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Entre Courtney Barnett et un paillasson, qui gagne ?

Disponible dès aujourd’hui chez tous les disquaires offrant des pantoufles pour l’achat de deux exemplaires, le « Tell me how you really feel » de Courtney Barnett est aussi l’occasion de vérifier si l’Australienne n’aurait pas mieux fait de signer son troisième album en licence chez IKEA. Tout de suite, on passe ce nouveau somnifère au banc d’essai.

Comparer un album d’indie rock à un torche-pieds à poils rêches, a priori le match est plié d’avance. La logique voudrait que l’art l’emporte sur le pratique et qu’à choisir entre écouter un disque de 37 minutes et un ustensile conçu pour éviter de saloper toute la maison, la musique l’emporte. Il y a néanmoins des exceptions, et c’est ce qui naturellement nous emmène à parler aussi mal qu’on puisse de ce « Tell me how you really feel » qui débarque aujourd’hui sur la planète terre tel un tir de sniper hypermétrope. C’est non seulement raté, mais après tout cet argument pauvre s’applique à plus de 80% des sorties hebdomadaires ; le disque de Barnett est donc non seulement raté, mais d’un ennui dont seuls les quadras rebelles roulant dans des grosses voitures sauront se défaire en s’imaginant Lucky Luke du périphérique à l’écoute de ces chansons de faux cowboys un peu fleur bleu chantant des insipidités telles que « les villes sont jolies » (deuxième piste de l’album), « j’ai besoin d’un peu de temps » (quatrième piste ») ou encore le bientôt célèbre « je ne suis pas ta mère, je ne suis pas ta pute », chanson qu’on imagine écrite après une dispute chez le psychologue conjugal.

Arrivée au sommet de sa carrière, Courtney ne sait plus comment descendre.

Il faut dire que même si elle est australienne, Courtney possède en elle tous les attributs de l’artiste américain qu’on devrait respecter pour la seule raison qu’il ne fait ni du punk à roulettes ni du rap voco-auto-tuné ; comme si racheter la veste à franges de Bob Dylan ou porter une casquette de camionneur suffisait à vous rendre éligible pour le Prix Nobel. Tout cela, bien sûr, est une illusion. Mais qui fonctionne, puisqu’en seulement trois ans, Barnett a réussi à se tailler une petite réputation auprès de ceux qui espèrent un reboot de Dawson Creek ; grosso modo, des post-vingtenaires un peu neuneu qui continuent d’écouter les Breeders avec nostalgie et qui croient encore qu’on est en 1997, que les guitares peuvent sauver le monde et qu’il n’est nul besoin d’avoir un morceau structuré avec un vrai refrain pour s’imposer dans la tête des gens. Ces mêmes gens, souvent, défilent dans la rue pour les meilleures causes possibles (la faim dans le monde, l’arrêt des essais nucléaires, un revenu universel, le retour de Foxygen à ses mélodies du début, etc) mais cela s’avère souvent aussi inaudible que le nouvel album semestriel de Neil Young.

Courtney Barnett, elle, n’est fautive de rien, elle ne fait que composer des chansons. Les coupables ? Il n’y en a pas ; hormis peut-être le label pensant faire illusion avec des albums qui, sur la foi de chroniques endiablées, espèrent que cette « tornade rock » se vendra à plus de 350 exemplaires en région Ile-de-France fait alors que l’objet fait à peine plus de vent qu’un aspirateur de table. En cela, pas besoin d’écouter jusqu’au bout « Tell me how you really feel » pour avoir la réponse à la question : la nuque est chaude, les mains sont un peu moites et la bouche un peu pâteuse ; on ne souvient plus très bien de ce qu’on vient de faire, la pensée est floue, on bégaye, et cela, c’est la faute de cette bouillie alt FM digne des Cardigans et qui fait le même effet que si une personne mal intentionnée avait dilué une énorme pilule de GHB dans les enceintes.

Mêmes causes, mêmes effets, Courtney, à qui l’on ne souhaite évidemment aucun mal, rejoint ici une longue et belle lignée d’artistes chiants tels que Shannon Wright ou Kurt Vile (avec qui elle a bossé, comme quoi) et qui, à force de chouiner des chansons insipides sur un mode dépressivo-premier-degré, n’en finissent pas de contraster avec l’époque. Sont-ce eux, les vrais réacs refusant d’accepter que l’heure n’est plus aux comptines Jouet Club avec une Pedal Steel sur les genoux ? Ou, à l’inverse, sont-ils les derniers hérauts d’un genre malade mais qui refuse de crever ? Franchement, on s’en fout.

La seule chose certaine à cette heure, c’est qu’il est impossible de s’essuyer les pieds sur « Tell me how you really feel ». Paillasson grand vainqueur face à ce disque fainéant qui, comme le prélèvement des impôts à la source, passe sans que vous n’ayez rien senti passer.

Courtney Barnett // Tell me how you really feel // Marathon/Pias
https://www.facebook.com/courtneybarnettmusic/

8 Comments

  1. nesta12

    18 mai 2018 at 11 h 53 min

    Courtney Barnett c’est typiquement l’artiste pseudo indé que tu trouvera facilement au leclerc culturel ou au carrefour du coin sur une tete de gondole ,je m’en branle La Berdouillette de tous ses artistes du haut panier crabe des groupe pseudo indé lambda a la petite semaine .

  2. oh biaule!

    18 mai 2018 at 11 h 57 min

    pas de mousse sous les aisselles ?

  3. Andras

    18 mai 2018 at 21 h 32 min

    C’est pas mal kurt vile, c’est dommage tant d’amertume et d’acrimonie…c’est surement moins la faute de l’auteur qu’au style critique rock qui oblige à en faire des caisses.

  4. Vernon

    18 mai 2018 at 23 h 04 min

    Au moins deux tubes qui rendent cinglé sur ce disque. Je convoque le politburo.

  5. apachejournaliste

    18 mai 2018 at 23 h 39 min

    J’adore cet usage du point virgule

    • Bester

      19 mai 2018 at 13 h 13 min

      En presque douze ans, vous êtes le premier à le saluer, merci.

  6. apachejournaliste

    18 mai 2018 at 23 h 42 min

    Sinon, tu te trompes à propos du GHB. C’est devenu une drogue cool.

  7. ;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;

    20 mai 2018 at 12 h 27 min

    P D F

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