27 août 2026

Ni chevreuil, ni prouveur : le monde a besoin de plus d’Ethio-Dub

(c) Adama Jalloh

Que vous le vouliez ou non, Zena vient d’ouvrir une boîte de Pandore qu’on n’a jamais envie de voir se refermer.

Voilà quelques petites semaines, la France entière bavait devant sa précieuse éclipse. “Une fois tous les 80 ans ma pauv’dame”.

Même si rien ne vaut une bonne grève générale, personne ne remettra en cause l’idée que voir la lune passer devant le soleil met un peu de peps dans le quotidien de nos concitoyen.ne.s (celles et ceux qui avaient pu accaparer une paire de lunettes, tout du moins). Un évènement rare, certes, mais pas autant que la sortie d’un vrai bon disque de « fusion », capable de faire se télescoper des genres musicaux sans donner envie de se rincer l’oreille à l’acide.

Pour notre plus grand malheur, ces phénomènes pourtant si fugaces n’ont tristement pas tendance à faire la une des JTs – mais de Gonzai, ça oui, encore heureux.

Le spleen d’Addis-Abeba à la sauce Londonienne

Contextualisons : en mars dernier, deux cools kids passaient de parfaits inconnus à nouveaux hot prospects de la scène jazz anglaise avec la sortie de l’EP “Temesgen”, petit morceau de bravoure tout entier dédié à la continuation du patrimoine ultra hipster qu’est l’Éthio-Jazz.

Un disque qui actualise l’héritage de Mulatu Astatke – que vous connaissez peut-être pour la légendaire synchro dans Broken Flowers, de Jarmusch – et de tous ses contemporains avec une délicieuse louche de codéine, une radicalité suave et même, pour ne rien gâcher, un vrai tube pop, It’s You, porté par la chanteuse Meron T.

Ces 6 morceaux hypnotiques mettent un gros coup de WD40 à un registre statufié, devenu depuis longtemps une sorte de dub pour esthètes post-bourgeois, de celleux pour qui la ganja se fume sur leur immense balcon Pantinois, après avoir couché les enfants à l’étage – loin, bien loin, de l’univers des locks et des énormes murs de subs. 

Tout le sound-design du disque et toute l’émotion qui s’en dégageait laissait pourtant une folle envie de voir les potards d’échos poussés à bloc.

L’appel du delay

C’est là qu’entre en piste une autre équipe du sud de Londres, le gang SLICKnBOBBY, pensionnaire du très chic label Touching Bass. Visiblement, le disque leur avait laissé ce même goût d’inachevé. Ni une ni deux, tout le monde se réunit autour de la table (de mixage) et fait naître les deux géniaux morceaux qui justifient cette bafouille.

Première urgence : réhausser les delays vicelards et les grooves hypnotiques d’un des morceaux de l’EP, “Kazanchis”, en l’étirant sur cinq grosses minutes. Et une fois ce méfait originel commis, autant lâcher les chiens avec une cover de l’hymne du maître Astatke, “Yekermo Sew”, à la sauce soundsystem.

Le résultat est fantastique. Cette simple paire de titres fait partie de ces sorties qui “déclipsent” quelque chose dans l’architecture de nos cerveaux mélomanes. C’est pourtant une évidence : les mélodies mélancoliques des 70’s éthiopiennes, conjuguées à la gourmandise sédatée des sound systems londoniens sont la parfaite bande-son de notre monde déclinant.

Du coup, on a cherché un peu : ces jeunes gens ne pouvaient pas être les premiers à conjuguer ces deux mondes-là. Et pour tout vous dire, on a trouvé quelques petits trucs, à droite à gauche, comme ce très réussi “Ethiopian Rhythm” du Polonais Dreadsquad (ça ne s’invente pas), ou le “Yeka Sub City Rockers” de Dub Colossus. Puis des choses plus erratiques, qu’on vous épargnera volontiers.

Mais alors que le mélange nous semble désormais évident, artistiquement comme historiquement (on épargne le lore Ethiopie -> Jamaïque, hein, vous êtes grand.e.s), on fait surtout face à une zone qui semble encore à défricher.

Alors s’il vous plait : si vous envisagez en ce moment même de monter un sombre groupe de rock foireux qui suce les roues d’artistes déjà lâchés par le peloton, pensez plutôt à sortir un vieux farfisa, un gros delay et une sirène et à vous en donner à coeur joie.

(D’ailleurs, ne nous surestimons pas : cet article dispose d’un chaotique espace pour les commentaires. Si vous avez du biscuit à faire croquer, n’hésitez pas à y lier les meilleurs morceaux qu’on a raté, histoire qu’on puisse tripper avec plus de 4 ou 5 tracks).

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