Il pleut des disques, c’est l’printemps. Plutôt que de s’étonner une fois de plus de l’incompréhensible paradoxe d’une industrie toujours plus grimaçante qui continue malgré tout à faire la promotion d’une armée de Mexicains plus ou moins talentueux, un passage en revue des troupes peut s’avérer marrant. Ils gratouillent des guitares, chatouillent des violons, jouent du piano debout et du synthé avec les pieds, ou sifflotent des mélodies de grange à foin et ne deviendront sûrement jamais Coldplay. Il n’empêche, eux aussi font le printemps. Et sonnent le retour du telex review.

Pink Holy Days,  « Twenty Eight Minutes ». Insondable monde musicalowebien : la page d’accueil du groupe se résume à un clip. Bon ben reste le disque alors : Ministry qui lorgnerait sur le dancefloor, tels les punks du siècle dernier ayant adopté un chien pour aller se fourrer leurs oreilles percées dans des enceintes vomissant des kilowatts de teck, avant d’aller souffler un peu et d’en profiter pour donner à manger à kiki, qui attend comme un con, un foulard autour du cou. En clair, Pink Holy Days, ça tabasse. Et plutôt pas mal. Idéal pour head banger en teuf. Très important : ne pas oublier de demander aux dealers s’ils ont du Tranxen, sous peine de kicker kiki pour passer ses nerfs. Plaira aux vieux métalleux et aux jeunes idiots nés avec une casquette de travers et des lunettes de soleil en toute circonstance. Disons-le clairement : Pink Holy Days réussit là où Justice n’a jamais osé aventurer ses Converse et ses blousons en cuir. Raison de plus pour que ça ne marche jamais.

http://www.pinkholydays.com/ 

Blood Red Shoes, « In Time To The Voices ».  Ahhhh, Blood Red Shoes… Guilty pleasure régressif de votre serviteur, cette doublette de rosbeefs, Madame à la guitare, Monsieur à la batterie, n’invente absolument rien, comme dit ici à propos de leur premier album. Il n’empêche : Steven Ansell est un putain de batteur, Mary-Jane Carter a bien retenu la leçon de Cobain – trois accords en barré, de la mélodie et la pédale de disto enclenchée à chaque chorus – et en avant Guingamp ! Moins bien que Smashing Pumpkins, mieux que Garbage, ce duo so nineties accouche ici de quelques tubes kick-ass qui refont pousser les cheveux. Rien à foutre de la pluie de cailloux qui m’attend, j’ai déjà résisté à la mort d’une idole auto-flinguée au fusil de chasse. Le secret pour que ça passe ? Ouvrir ses oreilles en grand. Et dans les temps faibles, se concentrer sur la batterie et la voix de Steven Ansell. Comment ça « vu comme ça, la gonzesse ne sert à rien » ? Il n’échappera pas aux plus misogynes que Mary-Jane Carter est très jolie.

http://www.bloodredshoes.co.uk/ 

Prinzhorn Dance School, « Clay Class ».  Si y a un titre, je l’ai pas trouvé. Comme Blood Red Shoes, les Prinzhorn Dance School sont deux, viennent de Brigthon, respectent la parité et utilisent des guitares et une batterie (entre autres). Sauf que Tobin « Prinz » et Suzi « Horn » sont frère et sœur. Ce dont on se contrefout, on est bien d’accord. Ce qui est plus intéressant, en revanche, c’est leurs étranges popsongs tricotées en syncope, un œil sur la rigueur du math rock mais sans la distorsion chiante, et l’autre sur le dancefloor, structures répétitives obligent. Rajoutez deux accents cockney à couper au couteau, un vrai sens de la mélodie et une comparaison méritée à un groupe que je vous mets au défi de connaître – Billy Mahonie – et vous obtenez un six titres plus audible que toute la discographie d’Arcade Fire. Si j’osais, je dirais que c’est mon coup de cœur du mois de mars, même si c’est un peu chiant sur la fin. Oui, même avec seulement six morceaux. Écoutez direct Seed Crop Harvest, ça ira plus vite.

http://www.prinzhorn-dance-school.com/ 

Andrew Bird, « Break It Yourself ».  Rappel des épisodes précédents : depuis quatorze ans, un petit gars de Chicago bourré de talent envoie les violons et siffle des mélodies belles à pleurer. Plutôt indie à ses débuts, il se bankabilise au fil du temps, allant jusqu’à jouer de la guitare. Manque de bol, son chef-d’œuvre « Noble Beast » sort en même temps que le premier Charlie Winston. Le monde entier, sourd comme un pot, se rue sur les popsongs catchy du beau brun avec un chapeau troué et Andrew Bird mange le sien. Qu’à cela ne tienne, l’homme qui pond des mélodies comme d’autres respirent remet ça aujourd’hui. Et prouve qu’on peut continuer à siffler la bouche pleine. Ça s’appelle « Break It Yourself », c’est parfois beau à couper le souffle et à se gratter le dessous de la peau (Desperation Breeds, Give It Away, Lusitania en duo avec la chanteuse de St Vincent), parfois un peu trop fête à la ferme et dansons dans la grange habillés de hideuses salopettes (Danse Caribe, Sifters) mais rien que pour Lazy Projector, on se dit que la confiture de grand-mère, c’était quand même pas de la merde. À écouter avec son âme d’enfant et la barbe de trois jours. Pour les filles, je sais pas trop.

http://breakityourself.andrewbird.net/ 

Hunx, « Hairdresser ». On avait quitté Hunx et ses Punx sur le très rock  « Gay Singles » dégoté par Born Bad Records. On le retrouve ici en solo, chez Pias. Si le bonhomme a gardé sa moustache, ses strings léopard et sa préférence pour les garçons, on se demande bien chez lequel il a oublié son mojo. C’est chiant, sans âme et chanté faux un peu trop souvent. Do it yourself, d’accord. Mais se palucher, ça va un moment.

http://www.myspace.com/hunxsolo 

Luger, « Concrete Light ». Un titre en ouverture qui fait blip blip et coucou aux dauphins, au risque de zapper direct, le suivant où un armée de chevaliers jouent du synthé à même leur destrier, avec refrains en formes de lances et litanies médiévales branchées sur le 220, voilà un disque désarçonnant. Faut-il l’écouter en combi de plongée, des palmes accrochées aux oreilles, ou depuis un abri antiatomique filtrant les larsen ? Pourquoi pas les deux à la fois, me souffle mon voisin, qui n’a jamais su s’habiller. Mais qui sait gueuler quand le son est trop fort. Comme sur Dracula’s Chauffeur Wants More (quel titre !), hymne de stoner parti explorer les étoiles. D’où l’utilité d’avoir apporté votre tuba. Même si dans l’espace, personne ne vous entendra crier « pinaise, j’ai du mal à respirer ». À la réflexion, ce truc mériterait peut-être 5 000 signes supplémentaires. En attendant et arrivé jusque-là, j’en profite pour filer explorer la face cachée de la lune.

http://luger.bandcamp.com/album/concrete-light 

7 commentaires

  1. Il semble que le disque de Luger soit sorti voilà déjà plusieurs mois – du moins en import, mais je confirme c’est un disque qui mérite qu’on y revienne plus en longueur.

  2. J’ai tellement pas les yeux en face des trous que j’avais pas vu ta chute alors que je m’apprêtais à la faire. J’aurais eu tout faux. Dans les grandes largeurs.

  3. Putain mais sinon Hunx c’est vraiment pas possible, faut vraiment l’envoyer en cure de re-toxicomanie, cet album est chanté par un Daffy Duck shooté à l’hélium.

  4. Putain Lüger!!! Ce morceau… Les frissons me parcours l’échine… Si le reste de l’album est de ce niveau il va falloir en parler c’est clair!!!

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