J'ai honte. L'autre jour j'ai pris un ex-red chef en flag de journalisme centre mou.

J’ai honte. L’autre jour j’ai pris un ex-red chef en flag de journalisme centre mou. Il a vendu sa plume pour une bio d’album : le hard centre mou du Ignorance and Bliss des Elderberries.

Ce n’est pas que j’ai toujours eu ce type en admiration. Il a dirigé le rock mag minable que j’épinglais la semaine dernière dans mon interview des Stuck. Ce n’est pas que ce genre de dérapages soit extraordinaire. Au contraire, ça arrive tout le temps, c’est justement ça le problème. Alors, à un moment, moi je craque.

En plus, le con, il a signé de son nom. Genre je suis fier de ma prose, je l’assume car je subvertis le truc de avec mon style et ma sincérité de tractopelle. Genre je suis vraiment conquis par le skeud, I speak the truth, kids. Rock’n’roll ! Belle affaire. On sait bien qu’il est là pour prendre l’argent de la maison de disques parce qu’il crève la dalle à écrire dans la presse rock. On sait bien qu’il simule. Les mots parlent d’eux-mêmes : « Je pourrais vous dire que Bon Scott, de là-haut, a adoré, que James Hetfield est fan, que si Robert Plant a refusé la tournée de reformation, c’est qu’il ne se sentait plus dans le coup après avoir écouté le disque (…) que PPDA a été viré parce qu’il a refusé de parler de leur nouvel album et qu’Obama a été élu sur la promesse de remplacer l’hymne américain par « Lost My Way »… »

Non ne dis pas. STOP. Tais-toi. J’ai honte quand je lis ça. HONTE. On ne peut pas ressentir ça. On peut écrire à la truelle, ok, mais pas ressentir de la sorte. Là c’est le fric qui parle, l’appât du gain, pas le cœur. Dans le milieu beaucoup de « critiques rock » écrivent comme ça. Et ne croyez pas que ce soit seulement ceux de la presse papier. La payante. L’officielle. Au contraire, beaucoup de blogueurs miment cette logorrhée débile car ils espèrent faire parler d’eux en parlant superlativement de groupes branchés. C’est à ça qui, par-dessus tout, définit le « milieu » : une même pulsion de formatage partagée par une population.

Milieu = moyen = médiocre.

Alors voilà quitte à nager dans un monde sans talent ni (bio) éthique, ce que chacun sait, soyons fous, décomplexés, signons de notre nom tout plein de publi rédac déguisés en coup de cœur de la rédaction. Levons tout tabou. De toute façon, c’est bien connu : un attaché de presse = un journaliste = un artiste. La même passion nous unie. Mes fesses.

Je n’aurais rien trouvé à redire si texte et musique avaient été bons. Ce n’est pas le cas. Car il n’y a pas de secrets, l’album est lui aussi mauvais. Au-delà du sympathique single « It’s Doesn’t Really Matter » s’étend un immense no man’s land sonore bâtit sur l’amour du rock dur passé à la moulinette FM. Et ça la fout mal d’avoir un son qui ne parle pas aux tripes quand on se revendique des Stooges, d’AC/DC, de Led Zep.

En sus, on ne peut pas dire que les mecs n’aient pas voulu ce so(i)n. La production de Steve Orchard, esthéticienne de U2, Travis et Coldplay, est l’argument de vente du disque. Une hérésie au hard que la bio contourne par le soi-disant « esprit de contradiction » du groupe. En gros les mecs auraient voulu combiner épilation et sueur, une alchimie par définition impossible, mais comme me le rappelait un ami, n’est-ce pas l’essence du marketing que d’essayer de nous faire gober ce genre de message à doubles promesses contradictoires ? De nous faire croire que, par exemple, « Ensemble tout est possible » (alors que non, la liberté d’autrui supposant la restriction de la mienne). Bref, tout ça pour dire qu’une musique ne peut pas avoir du caractère ET plaire à tout le monde.

C’est là que les Elder pèchent face aux Stuck. Autant, citant les 90’s, la bande de José Reis Fontano peut se permettre de sonner « doudou », autant, citant les 70’s, celle de Chris Boulton se doit de sonner « 100 % purs poils ».

Les Stuck peuvent donc parader avec leur gimmick (shelter) de la capuche sur la tête et affiché en une fan fixant ses pompes sur la couve de leur Shoegazing Kids, pas de problème, ça colle au genre musical qu’ils ont choisis. Mais quand les Elder paradent avec leur moustache, il y a quelque chose qui ne colle pas. Parce que leur moustache ce n’est pas des poils, c’est de l’épilation. Parce que leur hard ce n’est plus de l’amat mais de la grosse production. Foufounes garanties en tickets de métro. Et, magie du lapsus marketing, tout cela révèle d’ailleurs sa vraie nature (postiche) dans la couve d’Ignorance and Bliss. On est loin de la flamboyante pochette de Nothing Ventured Nothing Gained. Et tout est dit de leur musique dans cette Barbie siglée d’une micro moustache : Ignorance and Bliss c’est du hard Fm(iné). Castré.

Alors on me dira qu’à l’heure où le disque n’est plus qu’une carte de visite pour faire de la scène c’est normal que leur disque soit lisse (c’est du papier) et que tout ça prend sa vraie dimension live. Et c’est vrai que les mecs bétonnent sur scène. Je les ai vu en 2006 aux découvertes de Bourges et ça pétait sévère. De même que sur leur EP et leur premier album. Mais voilà, du temps a passé. Tout s’est tassé. Même le chanteur ne crie plus comme Axl Rose et Bon Scott pour pouvoir s’intercaler entre Foo Fighters et Tryo. Or on n’est pas rock à moitié. On est rock ou on ne l’est pas. Obéir au credo du « je suis sage sur disque mais je me lâche sur scène » c’est se mettre ni plus ni moins au niveau de la variété française d’une Olivia Ruiz. Penser Codevi. Baisser son froc pour réussir. 

Savant calcul : là où leur rock serait commun en Angleterre ou aux States les mecs (deux anglais, un canadien, un français) savent que chez nous il peut se prévaloir d’une petite plus value, alors ils ferment leurs gueules et respectent nos canons. Tout cela donne une étrange résonnance au titre de leur premier album (qui ne risque rien n’a rien). Bref, avec des albums de la trempe d’Ignorance and Bliss, les vieux rockers peuvent dormir tranquille.

http://www.myspace.com/theelderberries


21 commentaires

  1. Ouais Vernon, je vois ce que tu veux dire.
    Pour moi c’est clair que celui qui n’a pas de nom s’est assis sur son amour du rock en échange de la monnaie , sauf que
    1) le mec m’a contacté et il dit vraiment aimé le groupe
    2) il me dit qu’il a seulement été payé 200 euros
    C’est étrange d’aimer ce groupe et d’être payé si peu pour une prose si chiqué chiqué
    Reste que oui, tout cela m’a fait honte et ça m’a fait du bien de le dire.

  2. D’ailleurs, pour rebondir sur ce que dit Ooh-oOH-Man, ce genre de clips ça vous rappelle pas certains clips des 80’s ? Genre ceux de George Michael ou ZZ Top où il y avait souvent des top models à gambettes de 4m50 ?

  3. Oui, Tom Select, tu ne pourrais pas dire ça puisque mon texte, m’a dit l’homme incriminé, n’est que de « la branlette de blogueur aigri ».

  4. Rage Against The (rock critic) Machine, monsieur Fesson, dis donc. Sinon, jamais j’aurais cru qu’on pouvait payer un journaliste pour écrire sur des artistes… Oui, je suis naïve, et ça m’a choquée quand j’ai découvert que les Inrocks n’étaient pas forcément supra honnêtes (litote) avec leur couverture.
    Et tu as raison de pousser un coup de gueule, même s’il ne doit en rester qu’un droit dans ses bottes, autant être celui-là.
    Quant à la loghorrée débile des blogueurs, là, no comment…

  5. Eh bien je me trouve devant un communiqué de presse tout aussi navrant, dans le plus pur style répugnant de flagornerie, et entre autres inepties du même acabit, je lis:

    « Tel un chanteur de gospel soul dans une église désertée par les fidèles, Piers Faccini tutoie les cieux avec sa voix d’ange fasciné par le blues world africain, la folk music ancestrale et la pop non repliée sur elle même. »

    Ou encore :
    « D’autres, au contraire, préfèrent creuser patiemment le même sillon, pour mieux l’approfondir et l’élargir ; et c’est ainsi, en retournant patiemment leur lopin, qu’ils réussissent à retrouver la fraîcheur du commencement, la pureté virginale du geste créateur. Tel est Piers Faccini, semeur de beautés, dont chaque moisson de chansons tranche naturellement avec le tout-venant du songwriting. Ses deux premiers albums, Leave No Trace (2004) et Tearing Sky (2006), avaient révélé un musicien cultivant un jardin éminemment personnel, à l’abri des vents tournants de la mode et à bonne distance des productions standardisées du folk, du blues ou du rock. Aujourd’hui, Two Grains of Sand apporte cette évidence : Piers Faccini vit seul sur une terre que, par la grâce de l’expérience, il a su rendre encore plus féconde, plus généreuse. »

    Je ris jaune.

  6. Oui, Bergamote, je me le suis aussi tapé le communiqué de presse de Faccini ! Et l’album est d’un tel ennui, d’une telle mollesse… Vraiment pousse au crime.

  7. Mais agissons, liguons-nous ! Seulement qui pend-on ? Les attachés de presse, les labels qui nous sortent 3000 daubes bien putréfiées à la minute ou les auteurs de ces daubes eux-mêmes ?

  8. Euh, j’ai comme l’impression qu’on s’éloigne du sujet, là : une bio, un dossier de presse, c’est fait pour vendre, hein, louer les (supposées) qualités de l’artiste. On le sait, c’est donc de bonne guerre : le label va pas te dire que sa nouvelle sortie est une bouze. Le soucis, c’était le fameux journaleux qui, selon sylvain, a baissé son froc. Mais ce dernier a l’air de dire qu’il a vraiment aimé le groupe. la conclusion qui s’impose ? On a le droit d’avoir des goûts de merde, voilà tout.
    Conclusion bis : que les musiciens claquent des albums qui déchirent et le problème sera DEFINITIVEMENT réglé. On a le droit de rêver, hein…

    Conclusion ter : pas franchement bouleversé par le dernier Faccini, et je dois reconnaître que ça me fait un peu chier : les deux premiers contenaient des perles de beauté. Tout ça n’est pas gagné.

  9. Certes un communiqué de presse, c’est forcément laudatif, mais quand même, de là à aller écrire :
    « Tel un chanteur de gospel soul dans une église désertée par les fidèles, Piers Faccini tutoie les cieux avec sa voix d’ange fasciné par le blues world africain, la folk music ancestrale et la pop non repliée sur elle même. »

    Quand j’ai lu ça, j’ai repensé à cet article avec un soupir de désespoir. Enfin quoi, qui peut pondre des trucs pareils ?
    Alors ça ne fait certes pas avancer le débat sur la prostitution intellectuelle à laquelle s’adonnent certains scribouillards, mais j’avais vraiment envie de crier ma révolte.

    Sinon, je n’ai pas entendu les précédents Faccini, mais pour ce qui est du dernier… Pouah ! Donc si ce brave homme a un jour fait de la bonne musique, eh bien, toutes mes condoléances.

  10. Vu en concert dans petite salle de 10 personnes , c’était juste énorme, grosse surprise totalement inattendue du vrai rock n roll des familles , album acheté le sur-lendemain dés sa sortie !!

    La gueule ou le style qu’ils ont ça me fait bien rigoler de s’en servir pour les critiquer. Vous voulez qu’on refasse toutes les tronches de l’histoire du rock pour rigoler un peu ? depuis quand on fait défilé de mode dans le rock n roll ? . L’album est hard FM ? Tant mieux j’écouterai un peu de HARD FM dans ce cas, vu que je n’allume jamais la radio ça ne peut pas me faire tant de mal que ça.
    Ca sonne vintage, ça ne se prend pas la tête, ça sent l’ampli ronflant dégueulasse.
    C’est lisse c’est propre, c’est sans faute, certes et alors ? Au moins je ne m’ennuie pas plus de 5 minutes avec un CD comme ça.

    En tout cas ce CD ne sort pas de mon auto-radio, et m’accompagne tous les matins pour aller bosser depuis une bonne semaine celui-ci fait bien son office puisqu’il me fait chantonner et me fout de bonne humeur.
    Ha et n’arrêter surtout pas la branlette littero-intellectuelle pour critiquer ou vous pourriez commencer à aimer ce genre de CD et tomber dans la masse d’idiots se contentant de « peu » pour être satisfait, quelle honte cela serait ..

    Petit rappel, la musique ça ne se lit ou commente pas, ça se vit.

    Superbe surprise que cet album totalement inattendu pour ma part !

  11. Oxyaxion, si tu savais le nombre de chansons FM et sans prétention intello-littéraire que je peux aimer… Et puis bon je fais pas du délit de faciès avec les Elder, je critique l’image et le look qu’ils se construisent ou se contorsionnent à construire pour respecter les canons du circuit mainstream tout essayant de rester ancré hard… Après je ne les ai pas vu récemment en concert et sans doute qu’ils assurent encore sur scène, tant mieux. Et tant mieux que des gens comme toi (ou différent de toi) aiment leur disque. Il faut de tout pour faire un monde, même si à mes heures perdues je me surprends à le regretter (et parfois non, du tout). Allez bonne écoute hard FM dans ta caisse et n’oublie pas quand même de lire quelques livres à l’occase. Tu verras yen a qui sont pas si chiants.

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