15 septembre 2025

Coincé entre Lou Reed et Eels, il y a Whitney K

L’artiste canadien sort le 12 septembre un quatrième album intitulé « Bubble » qui sonne comme un cocktail avec beaucoup de Lou Reed et de Eels dedans, mais aussi un peu de Dean Wareham. La question : est-il bien dosé ?

Ouais, je sais, paie tes références de boomers. Comme si en 2025 les gens voulaient encore se coltiner un disque influencé par des mecs morts ou proche de l’âge de la retraite. Et pourtant, dans la masse de jeunes qui pensent que le post-punk est encore cool ou qui s’amusent à faire revivre le rock du début des années 2000 en copiant-collant LCD Soundsystem et les Strokes avec deux mains gauches et des boules Quies dans les yeux, il y a un Canadien qui refuse la modernité. Il s’appelle Konner Whitney, il a la petite trentaine et il s’est mis en tête de livrer un album brut, épuré et rustique qui plaira aux nouveaux vieux. Ou aux anciens jeunes, en fonction de comment vous souhaitez les appeler.

L’idée, c’est quoi ? Pondre treize compositions enregistrées à la maison, à Montréal, entre copains, comme si la musique s’était arrêtée en 2004. Sur « Bubble », vous êtes piégé dans une faille spatio-temporelle. Et les seules musiques autorisées, ce sont des ballades toutes connes composées avec quatre accords et quelques arrangements subtils — ce sont les plus dures à écrire et à chanter sans sombrer dans la médiocrité, vous le savez aussi bien que moi. Mais quand même, la playlist peut vite devenir emmerdante.

On va vite faire le tour puisque trois influences squattent l’album. D’abord Lou Reed, dont Whitney K a pompé le phrasé sans essayer de le cacher — période « Transformer » ou « Coney Island Baby ». Ça s’entend un peu partout mais surtout sur le titre Sunshine2 qui parle de drogue (sans dire lesquelles) ou encore Rosy et Lately, les deux derniers morceaux de « Bubble ». Ensuite, on passe à Mark Oliver Everett, deuxième fantôme visible de ce disque. Il est aux commandes sur Heaven, le titre d’ouverture. Puis il s’infiltre sur le refrain de Jolene avant de se frayer un chemin sur Beetlejuice. Enfin, des chansons comme TV Dreaming ou The Ocean rappellent à quel point Luna, mené par Dean Wareham, était un groupe aussi ingénieux que sous-estimé. Du groupe américain, Whitney K a gardé ce sens de la mélodie délicate, ce soft-rock qui sait se maîtriser et mettre les coups de pédale au bon moment.

Mais réduire ce disque à une succession de passes décisives direction ses héros musicaux serait injuste. Sur « Bubble », Whitney K nous montre qu’il est capable de faire la différence tout seul, comme un grand, sans se raccrocher aux vieilles branches du rock alternatif des années 90’s. Ça s’entend sur Something Strange, l’un des morceaux les plus expérimentaux et nerveux de l’album. La country-folk pénètre même sur Morning After pour le kif et We’ll See, sans être novateur, apporte une légère touche de neuf dans un projet qui semble par moment figé et paralysé par la nouveauté.

C’est là tout le paradoxe : le charme du disque réside dans ses influences assumées, mais ce sont aussi elles qui finissent par l’étouffer. Des madeleines de Proust réconfortantes, certes. Mais qui prennent le dessus et font éclater cette bulle trop poussiéreuse pour vous donner envie de s’y réfugier durant des heures. D’ailleurs, ceux qui survivront à trois écoutes d’affilées sans s’endormir auront le droit à un abonnement d’un an à Mojo.

Whitney K – « Bubble » – Fire Records – 12 septembre 2025

 

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