prévu tellement ils ont les pédales de fuzz et d’accélérateur enfoncées au plancher. Et, déjà bien outillé au niveau des munitions, Cockpit va pouvoir, en plus, s’appuyer sur de nouvelles pièces d’artillerie pétaradantes, présent(é)es dans ce disque. Citons en exemple Trap House, bombe punk lancée à Mach-3 avant qu’un changement de rythme ne vienne rappeler par sa soudaineté les premières chansons solo du biggie farfadet Frank Black. Ou les hurlants New Beliefs, Hollow Man et Queen, énormes cartouches effrénées qui retrouvent les fondamentaux grunrage du quatuor : couplets garage-pop « calmes » (ah, l’importance des guillemets), refrains tout dans le rouge, avec évidemment des guitares qui vrombissent davantage qu’un Airbus au décollage sur le tarmac de Mérignac.

Cockpit

Beaucoup plus teenage que ménopausé, inutile de dire que la plupart des morceaux de l’aréopage sont empaquetés en moins de temps qu’il n’en faut pour envahir la Pologne. Ça dépasse rarement les 180 secondes, quand ce n’est pas la barre chronométrique placée soixante unités plus bas qui reste inviolée. Après tout, pourquoi diluer l’intensité lorsqu’elle est parvenue à ce point extatique ? « It’s better to burn out than to fade away », comme le chantait ce bon vieux Neil – repris plus tard par un messie MTV qui se brûlera la cervelle à ce mantra. En tout cas, avec « II », Cockpit démontre qu’ils ne sont pas à ranger dans le bataillon de ceux qui s’affadissent. Tout l’inverse de Bordeaux, où les caves à concerts – celles qui sauvent d’une vie vouée à la déprime, au paddle, aux débats sur les fichés S – ferment les unes après les autres (so long, concerts foutraques du Wunderbar). Comme quoi, la baronne des bords de Garonne s’est tellement bien adaptée à la LGV qu’elle a subtilisé ses initiales pour devenir La Grande Viciée. Heureusement que depuis le Cockpit, il y a d’autres choses à voir et entendre que ce cauchemar climatisé, gentrifié, starbuckisé, startupisé, linkediné, climaxisé, alainjuppé … AAAAAAAAAAHHHH !!! VITE, OÙ EST MA PLATINE ?!?

Cockpit // II // Teenage Menopause Records
https://teenagemenopause.bandcamp.com/album/cockpit-ii

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