La papillote occupe une place, dans notre paysage littéraire, entre le Carambar et le Fortune Cookie. Tous combinent un truc qui se mange et un truc qui se lit, une blague pour les Carambars, une vague prédiction pour les gâteaux chinois et une belle et bonne citation pour les papillotes, une maxime qui donne à réfléchir aux quelques neurones qui ne nagent pas encore dans le Sauterne ou le Ruinart.

On trouve rarement des périodes proustienne dans les emballages de papillote. Il faut dire que la place est chère et que le format « petite phrase » est à privilégier. Au Japon nous aurions droit à des haïkus, comme nous sommes en France nous avons le plaisir de nous souvenir combien notre littérature compte d’aphoristes, de la Rochefoucault à Jean de la Fontaine, de Michel de Montaigne à Oscar Wilde, qui n’est pas français, mais qui a un grand succès dans les papillotes, notamment pour son fameux : « Je résiste à tout sauf à la tentation ». Oui, la papillote est peut-être l’un des derniers bastions de la Littérature en France, depuis que Frédéric Beigbeder a eu le prix Goncourt. On y trouve des auteurs très morts, lesquels ne posent pas de problèmes de droits d’auteur. Cela permet aux Français de se reconnecter avec l’enseignement classique, tel que le défendait Jacqueline de Romilly, qui n’est plus, hélas, mais qui nous aurait rappelé qu’Epicure, bien avant Wilde, a dit :  « Hâtons-nous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne ».

Mais l’emballage de papillote dépasse largement ce rôle d’Almanach que tiennent déjà nombre d’éphémérides. La papillote constitue surtout un puissant outil de composition Oulipienne. Car les citations lisibles ne sont jamais aussi intéressantes que les citations tronquées, et pour une phrase bien centrée, on en a deux autres, plus ou moins lisibles, plus ou moins claires. Les citations coupées se livrent à nous comme des énigmes, ainsi ce fragment lapidaire signé Fontaine :

« […] dit-on […] tu […] sûr […] pas ».

Mieux encore, il est toujours possible de rapprocher deux citations tronquées pour combiner ces demi-phrases et produire des citations inédites. Par exemple cette phrase de Barbey Bonaparte :

« La séduction se n’est pas d’ex de rire sentiments. Des idées faire soupçon. »

Ancien étudiant de David Foster Wallace, le jeune écrivain franco-américain Anton Pearce a publié ainsi l’un de ses premiers textes, Les tatouages du professeur Finck. Son texte, une courte nouvelle, a été découpé en fragments et introduit en 2004 dans la production de papillote d’un chocolatier. Puis Pearce a annoncé laconiquement la publication sur son blog. Quelques fans aussi cinglés que lui prétendent avoir reconstitué le texte complet, mais refusent de le rendre public par respect pour l’intention originelle de l’auteur. On trouve sur des forums quelques morceaux du texte, dont celui-ci :

« … peut-être la peur comme un insecte en sommeil dans la lampe au dessus du porche … »

2 commentaires

  1. J’ai pas bien compris si le Goncourt à Beigbeder était une boutade de William Burren, ou si c’était une information…Autant que nous nous moquons des vainqueurs des prix Goncourt & co, Beigebeder ne l’a pas encore eu.
    Et pour les nostalgiques d’Épicure vivant, on peut encore compter sur la présence et la littérature de Gabriel Matzneff (à exclure son dernier livre un recueil de mail ou une sorte de journal intime décousu, rafistolé, défragmenté 2.0).

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