Lorsque l’on fait de chaque écoute d’un disque nouveau une quête esthétique sans cesse renouvelée, qu’attendre de plus du garage qu’un convoi d’hymnes éternels pour adolescents motorisés ? Nombreux sont les groupes à vouloir outrepasser la formule hormonale séculaire, à tenter de sortir du circuit en side-car. Thee Oh Sees est l’un d’entre eux et Castlemania, leur dernier album, prend la forme d’un nouvel aveu de faiblesse.

Aussi vrai qu’en banlieue pavillonnaire, les grands bêtas qui troublent le repos des braves avec les jérémiades insolentes de leurs sèche-cheveux 125 cm3 ne sont plus guère intéressés par les guitares et les polos entièrement boutonnés, Thee Oh Sees m’a toujours grosso merdo ennuyé. Rien n’y fait : le parcours du leader John Dwyer, des pétards refourgués aux joints de culasse ; les influences suprême double-cheese revendiquées ; les innombrables changements de nom, de line-up et de coupes de cheveux ; les huit albums par rotation de la Terre ; et surtout pas les longues digressions héroïques pour traîner dans le kraut les accords en barré les plus primaux. Allez, encore un peu d’acharnement, dans deux ans c’est le biopic culte avant même la post-prod’ et dans un siècle c’est la grande réputation assurée : au tournant du 21e siècle sévissait un groupe qu’on surnommait « le Spinal Tap des mal coiffés », si tu veux leur discographie je te l’envoie par clin d’œil en Bluetooth.

« Oui mais en live ! » m’ont rétorqué bon nombre de puristes avisés, de sages mages absolument dignes de foi. Là encore c’est la panne sèche, je n’ai que le vague souvenir d’émerger dans le parc de la Villette un long dimanche de gueule de bois il y a tout juste un an, et de n’accorder qu’une oreille désabusée aux coassements des californiens qui portent la guitare en mitraillette mais l’excitation loin de la braguette. Certes, sur la grande scène plein air de la Villette Sonique, leur agressivité sympathique ne pouvait prendre que peu de sens, tant l’efficacité du garage tient beaucoup dans le capitonnage de la pièce. Reste que tout cela me paraissait aussi lointain que le choc pétrolier et la sortie des Nuggets, aussi captivant que le cours des matières premières et la composition nutritionnelle d’un KFC.

Du coup, je n’étais pas vraiment sur mes gardes au moment d’écouter Castlemania, je pensais ma ceinture de sécurité mentale trop bien attachée à mes jugements définitifs pour craquer au moindre cahot sur la route. Deux chansons sans caler et c’est l’assoupissement…

En fait, à la troisième piste on tutoie le danger du cuir qui dérape sur le goudron. Comme ça, sans prévenir. Trois notes d’orgue cristallin et ton Lambretta à la peinture usée se transforme en Stinking Cloud, comme le nom de ce bijou de sortie de route. Tu voles au dessus des passages cloutés et dans tes cinq rétros il n’y a qu’ennui et léthargie. Si t’entends la flûte, tu peux arborer fièrement tes shades qui brillent au soleil. Tant que t’y es, invite ta voisine de classe à l’arrière, au moins elle risque pas de rayer la carrosserie de ton nuage électrique avec son appareil dentaire. Profite du vent dans tes mèches, demain il fera froid et tu te seras coiffé les tifs pour que rien ne dépasse du casque de chantier. Aucune chance d’oublier qu’on n’a rien à fuir, pas plus à célébrer, la pop pour teenagers n’a jamais eu d’autre vocation que de servir de bande-son à des films où il ne se passe rien. Qu’est-ce qu’on fait ce soir, on s’explose le casque avec l’herbe folle de JB, parait qu’elle est coupée au romarin ? Dans son sous-sol comme tous les week-ends, c’est pas super cosy mais c’est chez nous.

Quoi que je puisse dire, Thee Oh Sees aura réussi avec Stinking Cloud ce coup de force majeur d’inscrire son nom au palmarès pourtant bien fourni des immortelles symphonies motorisées. Sinon, le reste de l’album est plutôt chiant.

Thee Oh Sees // Castlemania // In The Red Records
http://www.myspace.com/ohsees

7 commentaires

  1. C’était pas le nom d’un jeu sur NES, Castlemania? J’y ai usé pas mal de soirées, en pyjama. Bref, rien à voir avec le papier, désolé.

  2. je te trouve très dur avec ce groupe qui pour moi a justement les qualités mélodiques que beaucoup de garageux n’ont pas.
    par contre c,est vrai que le dernier ne donne pas vraiment envie de taillader ses enceintes au cutter

  3. Castelvania, c’est le nom du jeu.
    Thee Oh Sees, c’est de le nom d’un des tout meilleurs groupes de garage ayant jamais foulé cette terre et dont le chef-d’oeuvre restera à jamais le magnifique « The Master’s Bedroom »

  4. Je ne comprends pas l’agressivité de ce papier et en second plan ton insensibilité envers les Oh Sees mais ça je ne peux pas y faire grand chose. Je trouve qu’il y a de tout dans les Oh Sees. Une énergie garage très spontanée et très crue, une construction des morceaux assez circulaire, parfois autour d’un seul riff, qui rends le tout très envoutant (ce qui justifie qu’ils soient souvent labellisés « garage spyche »),leur capacité à rendre le tout super entrainant sans jamais se rapprocher dangereusement du tube facile. Enfin je sais pas, j’admire vachement leur façon de créer un morceau complexe avec des outils très basiques. Le dernier album? J’ai pas écouté.

  5. Ahah moi qui m’attendais à un article flatteur à la con en lisant le titre, je suis rassuré. Après écoute de quelques morceaux j’attendais vraiment de voir ce groupe. Je l’ai vu, c’est de la merde(même si on était très peu nombreux dans la salle à le penser visiblement). Gros gros décalage entre disque et live. Pop Garage pour enfants? Ou pour minettes. Et puis le coté « psyché »… merde casbah, où? OU?

  6. Désolé pour le retard.
    Mais ce groupe mérite effectivement mieux que ça. Les panoramas inutiles (« les longues digressions héroïques pour traîner dans le kraut les accords en barré les plus prim[aires] », seul argument conséquent), et une critique qui traite 1 piste sur les 16 que comptent l’album, c’est assez triste. Et un peu malhonnête : tant de débauche sur la forme pour presque rien… Faites vos papiers en forme d’exercices de style sur les Sonics, Roxy Music, un groupe de vieux, on s’en fout, et puis c’est éventuellement jovial, mais là c’est pas juste.

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