21 mars 2026

Diagonale des Yeux : le jerk des cadavres

Deux figures de la scène dark des 2010’s s’unissent dans un torrent de freakness profondément arty, et c’est le meilleur truc que vous pourrez écouter aujourd’hui (et peut-être pour un bout de temps)

Si vous êtes là, à lire Gonzaï plutôt qu’à aller vivre votre vie en terrasse, il n’est pas impossible que vous soyez un ou une activiste des 10’s qui n’aurait pas tout à fait clos ses comptes avec les scènes souterraines de l’époque. 

Une période foisonnante et nihiliste qui avait fait émerger aux quatre coins du pays des romantiques sombres et désabusés, plutôt du genre à se décoquiller le cornet dans des loges glauques qu’à poser avec de l’eyeliner pour plaire à la gothosphère mondialisée.

Une sorte de poison cold vicié, edgy et profondément punk infusait une partie de la scène nationale, avec une rare concentration dans des pôles emblématiques et foutraques. Citons par exemple le grand Est et sa Triple Alliance fondatrice, son Syndicat des Scorpions ou Bruxelles et son pendant club, autour du gang Vastechoses et consorts – encore un coup des colons frouzes.

À Bordeaux, c’était en bonne partie le gang Simple Musique Experience qui sonnait la charge, alors qu’au fin fond de la Bretagne, le label Waving Hands faisait monter l’exigence d’un cran en matière de raretés minimal-synth, avec une précision maniaque.

Des labels essentiellement K7, certes, mais singuliers et jusqu’auboutistes, incarnés respectivement par deux artistes qui ont su s’élever et survivre à ce bouillon créatif : Panoptique et Eye.

Le premier a sorti pas mal de bangers seul ou au sein de ses groupes Violent Quand On Aime ou Succhiamo, sur des labels comme Antinote et Kess Kill. La seconde a offert à la musique gelée quelques-uns de ses plus beaux moments de grâce, sur ses premières tapes ou avec ses incroyables LP chez Knekelhuis.

Vous imaginez ainsi que l’annonce de la réunion, en 2026, de ces deux entités sous le nom de Diagonale des Yeux revêt une importance toute particulière pour les quelques un.e.s d’entre nous dont le coeur a battu si fort au rythme de ces sorties (volontairement) confidentielles.

Et il faut écouter le disque qui en résulte. 

Ce bien nommé « Madeleine » se nourrit avec un appétit rigolard des recoins les plus arty des 80’s, tous ces Elli & Jacno héroïnomanes dont Dark Entries, Born Bad et tant d’autres adorent secouer les cadavres erratiques à coups de rééditions précieuses.

Ce disque est évidemment hanté, malsain, dysfonctionnel voir dérangeant à toutes les entournures. Mais tout son interêt réside dans son aspect ludique, dans le fun pris par les deux comparses à jouer avec ces codes très précis, à pousser les potards de la freakness au maximum, jusqu’à se rapprocher de la folie dada-situ des Residents.

Les douze titres forment un tourbillon moite, une aventure boiteuse mais sublime, émaillée d’énormes hits, comme le terrassant Hills of Love, le bonbon BIPPesque Acolytes ou le boogie Change Your Heart. Plus que du revivalisme forceur, il y a quelque chose d’étonnant dans la légèreté avec laquelle le duo danse avec des fantômes sans s’en inquiéter.

Cet objet sonore, comme toute la lignée dont il descend, est destiné à devenir une sorte d’anecdote, une de ces précieuses étrangetés qui font tout le sel des bons bacs à disques.

Dans une époque désintoxiquée et opportuniste, ce genre de concentré de passion pure fait terriblement chaud au coeur – encore plus quand c’est pour aller prolonger ce sillon des grands disques (pas si) accidentels.

https://diagonaledesyeux.bandcamp.com/album/madeleine

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