Nombreux sont ceux qui voient en Yannick Haenel un chien jappant à qui - depuis "Cercle" et l’affaire "Jan Karski" - il s’agirait de rabattre la queue, jugée trop frétillante, extatique ou inconséquente. L’auteur du "Sens du risque" serait un jouisseur facile, un affabulateur complaisant. Pourtant c’est une libre malice et une présence joyeuse que je rencontre - au sens noble du terme - lors de ces quelques heures de discussion. Renard rusé aux oreilles dressées plutôt que chien de garde satisfait, donc.

Cet entretien, je l’ai proposée à Haenel il y a quelques mois autant dans le but d’assouvir le fantasme boûtonneux de mes seize ans que pour tester sa résistance à l’Esprit de sérieux. Seize ans, c’est l’âge auquel j’avais été séduite par la quête mystique proposée par “Cercle”, récit à la “Into the wild” où un homme quitte femme, emploi et vie sociale un beau matin pour se lancer dans l’extase à plein temps.
Il s’agissait donc ici de comprendre si la « ligne de risque » et l’« existence absolue » proposées par l’écrivain relevaient d’une posture dandy ou si, plutôt, une vraie avalanche intérieure l’agitait. A l’issu de cet entretien, je tranche résolument pour la deuxième option. Certes, l’ancien professeur de français se mythifie facilement en ivrogne fou qui confond arbre et épouse; oui, le protégé de Sollers aime à se montrer en éjaculateur sauvage n’écrivant jamais qu’entre deux tirs existentiels; d’accord, Haenel vise l’outrage sans posséder le visage ravagé d’un Artaud ni la verve provocatrice d’un Nimier, mais pour autant, un véritable et rare « sens du calme » se devine chez lui. L’endroit vers lequel sa parole fait signe est une terre paisible et rieuse, préservée des névroses en réseau et des fausses questions mondaines. Après l’avoir écouté, lu et relu, après avoir remis ma crédulité en question sur le mode du trop-jeune-trop-con, je continue de penser que les questions que Yannick Haenel pose au moralisme ambiant ont la nécessité et la puissance d’un verre d’eau glacée pris sous un soleil de Juillet. Quelque chose qui n’empêche pas définitivement de suer, mais qui atténue une agitation échauffée. Finalement une pause – plutôt qu’une pose – qui rafraichit et qui apaise, très simplement.

Dans les deux précédentes parties de cette rencontre, Yannick Haenel évoquait l’importance du vide, l’extase de la solitude et la recherche de son équivalent politique; on se demandait comment penser une « communauté des solitudes » et comment propager une « épidémie de silence »; on riait, surtout, de ce que la fiction effraie autant la médiasphère. Dans cette dernière partie, c’est de la mort du sens et du nécessaire retour au corps pour dépasser la rengaine nihiliste qu’il est question.

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Dans quelle mesure est-ce que vous combattez le nihilisme plutôt que vous ne vous contentez de le déplorer?

Trouvez-moi quelqu’un qui ne soit pas nihiliste. C’est devenu la perle rare. Quelques saints, quelques poètes, des musiciens isolés, des amoureuses et des fous… Le cinéaste Joao Cesar Monteiro, certains disques extatiques d’Aphex Twin… Échapper à l’esprit du ravage, échapper au cynisme, à ce ricanement infâme qui se croit de l’humour, échapper au conditionnement de la pensée, autrement dit se soustraire au nihilisme, c’est un combat, effectivement, qui suppose qu’on se construise sans cesse de nouvelles armes, qu’on invente de nouvelles formes, que notre corps soit sans cesse en mouvement. Écrire, publier des livres n’y suffit pas. Ça implique la manière de vivre, de parler, d’aimer ; ça met en jeu ce qu’on appelait autrefois la vie spirituelle — c’est-à-dire notre attitude vis-à-vis du diable… La société, en tant qu’elle est nihiliste, est entièrement absorbée par du démoniaque. Au XIXe siècle, lorsque Dostoïevski et Nietzsche diagnostiquaient l’esprit du nihilisme, celui-ci était encore en minorité, il était subversif, un anarchiste pouvait troubler le plan du monde. Maintenant, ça s’est retourné, la société a incorporé la négation : ça pue la destruction à tous les étages, et la plupart des gens en remettent : ils travaillent pour la destruction, c’est-à-dire en faveur de l’ordre établi. La littérature en général participe elle aussi de cet asservissement, mais parfois il arrive qu’elle trouve un filigrane, qu’elle accroche une étincelle qui allume des puissances de vie nouvelle, qu’elle trouve un dégagement…

“Le milieu culturel est aussi nihiliste que celui des ressources humaines de n’importe quelle entreprise.”

« Des puissances de vie nouvelle »; ici, il est question de nier l’existence résolue pour lui opposer un autre possible, un autre monde. Comment on y pénètre dans cet ailleurs, c’est une question d’état physique? de lieu? de temps?

J’ignore dans quel lieu on est protégé du nihilisme, il n’existe sans doute pas de poche de sécurité. Le nihilisme, ce n’est pas une question de lieu, ni de milieu, ni de gens qu’on fréquente. D’ailleurs, le milieu culturel est aussi nihiliste que celui des ressources humaines de n’importe quelle entreprise… Où est l’indemne ? Existe-t-il ? Indemne, cela signifie ne pas être damné… Comment peut-on ne pas être damné ? Je pense que la question est capitale, et qu’à peu près tout le monde se la pose. Mais bien sûr, il n’y a pas de réponse, parce qu’il n’y a pas de « comment ». Si je vous dis qu’il existe quand même, chez certains, une certaine disposition vers l’être, vous allez penser que je raconte n’importe quoi, ou que je crois aux élus. Je le dis tranquillement : il y a des gens qui vivent mieux que d’autres. Et je ne parle évidemment pas d’argent, ni de « conditions de vie ». Ils vivent mieux, parce qu’ils ont réussi à faire en sorte que leur vie soit tournée vers une source. Je ne parle pas d’un dieu, mais du temps, de la mémoire, de la jouissance poétique. Se mettre dans une disposition vers l’être, c’est quand même de ça qu’il est question dans l’art depuis assez longtemps. Et donc dans la littérature, même et surtout la plus contemporaine. Faire une expérience de l’être, c’est à cela que l’écriture invite et engage. Le reste — ce dont parlent les livres — est secondaire. Alors, c’est vrai, pour conjurer ainsi le nihilisme, il faut être un peu sorcier. Il faut compter sur des forces un peu étranges, auxquelles le langage — la poésie — vous ouvre. Je pense à Basquiat : c’était un prince-sorcier… Il possédait les trois qualités fondamentales, celles que Rimbaud met en avant dans les Illuminations :  « La science, l’élégance, la violence ». Si chez vous, ces trois points sont en flamme, alors votre langage devient un lieu à partir duquel on peut échapper à la damnation. Pour répondre à votre question sur le lieu : oui, le langage est sans doute le lieu où l’indemne peut s’accomplir. D’ailleurs l’amour qu’on a pour des gens, enfin que moi j’ai pour certaines personnes, est avanat tout adressé à ce qu’il y a en eux d’indemne, à la croyance qu’on a qu’ils ne sont pas damnés. On ne peut pas aimer quelqu’un qui est damné, c’est impossible. Et si ça arrive, les ennuis vont être terribles… L’enfer est fondé sur l’absence d’amour, sur l’impossibilité à aimer. En enfer, il n’y a pas d’amour, ça n’existe pas. Alors qui est damné, qui ne l’est pas ?…

On sait tout de même que Serge l’était…

Serge ?

…Damné.

Ahah, il y en a qui disent que Serge Daney était un saint…

Je crois qu’avec la lecture de Cercle quand j’étais adolescente – c’est peut-être un livre à lire avec l’innocence de l’adolescence, je ne sais pas – je cherchais à conjurer l’abdication ambiante que je ne supportais pas au lycée, le côté : « Buvons et baisons pour oublier ce monde de merde... »

Oui, ça a avoir avec de la conjuration. Avec le sacré, même… La société est fondée sur un crime commis en commun, elle est toujours sacrificielle. Il y en a toujours qui doivent mourir… La société est criminelle dès l’origine… Je comprends quand vous parlez de « conjurer le nihilisme ambiant »… J’ai habité à Rome pendant un an, et le soir quand je rentrais, après une soirée, j’entendais toujours dans la rue des cris — des cris de femme. Est-ce que j’étais fou ? C’est possible, en tout cas, à Rome, j’entendais un cri de femme dans la nuit. Il se trouve que la ville de Rome est fondée sur le sacrifice d’une femme, une vestale, la gardienne du feu, qu’on a enterrée vivante, il y a des siècle et des siècles. Eh bien, moi, au XXIe siècle, je l’entendais ! J’ai sans doute une sorte de sensibilité spéciale, liée au crime historique, liée aux fondations, au massacre des innocents, à ce qui reste de la fondation. La société dénie le sacré mais tout est là pourtant, et elle-même est fondée sur le sacrifice. C’est criant. Ça crie, ça ne fait que crier, partout, de plus en plus.

“La danse contemporaine est l’héritière directe des rites, de l’incarnation de la fureur.”

J’ai envie de vous parler de votre rapport au corps, votre fascination pour la danse; le rapport de la danse à l’écriture, du corps à l’écriture même, il n’est pas évident…

Je suis intimidé par la danse. Elle me trouble. Cercle, au départ ça devait être la description d’un spectacle de danse. J’ai contacté Pina Bausch, je voulais voir ses répétitions, ça n’a pas marché… Le plus étrange, c’est que Pina Bausch et ses danseuses ont lu Cercle, et on m’a dit qu’elles se demandaient qui, parmi les danseuses italiennes réelles de la troupe, avait inspiré le personnage d’Anna Livia. C’était une fiction, évidemment, mais elles se demandaient ça sérieusement… Je me suis nourri des danseuses de Pina Bausch, et finalement ma fiction les a nourries en retour.

Et personne ne s’est emparé du projet pour en faire un vrai spectacle de danse ?

Non, je ne crois pas. Il y a eu un film d’artiste, des chansons inspirées par le livre, mais pas de spectacle de danse. Le narrateur de Cercle est quelqu’un qui pense que l’incarnation n’existe nulle part mieux que dans la danse. La danse contemporaine est l’héritière directe des rites, de l’incarnation de la fureur. C’est entre les dieux et les hommes, que ça se passe, cette histoire de corps…

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La spiritualité et la danse, bien sûr ; le folklore de Shiva, ce dieu qui danse dans sa propre création…

Oui, il ne s’agit pas de l’anatomie, ni du corps tristement biologique, celui qui est voué à la mort. Mais de ce qui nous prend ou nous délivre dans l’extase.

Vous dansez ?

J’aime ça, énormément. Mais depuis que j’ai quitté Paris, et que je vis en Italie, je ne sors plus tellement…

Bon, j’insiste un peu là, mais je suis toujours, sinon crispée du moins sceptique, devant les écrivains qui revendiquent le corps dans leur écriture. Est-ce qu’on ne confond pas « corps métaphysique » et corps véritable, physique et méta tout à la fois? Combien d’écrivain vit concrètement avec son corps dans son processus d’écriture, et comment ?

La plupart du temps, les écrivains parlent du corps qu’il faut nourrir. Moi, je parle de ce corps qui vibre quand on est joyeux, et qui n’est pas le même.

Vous allez toujours voir de la danse? du théâtre?

Mmmh, ça m’intéresse, mais la plupart du temps, c’est figé. Trop figé. Le théâtre, c’est souvent mort, sauf quand c’est pensé comme une chorégraphie. Alors, les frontières explosent, on est tout proche de la cérémonie, de la danse. Quand il n’y a plus de subjectivités, on peut atteindre la transe.

Une communauté de danseurs, c’est peut-être la solution pour une communauté de solitudes. Autant on imagine mal un regroupement de gens qui écrivent autour d’une table, autant un regroupement de gens qui dansent ou qui écoutent de la musique, à la fois seuls et ensemble, fonctionne.

C’est vrai, la communauté qui se défait dans la danse est la seule supportable. Mais en même temps, les clubs sont quand même des lieux sordides. Non, mais j’ai vécu, il y a quelques années, une sorte d’expérience festive. C’était tous les soirs la fête, pendant presque un an, vraiment tous les soirs, toutes les nuits. On était une dizaine, un peu plus, et on vivait dans un même lieu, sur une colline..

Quoi? Sur une colline…? (Je ris)

Mmmh, on travaillait, isolés, et on a été ivres pendant un an.

Mais… (Froncements de sourcils septique)

C’est une séquence quasi-mythologique dans ma vie. Une sorte de chance orgiaque. J’ai beaucoup appris de cette période.

Vous bougez en écrivant? Vous avez une méthode d’écriture? Des horaires, une routine?

Je n’ai pas de méthode. J’écris beaucoup, tous les jours, sur des cahiers. Ça se passe en marchant, dans les cafés, au lit, n’importe où. Comme j’écris à la main, ça peut avoir lieu partout. Le texte s’écrit de toutes parts, comme de la pensée prise en notes. J’entasse ainsi une sorte de stock de phrases, à longueur de journées, tout en faisant autre chose aussi. Et quand je me mets à rédiger vraiment le roman, alors il faut passer par l’ordinateur. Je reprends tous les cahiers, c’est un peu l’horreur ce moment-là, tout me semble figé, il faut s’inventer une énergie qui est tombée, remonter la falaise, créer un coup de force. Et là, je n’arrive pas à recopier ce que j’ai noté, ça m’ennuie, je me mets à tout ré-écrire… (Il rit) J’ai une très mauvais méthode, en fait.

Impossible d’écrire directement à ordinateur? C’est l’écran qui vous crispe? J’ai entendu plusieurs écrivains se plaindre de la lumière artificielle de l’écran.

Mmmh, non, je n’y arrive pas, je n’arrive pas à me mettre à une table. Et puis écrire est un acte vivant, qui passe par la main. L’écran, c’est quand même a priori la Méduse… Quand je suis dans la phase de rédaction avec l’ordinateur, je m’isole et ça fonctionne, discipline absolue, j’écris huit à dix heures par jour. Je vais dans une bibliothèque, je crée une tension, je travaille avec acharnement, phrase par phrase, comme si je devais forcer un mur… Il y a comme deux moments : le premier, d’écriture libre, qui peut prendre des années et où la détente, la disponibilité quotidienne produisent des phrases ; et le second, plus crispé, immobile, studieux, où ça se formalise enfin.

Ce sont des périodes de labeur, ces secondes périodes? Des périodes « sombres »?

Non pas du tout, au contraire, je suis dans un état de gloire absolue. Quelque chose m’arrive. C’est lent, méticuleux, mais ça apparaît, comme si j’inventais un chant immense, note par note. Comme si j’étudiais, je pars le matin vers huit heures et j’écris dans un lieu calme jusque vers dix-huit heures, jusqu’à ce que je suis trop fatigué pour continuer. Quand ça retombe, je rentre chez moi, je n’insiste pas. Et alors je ne sors pas le soir : je suis complètement vidé, je me repose en vue du lendemain, où je vais « replonger ». Dans ces périodes, je n’ai pas besoin de trouver des intensités autres.

C’est joyeux, donc. Résolument joyeux.

Evidemment, sinon je ne le ferais pas : j’irais à l’usine. Si c’était mieux à l’usine, je travaillerais. Je ne sais pas ce qu’est la vie des autres écrivains, mais pour moi, ces périodes d’écriture sont une jouissance inouïe. Les livres gardent trace de cela : je pense qu’on perçoit, lorsqu’on lit un livre, si celui ou celle qui l’a écrit a touché à des points de solitude, de pensée, d’exaltation, d’emportement — ou non.

Ouais, c’est le vieux couplet Nietzschéen du Gai Savoir: on devine vite si un auteur en est arrivé à ses idées le « ventre enfoncé, penché sur le papier », Nietzsche dit que même les intestins comprimés se devinent sur une page…

Oui, les livres parlent secrètement du moment où on les a écrits. C’est ça qu’ils transmettent, c’est cette joie, c’est cette gloire. Ou alors ils ne transmettent rien.

7 commentaires

  1. Tout a commencé lorsque profitant d’une sorte de l’éclipse de l’intelligence en Europe, Philou Sollers a diagnostiqué le Nietzsche de Heidegger “ouvrage majeur du 20ième siècle”, de là vienne en effet le formidable nihilisme= stade achevé de la métaphysique occidentale, avec Nietzsche dans le rôle du symptôme / fossoyeur de la métaphysique, Heidegger celui de Docteur ontologue ayant été capable de reconnaître Nietzsche (deuxième stade du surhomme), et donc Sollers à la foi le passeur et stade achevé de la vie divine, qui en devenant Dieu abolissait dans la même geste à la fois la morale, la religion, le Théisme, et aussi Dieu, puisqu’il devenait inutile, Sollers existant. Car Sollers existe, et jouit à fond de ses “Femmes”, Dieu est loin de pouvoir en dire autant.
    Dans l’histoire, Haenel écoutant la promesse Sollersienne du poète véritable créateur de la joie, de toute gloire, berger de l’être etc… Dieu soleil de la vie réussie (même si tous ces termes sont encore en dessous de ce qu’est vraiment Sollers), il a quitté sa meuf dis donc.
    Et il est devenu un buisson ardent, carrément. Première page de Cercle : “Je brûlais, mon corps n’était plus mon corps, mais un buisson de flammes d’où sortaient des phrases. Ces phrases tourbillonnaient dans la lumière, au dessus de l’eau, comme des tapis volants.”. Plus fort que Moïse. Aucun intermédiaire. Yannick est le buisson ardent. Et la lumière fut. Les tapis volants, c’est pour le côté oriental.
    “La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Yannick se mouvait au-dessus des eaux.
    3
    Yannick : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. (où “au commencement était le verbe”, Yannick a un trou)”
    4
    Yannick vit que la lumière était bonne ; et Yannick sépara la lumière d’avec les ténèbres.”

  2. Néanmoins.
    J’ai peur qu’il ne se lasse. Tout ça n’est pas si grave. Certes l’écriture sans la poésie, que lui reste t il si ce n’est la certitude fat d’avoir fait le bon choix. Il lui reste le sentiment d’élection, de celui qui vit le mieux, même si tout ça est loin de la souplesse de la boite automatique d’une Audi A6.
    Ce dont j’ai surtout peur, c’est d’une conversion mystique un peu plus conséquente que sa contemption de la “société de merde”, c’est pas le premier, avant le nihilisme, c’était la société du spectacle, encore avant la société de consommation, et encore avant le capital, et puis ça remonte loin comme ça. Non j’ai peur d’une conversion au catholicisme à la Claudel, ça te tombe dessus derrière un pilier à Notre Dame, et sensible comme il est, lui qui entend les cris de la vestale sacrifiée pour la fondation de Rome, il va nous la raconter avec angelots, feu sacré et peut être même Vierge Marie qui lui donnera du “Yannick mon petit, come to daddy” sur une musique de Aphex Twin. Par la suite il nous pondera d’horribles pièces de théâtre et peut être même une “nouvelle revue catholique moderne”.

  3. Très juste, qu’avant le “nihilisme généralisé”, c’était la société du spectacle, etc. Désigner “l’ennemi” comme ça, c’est se vautrer dans une généralité grossière – et comme tout grossièreté – dangereuse. Mais tout de même, quelque part, ce portrait grossier est porteur de repères nécessaires. “On” a besoin de comprendre quelque chose, de mettre des termes génériques sur ce qui engendre notre sentiment de révolte. Et puis tout de même, derrière la “lutte contre le nihilisme”, il n’y a pas le même esprit de sérieux que pr les autres luttes (sauf chez Meyronnis peut-être, mais je ne suis ni sensible à ce qu’il écrit ni à ce qu’il “vit”, donc je n’en sais rien). Le “groupe” (si l’on peut vraiment parler de groupe) d’Infini n’a rien à voir, formellement, avec les TIQQUN, par exemple. Non seulement la solitude qu’ils prônent les sauve du désastre communautaire mais surtout, il y a beaucoup de malice derrière tout ça. Malice au sens du plaisir pris à dire certaines choses, à vivre certains états pour leur seule gratuité, le fait qu’ils ne “mènent à rien”. C’est le plaisir de “vivre en perte libre” avec la seule exigence de toujours coller à soi et aux fluctuations du moi; exigence de se sentir libre quoi, un peu comme Max ou comme R. Kelly.
    Je dis “malice” parce que quand Haenel parle des Vestale ou de son corps qui flambe (l’existence précède le gazoil), il le fait avec un rire franchement salvateur, un rire qui conjure le solennel des termes employés. C’est l’entrée dans la fiction pour le (i) plaisir (/i) du jeu; en fait. On parodie le mysticisme parce que les émotions livrées sont plus intenses. Rien à voir avec une religion révélée; pas de volonté de “faire communauté” ici. Ou alors une communauté d’autistes, qui en aucun cas ne prieront un jour le même Dieu parce qu’ils ne parviendraient pas à s’accorder sur sa tronche. Je ne sais pas d’où vient cette illusion de “Sollers tout puissant”, je n’ai pas assez trainé dans les petits papiers de ce réseaux, mais quand Yannick Haenel me parlait de lui, je sais qu’il n’en faisait pas son gourou (ni brun). Plutôt qlq phrases mitraillettes tendres, plutôt de la distance.

  4. “Esprit de sérieux” est une façon sartrienne de traiter l’autre de connard. Si le nihilisme est l’achèvement de la métaphysique occidentale, alors Tiqqun est son bug de l’an 2000.
    “L’écriture comme jouissance inouïe”. Encore un autre de ces slogans publicitaires.

  5. On comprend rien à ce que tu racontes Benway (du moins dans ton premier commentaire). A part essayer de flamber et de faire l’intellectuel, que fais-tu Benway ? Tu m’apparais creux et résolument mort…

    Ci-gît Smund Benway, ben ouais !

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