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9 mai 2026

On a demandé à Ghinzu pourquoi il a fallu 17 ans pour sortir un nouveau disque

Avant la sortie de l’inespéré nouvel album W.O.W.A ce 29 mai, John Stargasm nous a répondu avec sa verve décomplexée. Direct, généreux, le souci du détail. Et quand on le pique un peu, il pique en retour.

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Dix-sept ans entre Mirror Mirror et W.O.W.A, avec entre-temps plusieurs annonces d’album qui n’ont jamais vu le jour. Est-ce que vous avez conscience d’avoir quelque peu maltraité vos fans ou c’est le genre de détail dont vous n’avez rien à foutre ?

John Stargasm : Je ne sais pas s’il y a eu des annonces d’albums. Moi, je n’en ai jamais annoncé. On en parlait. Ce sont les rumeurs qui ont fait leur travail. Nos fans, le public qui nous suit, on a un très, très grand respect pour eux. C’est en partie grâce à eux et pour eux qu’on a fait cet album. On a toujours essayé de leur donner des infos tangibles, qui nous concernaient vraiment, nous et notre musique. On n’a jamais voulu les embêter avec des trucs genre « regarde, j’ai caressé mon chat ce matin ». Tu dis qu’on pourrait maltraiter les fans, mais on ne leur a jamais servi de la merde. Ça, on ne le fera jamais. Et puis nos fans, c’est des durs. Ils ont tenu 178 ans. Ils ont la peau dure. Quand on est revenus, l’accueil a été chaleureux. Ça montre qu’on n’est pas anodins pour eux.

W.O.W.A a été construit à partir de 90 idées entièrement développées, réduites à 13 titres. Comment choisit-on ce qui reste ? Et les 77 morceaux sacrifiés, c’est mort ou ça ressort un jour ?

John Stargasm : On s’est engouffrés dans un processus où on n’avait pas spécialement envie de sortir un album. On composait, on jouait. Les morceaux évoluaient ou mouraient. Parmi toutes ces idées, il y a celles qui ont survécu, celles qui ont bien vieilli, celles qui nous ont parlé plus que d’autres, celles qui ont resurgi. Et puis tout d’un coup, tu trouves une espèce de ligne, tu aimes bien les paroles, alors le morceau vient. Puis on se dit : on couche l’album, on va le mixer. Il y a un moment, il faut dire stop, on cristallise et on passe à autre chose. Et d’ailleurs, sur ces 90 idées il y en a 10 sur l’album qui sont plus abouties. Et il y en a 3 qui sont des interludes, un clin d’œil à ces millions de téras, ces disques durs qui s’empilent. Des blagues presque privées, quoi.
Pour les 77 autres morceaux, je ne pense franchement pas qu’il y aura une suite. W.O.W.A, c’est ce chapitre-là. Si on fait un autre album, on part de zéro, zéro, zéro.

J’ai écouté W.O.W.A avec plaisir, il y a des morceaux qui tapent vraiment fort, taillés pour le live. Mais honnêtement, je n’ai pas retrouvé la magie de Blow, ce mélange foutraque, de feu, de pudeur et de sensibilité, qui foutait les poils. Comme si Ghinzu s’était assagi, avait mûri ? Après 17 ans, W.O.W.A avait une ambition précise, ou c’était juste l’envie de prouver que Ghinzu existait encore ?

John Stargasm : Non, pas du tout. Quand tu as un groupe, tu es ce que tu fais. On a déjà fait certains types d’albums. L’idée, c’était de faire un album qu’on n’avait pas encore fait. Travailler le format condensé, des choses qu’on avait l’habitude de faire en six minutes, en trois minutes. Et si tu écoutes les mélodies, il y a quelque chose de très emprunté à la pop des années 80, recontextualisé dans un rock alternatif des années 2000. C’est beau dans cet album d’avoir cette espèce de collage des deux qui cohabitent, et on ne remarque pas ça tout de suite.

La violence de Death Race… moi j’ai jamais fait un truc aussi violent.

Est-ce que le nouvel album est sage ? Je ne sais pas. Regarde : il y a un morceau qui s’appelle Death Race. Sur Blow, il y avait Until You Faint, sur Mirror Mirror, il y avait Kill The Surfer. Mais si tu écoutes les trois, la violence de Death Race… moi, j’ai jamais fait un truc aussi violent. C’est trop violent. C’est sale, c’est brutal… et ce n’était pas prémédité. Après, peut-être que si on avait servi plein de morceaux comme ça, tu aurais dit « waouh ». Tu as vu Blow sur scène ? Tu as du son, du volume, tout explose. Tu écoutes après sur platine, ce n’est pas la même chose. D’ailleurs, la caisse claire de Blow, quand je la réécoute aujourd’hui… on dirait du carton. J’ai envie de tout remixer !

Ces chansons racontent les choses que tu vas vivre dans ta vie : la première rencontre, la première grosse rupture, peut-être les enfants, peut-être le divorce, peut-être toi qui paniques. Tu ne peux pas faire cet album si tu n’es pas passé par là. On n’a plus 25 balais. On n’est pas des opportunistes, on ne revient pas pour revenir.

Vous avez travaillé avec Dave Sardy au studio Hillside Manor de Los Angeles, là où ont enregistré Oasis et les Rolling Stones. C’est le genre d’endroit qui intimide ou qui libère ? Et est-ce que Sardy vous a dit non sur des trucs ?

John Stargasm : Pour quelqu’un qui aime la musique et qui en fait depuis toujours, c’est quelque chose d’être dans des endroits comme ça. La piscine, la chambre de Marilyn Manson, blablabla… Quand tu es passionné de musique, c’est une histoire qui n’est pas neutre. Tu es là, tu ne peux pas faire semblant. Los Angeles en rajoute avec sa culture de la légende, mais quand tu y es, ça te porte. Et le studio lui-même, c’est un manoir où toutes les chambres sont connectées. N’importe où, tu veux brancher un micro, tu branches un micro. Des Farfisa, des orgues, des micros rares, toutes les pédales du monde, tous les amplis. Tu es dans ta zone. Ce qui a été excellent avec Dave Sardy, c’est que la musique prend beaucoup de facettes différentes. Ce fut très fluide. On partage le même background : lui vient de Brooklyn, il a côtoyé Beastie Boys, Rage Against the Machine. Ça a créé une complicité immédiate. Avec nos styles variés, soit tu tombes sur quelqu’un qui ouvre des portes, soit qui passe à côté. Là, c’était riche mais simple.
Dans les processus créatifs, il y a un truc avec l’ego qui est très particulier : si tu n’as pas raison, tu es rien du tout. Heureusement qu’on vient de Belgique. Nous, ça marche, ça marche… ça marche pas, on s’en fout. On en refait une.

Il y a un truc spécifique à la Belgique : tu es obligé d’avoir un succès à l’extérieur pour être crédible chez toi.

Vous citez Gerhard Richter et Francis Bacon comme influences pour W.O.W.A. Comment la peinture s’infiltre concrètement dans votre musique ? Est-ce une question de couleur, de texture, de violence ?

John Stargasm : Ma maman était agente d’artistes contemporains, j’ai baigné là-dedans. C’est plutôt l’approche à l’abstrait qui m’a parlé. Richter, par exemple, c’est quelqu’un d’assez généreux, tu as l’impression qu’il partage une étude. Pas l’aboutissement de l’étude, l’étude elle-même. C’est un explorateur, quelqu’un qui est au travail, qui creuse, qui expérimente. Et ça résonne avec notre processus, on gratouille, on teste, on laisse vivre. Nos compositions vivent à travers différents moments : une écriture intime dans une pièce, un studio, un live, un retour en studio, un patchwork. C’est une espèce d’errance. Le parallèle avec Richter, c’est ça : il y a de la recherche. Et cette recherche est partagée.

Vos prochaines dates parisiennes : Élysée Montmartre complet, Olympia complet. La France vous a toujours aimés plus que la Belgique ne vous a compris. Comment vous expliquez ce paradoxe ? Est-ce que ça vous agace ou ça vous amuse ?

John Stargasm : C’est faux… la Belgique nous a toujours plus aimés ! Et non, ce n’est pas un concours. Je pense que les albums qui ont été faits ont probablement touché des gens, en Belgique comme en France. Et quelque chose reste. Je n’ai pas d’explication autre que ça.
Mais il y a aussi un truc spécifique à la Belgique : tu es obligé d’avoir un succès à l’extérieur pour être crédible chez toi. Cette mécanique-là existe moins en France. On est un tout petit pays. Donc en gros, tu es obligé d’aller chercher une reconnaissance à l’extérieur pour exister là. Et en plus, on n’est pas gâtés comme vous avec Napoléon qui construit des beaux bâtiments partout. On n’a pas cette culture de l’excellence. On est un district, une très jeune nation. On prend un peu à l’extérieur pour exister.

W.O.W.A signifie : When Other Worlds Await. Après 17 ans, quel autre monde attend Ghinzu ?

John Stargasm : C’est ça ce titre, c’est pour rappeler que l’on peut traverser des moments plus difficiles, plus moroses, mais qu’il y a beaucoup d’autres belles choses. Que la musique, c’est un monde en soi, et qu’il y a beaucoup d’horizons encore à explorer. L’autre monde qui nous attend, c’est d’espérer un bon accueil de l’album. Et de continuer à faire ce qu’on fait, comme on le fait. On a de la chance de le faire de manière très spontanée, très libre. L’autre monde c’est de continuer à écrire notre histoire et à rencontrer de belles personnes.

W.O.W.A sort le 29 mai 2026 via [PIAS].

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