Atterrir dans une rédaction, c’est toujours un peu la roulette russe. Et qui plus est en postulant chez Gonzaï. Petite histoire d’un petit stage dans une petite rédaction.

Merde, j’ai pas de stage”. Lundi, 9h30. C’est mon premier jour et c’est la première phrase qui me vient à l’esprit. Ça fait déjà quelques jours que je harcèle ce qui est censé être mon tuteur de stage (Bester) pour récupérer ma convention de stage. Tel, mail, SMS: aucune réponse. Je décide donc de me présenter devant la rédaction le jour même. Mauvaise idée. J’arrive là, bras ballants devant une espèce de devanture de magasin presque abandonné. Pas de fenêtres, pas de lumière. Aucune sonnette, je tambourine à la porte. Pas de réponse. Nul besoin de préciser que le répondeur de Bester n’est guère plus rassurant. Après avoir attiré des regards presque inquiets des passants, je décide donc de voir du côté des voisins. “ Bonjour savez-vous à quelle heure ouvre la rédaction de Gonzaï ? ” Cette phrase, je la répète deux fois. Deux fois où je me demande si ces personnes sont des connaissances de l’équipe. Vu leur sourire, j’en déduis que oui. “ Oula c’est pas très régulier… ”. Finalement c’est rassurant, je vais peut être avoir mon stage, je suis juste trop matinale. Une petite brune ouvre, mine de de rien, le local, je lui fais une timide tapette sur l’épaule (oui c’est gênant), elle se retourne et me demande si je suis bien Olympia. Ouf, c’est bon elle connait même mon prénom, j’ai un stage  ! Ceci dit elle a l’air un peu débordée. Elle regarde vite fait son portable et me propose de ressortir avec elle. Juste le temps d’entrevoir la rédaction. Deux secondes passent et hop un sms : “ Salut Olympia, désolé j’étais dans le train, rendez-vous 11h30 à la rédac. ”  

“ Tu vas encore la faire pleurer ”

Bref, deux heures plus tard, alleluia. Je rencontre enfin mon maître de stage et la rédaction (pour de vrai cette fois-ci). Karine est de retour et il y a aussi Jérôme qui semble être maquettiste pour totalement autre chose. Je regarde autour de moi, puis Bester me dit de prendre le bureau d’un autre membre (un certain Bob le Flambeur) qui en soit est un peu le même pour toute la rédaction. C’est agréable, ça fait un peu tous ensemble sur le même bateau ou dans la même merde, à voir. En même temps il faut dire que la rédaction ne fait qu’une seule pièce. Même avec des murs défraîchis et une lumière artificielle, l’affiche de David Hasselhoff, le mixeur rempli de cassettes et les visières oranges fluos rendent l’espace sympathique. Sans aucune aération, tous deux allument leur clope. Au début ça peut faire un peu cavernier, mais avec la musique et le nuage de fumée on se croirait presque dans Good Morning England.

Qu’est ce que tu aimes chez Gonzaï ? ” Ok donc je m’y attendais à celle là, mais je n’étais pas très sereine pour autant. Même si je pensais bien avoir formulé dans mon mail que je n’étais pas une pro de l’actu musicale, il allait falloir le dire très clairement. “ Honnêtement, je ne m’y connais pas vraiment en musique, moi c’est plus votre écriture et les sujets pop culture qui m’ont attirée. ” Mes muscles se détendent un à un, c’est bon je l’ai dit. “Ah oui ça j’ai remarqué, y’a pas de souci, par contre le théâtre, n’y pense même pas. ” Yes, bon effectivement le côté art du spectacle je me doutais bien que ce n’était pas très Gonzaï mais je respire à nouveau. Leurs quatre petits yeux continuent à me fixer. Bester prend la parole : “ moi je veux des personnes force de proposition, qui me rembarrent s’il le faut et pas de politesse. ” La sueur remonte petit à petit le long de mon corps. Et merde je suis tout sauf ça. Bon ok.

BON ALORS ILS ARRIVENT CES SUJETS ?!

Le jour même je cherche des sujets. Mes mains tremblent à chaque doigt posé sur le clavier du chef. Des milliers de questions tournent en rond dans ma tête. C’est quoi les deadlines, on fait combien d’articles en général, c’est pour le web ou pour le mag, je peux aller sur le terrain ou pas, plutôt de l’actu ? Mais rien ne sort de ma bouche. Bam ! En sursaut, je sors de mes pensées, Bester me regarde fixement, le poing encore sur la table, “BON ALORS ILS ARRIVENT CES SUJETS ?! ”. Ma bouche s’entrouvre et je comprends que cette fois, il rigole. Sa voix change d’un coup, calmement, il en profite pour me préciser ce qu’il attend d’un stagiaire : “ je préfère vraiment que tu proposes des choses, je déteste avoir un stagiaire où je fais tout le travail de recherche, de toute façon il y en a plein qui ne vont pas me plaire mais ce n’est pas grave, au moins tu auras proposé.

Bah arrête tu vas encore la faire pleurer comme les autres stagiaires !” rajoute Karine. Ni une ni deux, mon cerveau se retourne : “Ça te dit un sujet sur les chansons qu’on pense féministes mais qui sont écrites par des hommes ? ”. “Oui c’est bien ça, voilààààà”. Inutile de dire que l’ascenseur émotionnel de cette journée va exploser. Finalement, tout va bien, je termine en un seul morceau. Plus que 29 jours.

Image associéeDix jours plus tard, j’ai appris à connaître la rédaction. Bob le Flambeur est rarement là. Quand il arrive avec son vélo en prenant la moitié de la rédac, je lui laisse son bureau et retrouve l’air de rien mon meilleur ami ici : un magnifique canapé. Puis, Bob parle, il parle beaucoup. Il est à la fois très intéressant et très drôle, mais aussi dans son monde. Sur le bureau de gauche, il y a toujours Karine. Quand elle ne court pas à droite à gauche, c’est elle qui gère la maison, les papiers, les montages; enfin bref elle et ses petits yeux moqueurs sont toujours là (surtout quand il faut renvoyer des petits pics au grand mec face à elle). Bien sûr, à droite se trouve Bester et son fidèle bonnet. Présent trois jours sur cinq, je compte rarement sur lui pour les clés. En revanche, il est disponible h24 sur messenger. Cet homme ne dort jamais. Mais, de l’autre côté de la salle se trouve aussi Robin. Stagiaire il y a encore un an, il a tout juste dépassé l’âge du club des 27 cette année. Pourtant, il continue encore à tenter la mort avec ses titres, comme moi apparemment… C’est peut être un truc de génération, je ne sais pas.

Toujours sans convention

Chacun dans leur monde, ils m’apprennent le fonctionnement de Gonzaï à leur manière. Robin m’apprend à faire le café, Karine à poster des lettres, Bob à ne pas trop gueuler sur les autres et Bester à ne pas tout prendre au premier degré. Bon en vrai, j’ai vraiment une liberté de ouf, et c’est vraiment cool. J’ai aussi pu les rejoindre à une soirée Gonzaï. Première partie, je ne les aperçois pas, j’en profite alors pour prendre un verre gratos d’une célèbre marque de whisky. Le concert est plutôt pas mal. Deuxième partie,  ça commence un peu moins bien. J’entends des hurlements du fond de la salle. Une paille au fond de la bouche, Karine sirote un cocktail, Bob discute tranquillement et Bester gueule encore. C’est à ce moment là qu’on peut se dire que c’est une drôle d’équipe. Le mec continue de saccager son propre concert quand Karine me fait un signe pour reprendre un ou plusieurs verres “offerts par la maison”.

Résultat de recherche d'images pour "stagiaire"Le lendemain, c’est reparti. Je reprends mes articles, j’appelle mes sources. Et finalement, c’est souvent la même réflexion des deux côtés. Moi qui stresse d’écrire un peu en mode brut de décoffrage et les sources qui me font souvent cette même remarque : “ah oui, vous dites ce que vous pensez quoi, hein”. J’essaye de me concentrer malgré les batailles de câbles pour savoir qui mettra sa musique préférée sur l’enceinte. La rédac reprend son calme. Je fais quelques signes et puis… L’homme au bonnet reçoit la couverture du nouveau mag. Bob et Karine s’enflamment, Robin fait la vaisselle, Bester insulte Karine, Karine insulte Bester, Bob s’en mêle, Robin intervient, Karine insulte Bob, puis….

Enfin bref, je les connais tous un peu mieux, j’ai des articles publiés et je travaille encore et toujours sur mes titres et mes chapeaux. En fait, c’était une putain d’expérience. Même sans convention (et oui encore), à l’heure où j’écris ces mots, je n’ai toujours pas pleuré.

3 commentaires

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