Être rock sans jamais brailler ni mettre les aiguilles dans le rouge : depuis le début, les Fat White Family savaient faire. Avec “Serfs Up!”, les voilà qui jettent une poignée de paillettes sur une flaque de vomi. Et c’est très beau.

Alors donc ce ramassis de jeune gens hirsutes, drogués et débraillés, avec un guitariste hilare et édenté, un chanteur en slip au milieu de la foule et un batteur nuque rasé et sourire idiot, ces jeunes gens, donc, étaient des parangons d’élégance. Des dandys à pinte tiède, pas des pintades du rock’n’roll circus salement vieillissant.

Nous avions pourtant laissé les Fat White Family dans la poussière d’un festival, précédés par leur réputation de jean-foutre salopant déjà interviews, plannings et rendez-vous divers. Cinq ans et un troisième disque plus tard, les déjà plus très nouveaux mauvais garçons confirment qu’ils n’ont de rock que l’attitude. Que c’est très bien comme ça. Et qu’ils savent produire un disque.

Les incursions de Lias Saoudi chez The Moonlandingz, groupe déjà plus présentable et moins rêche, leur auraient-elles appris les bonnes manières ? Ou bien cette saloperie de rock’n’roll circus, encore lui, ayant tenté son sempiternel tour de magie, aurait-il réussi à faire croire aux oreilles jamais rassasiées qu’on tenait enfin à nouveau une fournée XXL à intégrer rapido au club des 27, sur laquelle on se palucherait dans vingt ans en disant qu’on y était, qu’on savait que les gars ne tiendraient pas la distance, qu’ils mourraient vite et mal, dans des chambres d’hôtel humides, crasseuses et sans wifi ? Raté, raté, raté.

On est un peu des salopards, nous aussi. On veut du sang, des larmes et des drames, se taper des grands frissons sur le compte de ceux qui osent miser leur tête là où on hésiterait à aller sans avoir relu vite fait son contrat d’assurance histoire d’être bien sûr qu’il n’y a AUCUN risque. Saloperie de famille blanche, essoufflée sans même avoir encore hurlé. Courant après le beurre, l’argent du beurre sans oublier de faire du sport pour être en bonne santé et éliminer sa graisse.

Baxter Dury, Monty Python et saxophone

Bon. Nous voilà fort marris. Les mecs sont toujours vivants, utilisent peu la distorsion et les accords en barré, collent du saxophone après un featuring de Baxter Dury – Tastes Good With the Money et son clip hilarant très Monty Python – des violons par-ci par-là et donnent souvent envie de… danser. Oui, parfaitement. Tu claques des doigts sur Feet, obligé, puis tu esquisses quelques pas, d’abord dans ta tête, puis tu te lances, puis le refrain – avec du putain de vocoder, oui, juste quelques instants, comme ça, tu l’as pas vu venir, tu fredonnes c’est plus fort que toi, tu attends qu’il revienne c’est comme ça un tube – déboule, puissant ; tu te redresses et tu es fier, tu ranges ta dope et tu poses ta coupe parce que l’espace d’un instant, c’est toi le patron. Tu n’as besoin de rien d’autre que ce putain de refrain.

Danser, donc. Mal. Et peu importe. Soudain tu as envie de bousculer tout le monde. Faire le fier à bras, plein de morgue, et tu peux : I Believe in Something Better déboule juste derrière : lâcher de phéromones sur le dancefloor. Le final est crasseux, mais tant pis, tu es déjà parti. Tu te rattrapes aux branches et tu t’excuses auprès des convives en profitant de Vagina Dentata, on dirait la musique d’une pub pour cheminée, un dimanche soir où tu aurais redécouvert le sens du mot « romantique ». C’était ça ou elle te foutait dehors, remarque. D’ailleurs, elle a fini par le faire. Tu souris béatement et tu enlaces tout ce qui passe. Ça te rappelle quand tu prenais de la MDMA tous les samedis soirs. Kim’s Sunsets aussi. Ces « la la la la »  sur le refrain, tu jurerais qu’ils ont été écrits pour toi. Tu es invincible. Tu sais que ça ne durera pas. Mais il y a toujours moyen de relancer le disque.

Danser, encore, sur la basse et le synthé de Fringe Runner. Y a des « yeah ! » partout et puis comment ça « les Blancs ne savent pas groover ?! » Ta nuque EST le tempo, mec ! C’est le moment de tomber la veste, de frimer, de transpirer, de se coller aux jupes, de LÂCHER PRISE.

Envie de pisser

Le jour se lève. Tu piétines dans ton vomi sur le chemin du retour. Rock Fishes résonne encore dans ta tête qui te fait mal. C’était doux, pourtant. Bientôt tu vas t’effondrer dans ton lit, seul. Tu tenteras de fredonner le refrain de When I Leave, « When I leave / Where will you call home? / When I leave / Where will you call home ? » mais personne ne te répondra. Tu t’endormiras avec l’envie de pisser. Et de pleurer.

Il sera toujours temps de retourner à ton petit bureau, à l’étroit dans le bus, le front collé à cette vitre toujours pluvieuse, en écoutant Bobby’s Boyfriends dans ton iPhone, un des trucs les plus flippants que tu aies entendu depuis longtemps sans que tu sois capable d’expliquer pourquoi. Les Fat White Family, eux, continueront leur vie d’artiste. Où est-ce que ça a merdé dans ta vie ?

Fat White Family // Serfs Up! // Sorti le 19 avril chez Domino Records
https://www.facebook.com/FatWhiteFamily/

4 commentaires

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