Hormis leur dernier album sorti ces jours-ci, Comfortable problems, je ne connais jusque là rien de Clara Clara. Tout cela m’évoquait au mieux que le bonheur minutieux d’une intro (We wont let you all alone), l’haleine fraiche d’une électrique novatrice et la douceur d’un songwriting idéalisé, mué depuis en révélation du début d’année.

Sans arrière-pensée et l’esprit plutôt positif, je m’attends donc à rencontrer de jeunes trentenaires passionnés, ambiguës mais forts en bouche. Une interview qui devrait couler de source tant la musique de ses lyonnais m’est agréable et l’intérêt est palpable. Je me persuade que l’échec cuisant est utopique et que mon entrée dans les bureaux du label Clapping music sera triomphale. Mais je m’emballe.
La Gare aux Gorilles et son regard inquisiteur en surplomb, je m’engage dans une route sinueuse du XIXième arrondissement. Je suis épuisé par une nuit trop courte, des questions sur un papier fraichement déchiré et la sensation nauséeuse de ne pas être à ma place. Pressentiment visionnaire ou simple dérive alcoolique ? La réponse vient froidement me poignarder. Car jamais, au combien jamais je ne me serais attendu à trouver deux branleurs d’une vingtaine d’années, affalés en artistes maudits dans un canapé poussiéreux, isolé entre les cartons (dont l’un d’eux me servira de siège) d’une cuisine ravagée par une marée de café. Un vide de non-dits où la plus mince des réflexions est fustigée et où la musique est vue comme de « simples notes dans des cases », bah… voici une interview avec bah… Clara Clara

PS : Je ne différencierai pas les réponses des deux frères pendant cette interview, leurs intérêts étant – par définition – semblables.

Contrairement au précédent, vous avez intégré des voix sur votre nouvel album à problèmes confortables. C’était simplement pour mieux vendre ?

Ah non pas du tout, c’était pour la musique simplement.

(Rires jaunes et déjà une lueur dans les yeux qui viennent de virer au rouge alerte).

Ecoute l’album précèdent et tu verras clairement qu’il y manque un quelque chose. Des voix. On y retrouve un vide certain. Mais ça fait longtemps que l’on avait prévu de faire ça.

Ca fait longtemps que vous jouez ensemble ?

Nous sommes frères donc forcément ça fait super longtemps oui.

(Ah…Une information certainement primordiale qui m’avait échappé. Faut dire qu’entre le blond un peu artiste de rue déglingué et le brun propret à pull Jacquard, ça saute pas aux yeux)

Vous venez de Lyon. Vous pouvez me parler de la scène locale? Si elle existe d’ailleurs. Je suppose que vous avez tourné un max là-bas?

Ah bah si mec, la scène lyonnaise existe et est ultra vivante. Par contre oui, la scène pop elle, n’existe pas ou très peu. Par contre la scène noise rock à mort comme Shewbacca ou Duracell par exemple.

(Ok. Je balance la question qui m’importe le plus, celle par laquelle je l’espère j’arriverai à mieux comprendre la démarche du groupe. J’attends beaucoup de la réponse, elle déterminera sans doute l’angle futur de l’interview)

Vous avez réussi à trouver un bon compromis entre l’aspect mélodique de la pop et l’aspect électrique amené par le clavier, sans jamais tomber dans des travers, le truc trop molasson ou trop brutal. Comment avez vous su trouver cette équilibre ?

Bah, on ne s’est pas posé la question. On a répété. Et voilà.

(Mec enchaine un truc je t’en supplie là. Me laisse pas en plan avec «ma question qui tue»…)

L’histoire c’est que l’on a toujours été tous les deux, plus une personne extérieure. Et les noms des groupes changeaient. On a joué avec un guitariste c’était plutôt cool. Puis aujourd’hui il y a Amélie qui a débuté à la flûte et ensuite au clavier. Ca a toujours été comme ça. Et pour revenir à ta question, on ne vient pas du tout de l’électro, on balance vachement plus du côté rock. Les riffs tout ça.

(Electro ? Qui a parlé d’électro ? Ah électrique. Eh non, ce n’est pas tout à fait la même chose voyons. Je tente d’enchainer avec une blague pour détendre l’atmosphère)

Et vous tournez comme ça, en changeant de troisième partenaire souvent ? Elle est virée quand Amélie alors ?

(Bide. Gros blanc. Crash interstellaire)

Mec arrête, il ne faut pas dire ça. Ca fait 5 à 6 ans que l’on joue tous ensemble, il n’y a aucun soucis avec elle. On est un groupe super soudé, tu vois. Tes propos sont violents là.

(Des excuses un peu honteuses et légères pour expliquer que ce n’était qu’une simple plaisanterie. De mauvais goût ? Peut-être. Question bateau pour enchainer, ça s’échauffe)

Vos principales sources d’inspiration en terme d’influences musicales?

Bah… ce que l’on écoute comme musique ne ressemble pas vraiment à ce que l’on fait. Mais ça doit nous influencer d’une certaine manière c’est sûr. The ex, deerhoof pour les gros noms. Puis on écoute de la musique quand des potes amènent des albums. On écoute un peu nimp’.

(Hmm… Des albums que des potes ramènent. On tient quelque chose là. En fait non)

Et en concert dernièrement, vous avez vu quelque chose qui vous a marqué ?

Wave de LA, c’était mortel, limite un peu reggae parfois. Cool.

D’ailleurs  vous vous sentez proche de quelle scène aux US en particulier ? L.A., avec No age non ?

Oui c’est vrai, No age c’est carrément sympa. Bah sinon il y en a plein des scènes. Portland, Boston. Donc voilà.

Et New york ?

On ne connait pas. Jamais écouté.

(Honnête et responsable. Par contre ma vingtaine de questions savamment préparées s’effilochent. Et ce maudit temps qui n’avance pas. Et ce contenu éperdument réduit au néant. Je sens un vent de légère panique derrière ma nuque et me persuade à cet instant que rien n’est grave. Tout naturellement cette interview trouvera sa place au fond d’une poubelle virtuelle)

Votre album va bien marcher, je pense. Vous avez du avoir quelques bons retours. Pas trop de pressions ?

Non, non c’est une bonne nouvelle…Enfin si, petite pression. Mais on part en tournée de toute manière, que ça marche ou pas.

Vous allez jouer à la Route du Rock hiver.  Super festival, l’un des meilleurs en France, une super opportunité pour vous. D’ailleurs ça s’est fait comment ?

François Virot : J’y avais joué solo l’année dernière. Donc les contacts sont restés. Mais honnêtement je n’avais rien vu, j’étais resté dans ma chambre d’hôtel avec ma copine. La plage tout ça. On a bouffé au restaurant. Saint Malo c’est hyper beau, j’étais avec ma copine, on avait autre chose à faire.

(Ce qui m’attire le plus, sexuellement ou autre, n’est autre que la curiosité. Cette réponse me laisse dans un état effroyable de dépit, l’envie de rendre les armes, déserter une guerre perdue d’avance. J’en ai rien à branler que tu payes ta Reine sans champignons à ta copine pour la fourrer dans ton hôtel tout payé, sérieux. Musique, parle moi musique. Et bouge un peu ton cul de se canapé. Ca me fait un peu penser à ses putains d’intermittents cracheurs de flammes, crieurs des rues ou joueurs de diabolo ultra casse-couilles. Bref.)

Pour composer, vous vous aidez de structures particulières ? Cinéma, littérature. Des choses qui vous inspirent plus que d’autres ?

Bah nan. Juste la musique, comme ça.

Ok. Vous êtes frères, tout cela doit être automatique ?

Bah oui… on compose ensemble. On fait comme tous les groupes. On joue chez soi. On joue en répétition.  Après il y a des idées, des ambiances que tu peux capter d’expositions ou de films que tu peux voir mais globalement, ça se fait naturellement. La musique c’est du concret. Faire un riff ce n’est pas s’inspirer d’une image au cinéma. C’est des notes et des cases.

( Là je crois que s’en est bien fini. Et pourtant, je donne tout…)

Je vois. Mais il peut y avoir un événement dans vos vies, quelque chose qui…

Bah non. Notre rythme de vie peut, il est vrai, venir modifier notre musique. On ne travaille pas. On ne fait que de la musique en permanence, dans un local à Lyon où l’on retrouve une quinzaine de groupes qui répètent. Pour revenir à nos influences pour le coup, quand Duracell répète à côté de toi en envoyant du lourd, ça peut changer ta vision d’un titre. Par exemple, ça nous a inspiré Paper crowns avec cet aspect très brutal et rythmé du son et qui te donne tout d’un coup l’envie de faire de la tech’.

J’ai fais une recherche Google sur Clara Clara. Je suis tombé sur Clara Morgane en tête de gondole. Peut on y voir une corrélation particulière ?

Non, rien. Elle est vachement plus connue que nous, c’est tout.

(Putain les mecs, je vous tends une perche un peu humoristique pour ne pas tomber dans la phrase bateau «d’ou vient ce nom Clara Clara dites moi». Mais non. Rien. Après quelques secondes, de longues secondes, je rends les armes)

Bon, et finalement, d’où vient ce nom Clara Clara ?

On cherchait un nom de groupe. Amelie avait un bouquin pour apprendre l’espagnol du nom de Clara. Clara qui veut dire clair en français (merci mon pote j’avais pas capté). Et voilà. Aucune signification particulière, on ne vas pas chercher plus loin. C’est jolie, c’est tout.

(Aucun contenu. Aucun angle. Rien. Cette interview sent le fiasco, la bonne grosse patate flambée. Alors je décide de rentrer tête baissée dans la bête. Je pars d’une pseudo-polémique un peu bancale au regard du travail du groupe pour tenter de réanimer en 200 volts les brothers)

J’ai vu beaucoup de groupe se faire bouffer par l’aspect branchouille que peut colporter leur musique. Vous avez pas peur de tomber là dedans ?

De Lyon, ça va être compliqué…

Non mais ça n’a rien avoir. Des groupes qui se font bouffer par une surmédiatisation hype et qui les a finalement tourné en caricature. Vous n’avez pas peur d’être rapidement catalogués comme ça ? Car vos sonorités renvoient clairement cette image.

Non, on n’en a pas du tout peur. On n’en a rien à foutre. Et l’album n’est pas encore sorti en plus.

Ok…

(L’interview part en eau de boudin. Julien, le responsable de Clapping music présent lors de l’interview préfère intervenir et recentrer le débat. Chaud mais faut voir le bétail en face de moi, il faut arriver à les bouger bordel)

Julien : Si je peux intervenir dans le débat avec ce que tu dis et l’image branchée autour de Clara Clara. Eux, comme ils le disent bien, en ont rien à branler. Ils ont commencé il y a des années dans des réseaux de squats qui n’avaient rien à voir avec la branchitude parisienne ou les scènes de LA. Mais je te l’accorde on peut trouver des liens avec leur nouvel album.

Bah écoute, clairement le son renvoie à ça. Je ne suis pas là pour remettre en cause leur démarche. Juste poser les questions, à eux d’y répondre.

Julien continue : La vrai différence avec Clara Clara ce sont des textes super bien écrits, des compositions léchées et voilà, même si il est vrai que c’est dans l’air du temps, je pense que la qualité du songwritting dépasse tout type de phénomènes. Et je crois vraiment que si l’on en parle autant, c’est uniquement du à leur boulot musical. Tout ça est par pur hasard.

(Enfin quelque chose d’un peu consistant. Et plutôt passionnant)

Par hasard ? Je ne pense pas. Il ne faut pas exagérer. Si vous faites cette musique, ce n’est pas tombée du ciel.

(Jolie grognement de voix qui suit un énervement teinté de rébellion. Frissonnant)

Mais putain si l’on fait de la musique comme ça, c’est parce qu’on en a envie. Ca sort comme ça c’est tout.

(J’apprécie à sa juste valeur la profondeur du message)

Ce qui est marrant c’est que tu as joué pendant des années dans pleins de squats à Lyon et dès lors que tu montes à Paris, ce genre d’assimilation tombe. Je t’assimile toi bien plus à ce milieu là que nous. Si aucune hype n’était venu gigotée autour de notre musique, tu ne serais jamais venu nous interviewer.

Je t’arrête tout de suite. Tu parles de Gonzai, le magazine qui parle de sujets obscurs et bien loin du mainstream, qui est le premier à balancer sur la daube du moment. Si je suis venu, c’est uniquement parce que j’ai reçu l’album. J’ai écouté, j’ai plutôt apprécié. Et je voulais aller plus loin. Et si je pose ces questions-là, c’est uniquement pour vous mettre en avant et faire le tri dans ce monde musical de plus en plus pollué. A vous d’y répondre et si vous ne le faites pas, je n’y peux rien.

Julien : Non mais c’est clair, c’est pertinent de poser le problème vu les sonorités de l’album. François a fait un album solo avant et je pense que si il y a un effet Clara Clara c’est aussi parce que l’album de François (Virot, NDR) a été remarqué fin 2008. D’ailleurs pour te raconter un peu ma rencontre avec lui, j’accompagnais des artistes qui passaient par Lyon, Ramona Cordova notamment, et François était en première partie. Son premier concert d’ailleurs. Et on flashé direct dessus. Un ans après l’album était sorti. Quand on est allé le voir, il n’avait jamais entendu parler de Clapping Music et il était complètement en dehors du système. On n’est pas allé le démarcher pour je ne sais quelle raison fallacieuse. Ca s’est fait naturellement. Après il s’est retrouvé dans le CQFD des Inrocks et la machine était lancée.

(Laissez parler ce mec ! Je me suis trompé de cible et aurait du dès le départ discuter avec Monsieur. Les autres sont chiants et rabougris. La jeunesse ça craint moi je dis. Bref. Accalmie passagère. Il fait bon vivre. On se détend)



Vous avez prévu des choses particulières pour vos lives ?

Bah on va sans doute changer la façon de jouer et changer de matériel. Avant j’aurai pu te répondre mais là on n’est pas encore vraiment prêt et déterminer à faire un truc en particulier avec ce nouvel album.

Bon et bien que rajouter ? Rien il me semble. Vous n’avez pas grand chose à dire…

Bah si, attend… Tu aurais vu l’interview tout à l’heure avec Magic, on était moins causant.

(Pour une fois que je plains vraiment, mais vraiment un collègue. Le pauvre homme)

Le mec essayait de nous faire suivre son «Selectorama». C’était hyper dur de rester sur les dix morceaux que l’on avait choisi.

Merde, j’aurais peut être dû faire ça !

Oh non surtout pas. Bien mieux quand c’est freestyle comme ça. Surtout que l’on avait rien à dire à part «Oui on adore ce morceau. Pourquoi ? Bah on le trouve hyper bien. Pourquoi ? Bah je sais pas.» On a quand même cité Jay Z et Nirvana. Rires.

Rien à rajouter ? Insulter des gens ? C’est le bon média pour le faire.

Enculé enculé !

Pas marrant.

Ok. Maintenant, vous pouvez vous lâcher. OFF.

Evidemment rien ne suivit. Pas qu’ils soient flippés à l’idée de se griller, non, ils s’en branlent. N’ont aucune vision de la musique, qu’elle soit passée ou future. Je me trompe sans nul doute sur eux, je n’ai pu simplement pas réussi à les (re)connaitre.
Mais à force de s’en foutre et de fermer son bec, les conclusions hâtives et faussées débarquent. Et personne ne pourra me le reprocher, ni même m’insulter pour ça. Car la chance de s’expliquer leur a été offerte. Et le vide en réponse. J’ai honte de me l’avouer mais il a fallu que je rentre dans le lard, et d’une façon sans doute irréfléchie pour parvenir, ne serait-ce qu’un instant, à leur tirer une lueur d’explication. Ces mecs sont chiants à en mourir et ne s’attèlent pas à prouver le contraire. Rarement l’ignorance aura mené à si belle création, car l’album, lui, est bien meilleur en rhétorique.

Clara Clara // Comfortable Problems // Clapping Music
http://www.myspace.com/claraclaraband