Souvent relégués au fond de top 10 d’artistes à suivre parrainés par des marques de téléphone, ils luttent contre 60 ans d’histoire pour se faire une place dans le cœur d’auditeurs qui croient avoir tout entendu. Eux, ce sont les musiciens d’aujourd’hui, anonymes et fauchés, comme le nouveau trio parisien Mont Loser qui dévoile en exclu mondiale un premier morceau baptisé « Never Guess ».
Il n’y a aucune raison rationnelle qui puisse pousser trois personnes à former un groupe, vu les emmerdes que ça génère : emplois du temps à la con, égos à gérer, zéro thune, critiques assassines, concerts au black, un merch’ horrible acheté uniquement par les potes compatissants, obligation d’avoir une présence moisie sur les réseaux sociaux, etc. La décision devient franchement suicidaire quand elle est prise à six heures du matin dans un appart’ de Belleville après une nuit à la Station. C’est pourtant comme ça qu’est né Mont Loser : Suzy rencontre Dylan pile au moment où plus aucune décision importante ne devrait être prise. On imagine la scène :
— Suzy : « Toi aussi t’es fan de néo metal et de Kurt Cobain ? »
— Dylan : « Ouais de ouf, et je suis batteur aussi, je cherche un projet. »
— Suzy : « Putain, bah vas-y, viens on monte un groupe. »
— Dylan : « Mais on va sûrement se planter, c’est pas grave ? »
— Suzy : « On s’en fout ! Tu veux une bière tiède ? »
Et ça tombe vraiment super bien car Dylan connaît depuis 10 ans la troisième personne pour compléter le trio : Pier. Une répétition plus tard, Suzy, Dylan et Pier swipent sur la droite. Et comme sur Tinder, c’est un match.
À la base, Dylan et Pier sont plutôt des mecs attirés par la noise underground et le punk de cave. Mais avec Suzy, ce n’est plus exactement la même vibe : « On a passé pas mal de temps à essayer d’explorer tous ces univers assez radicaux, mais quand on s’est mis, grâce à Suzy, à explorer des choses plus mélodieuses et plus pop, c’est là qu’on a fait le truc le plus radical. Ça faisait plusieurs années que je m’étais mis à écouter des musiques plus pop, mais je ne me sentais probablement pas assez libre pour laisser ça surgir dans un groupe. Et aujourd’hui, ce jeu entre dissonance et mélodie, c’est un peu la base de notre façon de composer », avance Dylan.
Sans ambition, sans le mode d’emploi et sans savoir vraiment jouer de leurs instruments, Mont Loser s’est donc lancé dans ce nouveau projet bancal, avec quand même deux trois idées pas trop connes sur la marche à suivre. « Il y a des clichés du rock qui n’ont pas besoin de survivre, expose Pier. Le coup du groupe emmené par son leader charismatique en fait partie. De toute façon, aucun d’entre nous n’a suffisamment de souffle, ni de charisme ou d’égo, pour se taper le rôle du chanteur à plein temps. »

Pas de caisse claire, une intro à la Melvins, des guitares désaccordées façon Sonic Youth et un tempo nerveux : Never Guess remet les pendules à l’heure du punk — c’est-à-dire à 23h36. Un morceau brut, frénétique et insolent, taillé dans un esprit DIY x1000 et bedroom pop d’éternels ados de 37 ans. Alors ouais, le titre est bien foutu. Mais Mont Loser s’en fout royalement de réussir : « Le mot ‘’ambition’’ ne fait pas vraiment partie de notre vocabulaire. On est des losers à la base », répond Suzy. « Si on récolte quelques grattages de menton et éventuellement deux ou trois tapotements du pied droit, ce sera déjà un exploit. Les seules personnes qu’on a réussi à secouer jusqu’à présent, ce sont les jeunes de l’Hôtel des Vils à Clermont-Ferrand, ceux qui savent apprécier le speed et la bonne bière des squats », reprend Dylan. Dans le milieu du rock underground, ça s’appelle un bon début.
La suite pour Mont Loser se divisera en deux étapes. La première : faire des concerts, comme la date du 31 octobre à la Station en compagnie de Truck Violence. La seconde sera de se préparer au pire puisqu’un premier album intitulé « Confessional », et enregistré à Brest chez Jacky Cadiou (Syndrome 81), sortira début 2026 sur le label Géographie. Mais bon, comme ce sont des perdants, rassurez-vous : ils ont déjà de l’expérience dans tout ce qui concerne l’échec.
Mont Loser / Geographie / premier album début 2026
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