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CHRISTIAN BOURGOIS
Rock’n’roll editor

Cela va faire trois jours que je ne suis pas rentré chez moi, et que je porte les mêmes fringues; mon pantalon blanc est encore une fois maculé de taches suspectes, de surcroi


Cela va faire trois jours que je ne suis pas rentré chez moi, et que je porte les mêmes fringues; mon pantalon blanc est encore une fois maculé de taches suspectes, de surcroi

Cela va faire trois jours que je ne suis pas rentré chez moi, et que je porte les mêmes fringues; mon pantalon blanc est encore une fois maculé de taches suspectes, de surcroit hier soir j’ai aidé un ami à vomir après une absorption massive de mezcal; je suis donc dans une forme olympique pour interviewer l’éditeur de mes héros.

Christian Bourgois, l’éditeur, l’homme de l’ombre, lui qui introduit Gabriel Garcia Marquez, Alexandre Soljenitsyne, William S. Burroughs, Jim Harrison en France, qui parfois dérange, commme en 1989 lorsqu’il publie Les Versets Sataniques de Salman Rushdie.

J’arrive à l’heure convenue dans les bureaux de sa maison d’édition. J’y suis accueilli par deux charmantes jeunes femmes, qui me proposent un café que je refuse poliment, en revanche j’accepte avec plaisir le siège qui m’est offert et dans lequel je m’enfonce en me disant que le mezcal mérite bien son surnom de tequila du pauvre et que Malcolm Lowry est un gros con.Monsieur Bourgois entre dans la pièce et me sort du dessous du volcan me priant de le suivre dans son bureau; tout chez lui m’impressionne…

Bourgois, une espèce de dandy en voie de disparition?
Pourquoi pas. Tout y est, l’habit, la gestuelle, mêlés à une immense culture et à une grande pudeur. Je lui demande de me parler de sa découverte de la lecture: il me parle de romans de jeunesse qui lui paraissent maintenant désuets, puis des Thibault, de Roger Martin du Gard en tant que suite de romans de formation. Même s’il n’aime pas ce terme, faisant écho à sa propre vie, il dérive vers son entrée à Sciences po’ (d’où il sort deuxième de promo, devant un certain Jacques Chirac qui fera parler de lui par la suite), de son service militaire au Maroc où il découvre une bibliothèque américaine, qui fera naître chez lui une passion pour la littérature du nouveau monde. Puis son entrée à l’ENA où il s’ennuie profondément, avant de dériver sur sa rencontre déterminante avec Julliard, éditeur de renom.

Je suis bluffé par sa mémoire.
Il me raconte avec une précision quasi mathématique les détails de cette entrevue où Julliard lui expliquera qu’il n’y a qu’une place intéressante dans sa maison d’édition, c’est la sienne et qu’il n’a aucune intension de la lui donner. Christian Bourgois s’arme alors de patience et ronge son frein encore une moitié d’année à l’ENA avant de rejoindre Julliard dans sa maison d’édition. Avant de fonder la sienne à son tour.

On parle par la suite de Katia Granoff, une de ses très bonnes amies, la seule personne a avoir été publiée à compte d’auteur aux éditions Christian Bourgois, qui venait plus de l’univers de la peinture mais qui nourrissait tout de même, et c’est cela qui séduit Christian Bourgois, un vrai amour de la littérature. La discussion se perd et repart sur ce William Burrough qui a joué un rôle on ne plus important dans sa vie, aussi bien personnelle que dans celle d’éditeur. Bourgois me parle de l’organisation du colloque de Tanger avec Burroughs et Brion Gysin et se rappelle du concert mémorable de Patrick Eudeline et ses Garçons Sauvages (Wild Boys) m’explique que une tape sur l’épaule de Burroughs valait toute les déclarations d’amitiés du monde, il me le décrit comme quelqu’un de très intimidant et assez froid.

« Je n’aime pas les garçons et je ne me défonce pas »
L’univers de Christian Bourgois est bien loin de tout, et il l’avoue lui même, même de celui de l’écrivain beat. Il m’explique qu’ «un éditeur doit aller contre sa propre histoire, contre ses propres goûts et dégouts». C’est avec une perspicacité infinie qu’il se rend compte de l’importance de Burroughs dans la littérature mondiale contemporaine. Bourgois entretient des relations plus amicales avec Ginsberg dont il publie une grande partie de l’œuvre.

La suite de l’entretien se fond en un vertigineux name dropping. De Dashiell Hedayat (dont Christian Bourgois publie le premier texte being sous le nom de Melmoth), bien avant la devanture des ivresses, avec qui Bourgois passera une nuit blanche à ses cotés, à l’écouter lire le livre tibétain des morts.. L’éditeur parle d’Hedayat comme de quelqu’un de très, voire de trop, intelligent, et me dit qu’il regrette d’avoir refusé American Psycho après avoir publié les deux premiers romans de Bret Easton Ellis. Bourgois aurait aimé être l’éditeur de Jean Jacques Schuhl, qu’ «il considère comme le dernier des dandies». Un mot qu’il n’utilise pas a la légère.

Il me comte par la suite cette scène folle : lui allant au Gibus voir Patti Smith dont il deviendra l’éditeur par la suite ainsi que celui de Dylan et de Morrison. Excusez du peu.

Tout y passe, de la fatwa lancée contre lui pour cause de publication du livre de Salman Rushdie (Les versets sataniques) à Michel Bulteau et Mathieu Messagier. C’est en aventurier du verbe que Christian Bourgois pratique encore aujourd’hui son travail d’éditeur et c’est un peu attristé que je sors de cette visite en pensant au manque de reconnaissance des jeunes générations à l’égard de cette homme d’exception qu’est et reste Christian Bourgois.

http://www.christianbourgois-editeur.fr

1 Comment

  1. - Jean-Pierre Moya

    24 février 2009 at 20 h 26 min

    Une interview par Ouija-board ?

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