Trop habit(u)é par les  mêmes figures de dandies, je ne cherchais plus à en croiser de nouvelles. Il fallait aller à Berlin, là où Paris n’a aucune importance. Il fallait aller devant le Berghain, là où se trouve Sven Marquardt.

‘’A la recherche des dernières capitales,
pour s’offrir à leurs caresses de métal ‘’

Dix jours que je me répète du Moderne. Vite, du Vitalic s’il le faut. Je pourrai bientôt recommencer à errer dans Pigalle en me demandant si je vais croiser Eudeline ou Adrien. Pourtant dans l’avion qui nous ramène à Roissy-Charles De Goal, on cherche frénétiquement des engelures synthétiques pour faire durer le bain de glaçons.

Sven Marquardt

Berlin attire tous les regards. Après s’être fait roulé dessus par l’histoire, son mythe d’eldorado nocturne électrise à présent le petit peuple français. Il s’y passe des choses, vraiment ? La techno peut ne pas y être vulgaire ? Sortir station Ostbahnhof et sur la large route, tourner au milieu des tours éteintes. Dans la capitale, on découvre un décor de périphérie industrielle. Il y a même des terrains vagues, où de troubles fêtes s’improvisent. Des images projetées sur une toile et de la drum’n’bass, des narguilés pour une vingtaine d’égarés. Mais en parcourant la friche, un martèlement énorme nous parvient : pulsation pic-à-glace de l’imposante centrale électrique. Le Berghain, joyau d’une couronne de lieux monumentaux dont Berlin a le secret. En arrivant à la porte, la montée d’adrénaline ne faiblit pas car il faut se soumettre au regard de cerbères intéressants. Il y en a un taillé comme un troisième ligne d’un quinze de loups-garous. Slim et bottes, cheveux longs en arrière, assortis à sa barbe cendre-charbon ; des piercings et un tatouage qui lui mange le visage. Le stoïque viking nous refuse l’entrée au club mythique. Nazi ! Hein, non j’ai rien dit, j’vous jure M’sieur. Ca ne l’a pas fait rire… Tant pis pour la bacchanale, on se dirigera vers le Bar 25. Le Berghain a déjà été beaucoup raconté de toute façon. L’une des nôtres l’a tout de même en travers : se faire recaler par un gothique… Le portier est pourtant réputé difficile. Il en est presque légendaire en fait. Mais je ne le découvre qu’en rentrant.

Je ne suis pas vexé. Pas du tout. Je veux juste comprendre pourquoi je n’ai pas pu rentrer. Du coup je découvre Sven Marquardt dans des articles concassés par la traduction Google. Physionomiste ET photographe/tatoueur aussi connu que le lieu qu’il garde, il nait en 62 dans une famille aisée de Berlin-Est. Il la quitte assez tôt, collabore à Sibylle, le Vogue de la RDA. Blablabla. Etre portier influence sa photographie. Les deux métiers partagent l’aptitude à saisir les personnes en un instant… ‘’Parfois les visages restent suspendus’’. Blablabla. Il parle de ses pertes d’inspirations, aime les rythmes de vie décousus. Tactactac. Devient dans les 90’s videur par le biais de son frère DJ. Il garde alors l’Ostgut, club de chaleureux et très ouverts danseurs, ancêtre du Berghain. Il ferme en 2003, Sven retrouve la pellicule. Voilà.

Cette traduction me fatigue. Je décroche sur les critères de sélection : ‘’Que faut que je revoie les nerfs ne m’inspirent le mélange plus international’’

Mais tout de suite un tuyau pour entrer au Berghain: Les Berlinois aiment les tatoués qui mangent des graines, les punks zen, probablement les drogués qui tricotent.

* Ne soyez pas trop jeune. * Ne soyez pas trop vieux. * Vous êtes touriste, soyez humble : Fermez votre gueule de langue étrangère. (* Ne plaisantez que discrètement sur une possible nature hostile, voir xénophobe de l’allemand.) * Ne vous habillez pas comme pour le bal de promo d’une école de commerce. Et pour le bien de tout le monde, ca vaudra aussi une fois rentré.

Je reprends la lecture. Le plus intéressant chez Sven Marquardt, c’est son ralliement dans les années 80 de la bohème de Prenzlauer-Berg, faune marginale surveillée de loin par la Stasi. Dans ce quartier, il trouve toute une famille de tatoués, de femmes, d’excentriques pour occuper ses photos. Il y fait ses premières expositions. L’esthétique est morbide, baroque. Il dit chercher dans ses portraits en noir et blanc le symbolisme et le contraste. Il aime mettre en scène, choisir les poses et les accessoires. Se limitant exclusivement à la lumière naturelle,  on ne sait plus s’il est plus photographe de mode ou documentariste.

Crédits: Sven Marquardt

Car de ces artistes, photographes, stylistes, Sven est aujourd’hui le fier témoin… Toute une sziene underground, avatar de subculture que je suis surpris de découvrir. Je ruminais le Palace ou le CBGB et j’aurais manqué une Factory ? Sven Marquardt est autorisé à sortir de la RDA en 88, invité par un festival à Arles. Il commence par se promener un peu dans Berlin-Ouest. Il ne s’évadera pas : dans la journée, il est repassé de l’autre côté du mur. Quelle sorte d’Eden pouvait s’y cacher quand on regardait vers des lieux plus brillants ? Sven évoque ces groupes qui déclaraient ‘’New-York est l’endroit où nous sommes’’. C’est la même volonté de ne pas rester dans l’inertie, de faire de l’endroit où on est l’endroit où l’on voudrait être. De rêver à ailleurs sans jamais bouger. Il dit avoir été au bon endroit au bon moment, mais personne ne le savait.

Avec la chute du mur, le groupe se dissout dans une ville plus grande et depuis vingt ans, Prenzlauer-Berg se boboïse. Maintenant que Ostgut-Ton n’est plus que le nom du label du Berghain, Sven a repris la photo et la porte. Au milieu des années 00, on organise des rétrospectives, il shoote la campagne Shame on you de Levi’s, collabore avec le créatif multicarte (styliste-graphiste-personnalité du Berghain) Viron Erol Vert pour une exposition hommage à Fassbinder en 2007 : 13Monde.

Le problème c’est qu’en découvrant ses clichés, c’était la platitude du déjà-vu. Un billet dans l’urne du grand concours ‘’Nous étions subversifs’’. Moi j’ai du mal à savoir s’il est vraiment singulier, radical ou une sorte de Michou gothique. Je regarde ses portraits en me demandant : fascinants inconnus ou camarades en plus pour l’internationale punk sur les bords?
Je préfère ne pas savoir. J’ai en tête sa silhouette impressionnante, son charisme à l’entrée qu’il me refusait. Je dois lui en vouloir.

http://www.marquardtfotografie.com/

8 commentaires

  1. Très intéressant listing des codes à respecter pour évoluer en toute fluidité dans la nuit berlinoise. Des codes transmis par des Français « qui savent », mais qui refusent d’admettre le côté oligarchique de Berlin.

    Une belle capitale, mais une capitale avant tout.

  2. Bien plus que de la xénophobie, c’est la chasse aux touristes qui est menée à Berlin.
    Mais une fois tombée la chemise et appris trois mots d’allemand, les nuits ne finissent jamais.

  3. Pas d’accord avec Lex, seule une certaine categorie de touriste est chassée; ceux qui se comportent à Berlin comme on va à Eurodisney, ceux qui vont au berghain en observateur curieux, pour le frisson, pour se faire peur, pour s’encanailler…

    Il y en a malheursement de plus en plus, et c’est ce qui est en train de tuer Berlin petit à petit.

    Je vais regulirement à Berlin car j’aime la « minimal », si specifique à cette ville et l’esprit decadent (nihiliste)qui y est associé. Jamais personne ne m’a traité comme un toursite. Au contraire, ce que j’aime avant tout dans le clubbing « made in berlin », c’est l’aspect social. C’est tout le contraire de Paris et Londres, les gens sortent pour faire des rencontres, aucun snobisme, beaucoup de tolerance et d’ouverture d’esprit. Un vrai (pas galvaudé celui là) esprit de liberté règne(ait) sur cette ville, et c’est vraiment ce qui est facsinant!

    L’auteur le dit bien dans son article. Aller au Berghain en 2010 n’a plus grand chose de subversif et, à part pendant les after du dimanche, il ne s’y passe d’ailleurs plus grand chose…

    Bien à vous
    Olivier

  4. Berlin, c’est le nouveau Goa lounge, n’y va-t-on pour se payer une bonne tranche de Lexomil coupé à la techno-roumaine de Miss Platnum? (Désolé, tout cela n’est pas constructif, c’est ma pause travail)

  5. Gonzaï qui se fait refouler à Berghain.
    un juste retour des choses… avec en prime la rancœur qui transpire sur chaque remarque. de conclure, ses fotos sont nulles, c vrmnt pathetique.
    et ne pas faire mention de l’attrape-touriste q le lieu est devenu, un raté de plus.
    refouler est un moyen seculaire d’essayer de preserver le mythe.
    il ne se passe guère plus le dimanche a-m, sauf q la lumiere du jour révèle un peu plus de choses.

  6. b,

    Je crois que vous faites une mauvaise appréciation de ma rancune, l’article n’étant pas tant un réglage de comptes que ça. Enfin tout de même ! Le point Godwin est atteint dès le deuxième paragraphe !

    En fait, je ne peux rien dire sur le Berghain , excepté sa file d’attente, qui est effectivement attrape-touristes… Touristes rapidement refoulés qui allaient errer dans les environs. Tous ces français en chemise ruminant l’injustice, tout à fait perdus et abattus, le tableau était assez drôle (même pour un rancunier comme moi).

  7. C’est fou de voir le grand nombre de personnes qui cherchent à établir des théories, des consignes, des analyses pour « comment entrer ».
    C’est pourtant simple: pour une fois que vous avez un vrai physio, soyez vous mêmes. Ne cherchez pas à cacher vôtre âme sinon byebye.
    Sven ne laisse rentrer que les personnes qui viennent s’amuser, pas les autres.

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