Comme une branlette qui n'en finirait pas malgré les trésors d'imagination mis au service de son accomplissement, l'histoire de la transgression dans l'art pourrait se voir comme une succession de stimulants infligés à un corps de plus en plus blasé à mesure que leurs effets s'épuisent. Si les années 60 savaient se contenter d'une coupe de cheveux mi-longs pour s’exulter, ce ne fut plus le cas pour les décennies suivantes qui, de rails de coke en accords de septième sur mandoline électrique, n'hésitèrent pas à employer de gros moyens pour transgresser toujours plus fort, frôlant toujours plus près, et dans toujours plus d'indifférence, cet idéal de permissivité illimitée qui était l'horizon de nos pères. Puis vint Slayer.

Attendu que Mick Jagger s’est enfilé bien plus de nanas que nous en croiserons dans notre vie et que Keith Richards s’est envoyé le même nombre mais en kilos en cocaïne dans chaque narine. Attendu que les joyeux drilles de Led Zeppelin ont fait subir tous les outrages possibles à une fan « consentante ». Attendu que ce qu’il reste de cette génération, ce sont quelques vieux ridés accostant des jeunots par un « pour toi c’est quoi être rock en 2012 ? ». Attendu que la survie même de ce type de personnes jusqu’en 2012 est l’argument définitif infirmant leur soi-disant « rock attitude »…
2012 : le programme sex, drugs and rock’n’roll est devenu aussi ringard que le refrain du tube de Licence IV, « Allez viens boire un p´tit coup à la maison/Y a du blanc, y a du rouge du saucisson ». Et Gilou avec son p’tit accordéon. Né en réaction à une société corsetée, catholique et traumatisée par la guerre, le rock n’a plus la même charge transgressive dans une société permissive, souvent qualifiée de consommation ou du spectacle. Qu’il l’ait en partie façonnée, probablement. Que cela soit bien ou mal, qu’il faille le dénoncer ou, au contraire, se battre pour ses valeurs, devenait le combat d’arrière-garde de franges plus ou moins minoritaires et réactionnaires, inspirées du catholicisme ou du situationnisme. Depuis longtemps, l’appel du 18 joint a détrôné celui du général.

Une fois acté la futilité de la transgression dans une société a priori permissive, on peut soit faire comme si de rien était et continuer à s’enfoncer des carottes dans le cul en y voyant l’ultime rébellion comme Jean-Louis Costes, soit convenir que la question ne se pose plus en terme de révolte. Il ne s’agit plus d’applaudir à la subversion des Beatles supplantée par les Stones, mauvais garçons, ni de s’extasier du renversement du rock progressif par les prolos punks. Fin de l’histoire, épuisement de toute dialectique du progrès dans le discours de l’art. Slayer est venu transgresser la transgression même en la montrant dans sa nudité triste : privilège de bourgeois bien loti, il n’y a plus rien à tirer de cette vieille carne. Tête de mort, brutalité et démonologie chrétienne : jamais vous ne dépasserez en terme d’outrance ce qui fit Slayer. Slayer a simplement poussé la brutalité à son extrême limite, jusqu’à la vider de tout sens social, historique, révolutionnaire. Slayer ne s’est jamais posé en réaction, n’a cherché à donner de leçons à personne, ni aux vieux ronchons du rock mainstream, ni aux punks défoncés. Ils ont marché seuls et libres, irréductibles à une quelconque histoire dialectique, insensible à aucune des prises de la Bastille par le rock, le roll ou toute autre forme de révolution contemporaine. A cela, Slayer préfère le snobisme raffiné d’une musique brutale jouée le mieux – c’est-à-dire le plus vite – possible.

Punk’s not dead, punk’s sleeping drunk

Quelque part en Californie donc, au pays du soleil couchant, des petits vins et de Fleetwood Mac, mais aussi du punk des Dead Kennedys, voici Jeff Hanneman, jeune Américain d’origine allemande, élevé dans une famille de vétérans de guerre ; Normandie, Vietnam. Il tient fermement sa guitare ESP, toujours à gauche sur la scène. Et son dada, on l’aura compris, c’est la Seconde Guerre mondiale. À l’extrémité droite, son vieux pote Kerry King, dont les cheveux, tombés du crâne, semblent avoir repoussé en tresse sur son menton, tandis que les tatouages envahissent désormais ses bras, d’années en années plus musclés. Gringalet à ses débuts, il deviendra vite la brute qui n’hésite pas à insulter la moitié de la planète métal pour marquer son territoire.

Au centre, Tomas Enrique Araya Diaz, né au Chili en 1961, arrivé à Southgate Los Angeles en 1965 et bassiste chanteur de Slayer jusqu’à nos jours. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Tom est catholique, mais d’un catholicisme plutôt sud-américain, vénérant davantage les clous et la lance que le Sacré-Cœur. Derrière ces trois-là se tient généralement Dave Lombardo, mais pas toujours. Il va, il vient, en tout cas il est né à La Havane et c’est le meilleur, du moins selon Lars Ulrich de Metallica, qui comme chacun sait est le plus mauvais batteur de métal de tous les temps. Mais il a raison quand même. D’ailleurs, Dave Lombardo est celui qui a inventé la double pédale.
L’histoire de la formation est simple : c’est Kerry King qui la raconte. Dans son frontyard en train de faire du skate ou du BMX, Dave Lombardo arrive et lui demande : « c’est toi le mec aux guitares ? » Kerry répond oui. A partir de ce jour-là, il n’est jamais plus retourné au lycée.

« We’re out here to create as much shock value as we can. »

Dans le cas de Slayer, je ne pense pas que l’on puisse parler de choc esthétique. Instant gonzo. Voici les années 2000, rue du Regard, VIe arrondissement de Paris. Une porte derrière le local poubelles donne sur un escalier de service depuis longtemps abandonné des domestiques, et plus régulièrement fréquenté par une faune sauvagement dérangée. Six étages plus haut, une porte, un couloir, l’ambiance chambres de bonnes, alignées par paquet de six; mon pote est le mieux loti du lot puisque sa chambre est équipée d’un sanibroyeur. Ce qui me rappelle l’histoire d’autre un pote qui a pété le sanibroyeur de sa copine en y chiant des noyaux d’olive à la douzaine, scandale, séparation, mais c’est une autre histoire. La Mule lui avait fait un beau cadeau : un pack de 33 albums de Slayer, contenant toutes sortes de live, de démos, de home tapes de Jeff Hanneman seul dans sa cuisine ; une pure abomination.
Car qui a besoin de 33 CD de Slayer ? Pour n’importe quelle personne normalement constituée, un ou deux morceaux suffisent à évacuer les frustrations de la journée. Les mauvais jours, une face entière de « Reign in Blood » peut être nécessaire. Mais rarement plus. Nous voilà à boire comme d’habitude nos 33 Export en matant nos photos de l’atelier dissection, et le sentiment de répulsion qui m’envahit cette nuit-là, en enchaînant « Show No Mercy » avec « Hell Awaits » et « Seasons in the Abyss », devait me laisser une profonde impression de malaise – à la base je suis plutôt hip-hop.

Encore aujourd’hui, comment ne pas vomir en voyant la pochette de « Reign in Blood » ? Aussi sombre et grotesque que les voûtes de la chapelle Sixtine sont claires et lumineuses. Ici nous sommes chez les humains, avec leurs faces grotesques, leurs teints sales, et sans le génie protéiforme de Bosch. Plutôt un empilement de lieux communs, une absence d’imagination à glacer le sang, tel ce Baphomet sur son trône, porté par quelques démons et un pape. Diablerie carnavalesque et bimbeloterie démoniaque. Il tend son bras au-dessus d’un lac de sang, indiquant la direction de l’inexorable marche du mal, vers toujours plus d’effroi et de désolation. Corps empalés, têtes décapitées, macabre fracas. Mais le comble de l’horreur est bien ce titre, écrit en lettres de sang : « Reign in Blood ». Calembour horrible tout droit sorti des enfers, se posant en miroir du dernier titre de l’album, Raining Blood.

Cornes de doigts

Régner dans le sang, tout un programme pour un disque de thrash metal. Terme qui ne signifie d’ailleurs pas « poubelle de métal » comme je l’ai longtemps cru, et ne doit en rien évoquer un son sale ou ordurier – le son est d’ailleurs plutôt propre. Thrash signifie battre, frapper. Et tout devient plus clair. Régner dans le sang, ce sont les pulpes des doigts qui souffrent et saignent à tenir ferme les power chords s’enchaînant à toute vitesse. C’est le médiator qui s’érode sous le rythme des coups de la main droite, jusqu’à passer celle-ci à la râpe à légumes. C’est la main qui se tétanise à gratter la corde le plus vite et le plus fort possible, jusqu’à perdre le contrôle de l’assiette et se crasher sur le chevalet comme un vulgaire Messerschmitt 262.
Mais, déjà, commencez par lâcher du tirant sur chacune de vos cordes, un demi-ton pour chaque. Slayer se joue en mi bémol, pour plus de souplesse dans le battement, lorsqu’à chaque coup de médiator les cordes reviennent claquer méchamment sur le manche et les micros. Ceci vous obligera bien sûr à consacrer une guitare exclusivement à Slayer. Une ESP, une Jackson, une BC Rich. Mais n’importe quelle Strato’ ferait l’affaire. Le tempo est à 210, mais c’est un minimum, Slayer joue et se doit de jouer beaucoup plus vite. Ce qui semble d’ailleurs la seule justification de ces tournées sans fin, si généreuses, à travers des pays aussi divers que l’Inde, le Japon, le Brésil ou la Pologne. On estime que Slayer gagne deux points de BPM par an, pour des concerts toujours plus rapides, toujours plus forts.

À deux guitares et une basse, à plus de 210 BPM, il semble difficile de conserver une bonne définition du son. C’est pourquoi il y a rarement plus de deux notes jouées en même temps. Le power chord se résume à la dominante et à la quinte. Mais il est plutôt rare : ce qui forme l’essentiel de la chair d’un morceau de Slayer, en dehors de la putréfaction – comme la fasciite nécrosante dont souffre Hanneman depuis 2011 – c’est le palm mute string. La paume, délicatement posée au-dessus du micro chevalet, étouffe la corde et, par la grâce de la saturation, lui confère ce son lourd qui est le métal en lui-même, son immense gloire, sa découverte et son identité – un peu comme la baguette est française. Le palm mute sera frénétique, permanent, jamais la main ne doit cesser de battre (thrash) la corde de mi b, même quand les accords se font rares. Ce n’est pas du rythme, car tout n’est que pure vitesse, ce n’est pas de l’harmonie – un palm mute sur un mib b sonne comme une percussion –, c’est Slayer, c’est Angel of Death. La transgression musicale par la brutalité, l’abolition même de la musique en tant que composition de rythme et d’harmonie. Ici tout n’est que colère, angoisse et précipitation. Jusque-là, l’art se posait en transcendance de la vie. Slayer, quant à eux, sont la vie transcendant l’art. Tout ce qui peut paraître excessif, déplacé, sale, épuisant dans « Reign in blood » n’est que l’exacte transposition de ce qu’est la vie. Et tout ceci sans jamais prononcer le mot « fuck » ni se mettre une carotte dans le cul – choses qui sont, comparativement, plutôt amusantes. Slayer n’est pas là pour rigoler, Slayer est là pour témoigner.

Revenons sur la genèse du son thrash metal. Nous avons le heavy metal, qui est lui même une certaine conception du hard rock en plus grandiloquent et adolescent. Le heavy metal – Iron Maiden – c’est une virée en bagnole qui fout un peu les jetons. Et quand on est jeune et en bagnole, on aime en mettre plein la vue. Alors le heavy metal devient technique, progressif, c’est toujours la même histoire. Les musiciens deviennent meilleurs, le compositeur se prend pour Brahms, commence à apprécier la 4e Symphonie, veut faire ses variations Goldberg pour guitare héroïque et les brise menues à tout le monde. À côté de ça, les fans en redemandent, eux aussi ont besoin de se sentir flattés par leur musique. Ils en veulent plus, ils veulent du digne, du respectable. Quelque chose d’adulte, d’ennuyeux, avec la contre-allée en face de la maison pour le vélo des enfants. Pas Slayer.
Slayer refuse la grandiloquence, ils n’ont pas joué avec un orchestre symphonique. Ils pètent les rotules des rockeux progressifs, amenant un vent punk sur la scène heavy metal, d’un autre côté ils ne sont pas punks dans le sens incarné par Sid Vicious (une tête de con, un jeu de basse inexistant et une mort rapide). Non, Slayer joue vite, Slayer joue bien et Slayer vit longtemps.

Et Slayer sait bien ce qu’il doit à la scène punk. Il faut écouter « Undisputed Attitude », où Slayer reprend des compositions de Minor Threat, GBH ou Verbal Abuse : un souci d’efficacité, la vitesse, la surexcitation des sens. Impressionnant ; voici comment devrait être joué le punk. La puissance du métal injectée dans l’arrogance punk, et puis bien sûr un certain sens du scandale – voir la célèbre reprise de Minor Threat, Guilty of Being White, qui reprend un certain nombre des thématiques de Pascal Bruckner dans son Sanglot de l’Homme blanc, ouvrage développant des arguments violemment polémiques contre l’anti-colonialisme comme idéologie et vision du monde.

La provocation, Slayer connaît. Évidemment, dans un monde permissif, personne ne réagit plus au bruit, au gore ou à des évocations de meurtre rituel. Seul Auschwitz est encore capable de faire réagir l’opinion générale, avec peut-être les meurtres sexuels d’adolescents mineurs. Mais pour Dennis Cooper comme pour Slayer, cela ne fonctionne que par malentendu, et si une défense est nécessaire, elle est toute trouvée : « Trouvez-vous que je présente la prédation sexuelle comme une chose positive ? », demande Dennis Cooper en substance. En l’occurrence, dans ce Angel of Death qui fit scandale, on peut difficilement dire que le nazisme est présenté sous un jour favorable.

« Slow death, immense decay
Showers that cleanse you of your life »

Aucune complaisance pour le « boucher infâme », l’ange de la mort, le Dr Mengele, dans ces œuvres : torture et extermination. Jeff Hanneman expliquait qu’il ne lui avait pas semblé nécessaire de préciser que tuer des innocents, c’était mal. Et ce qui infirme tout lien entre l’extrême droite et Slayer, c’est que, dès le quatrième vers, les chambres à gaz sont évoquées. On est loin des délires négationnistes qui sont généralement l’apanage de ces groupuscules. La barbarie y est présentée sous son vrai visage – moins riant que celui de la propagande nazie, dont il faut rappeler qu’elle était davantage axée sur l’ordre et la pureté que sur le sadisme. Ce n’est sûrement pas Slayer qui fait insulte à la mémoire des morts, mais bien les Garaudy, les Faurisson, les Dieudonné.

Anschluss metal

Mon grand-père avait coutume de dire : « La musique contemporaine c’est de la merde, tout tient sur le rythme. » Il préférait Tchaïkovski. Autant vous dire qu’il aurait aimé Slayer, puisque chez Slayer, du rythme, du groove, il n’y en a pas. Et c’est pourquoi Slayer ne s’établit pas dans la généalogie du rythm’n’blues mais dans celle, plus large, de la « grande » musique, plus précisément celle des dodécaphonistes viennois. Nous sommes alors juste avant que Hollywood n’engage tous les compositeurs classiques pour faire des musiques de films (idem pour le Bolchoï à l’Est), les recherches se focalisent sur la musique pure. Ecoutez le solo de guitare de Angel of Death : c’est le concerto à la mémoire d’un ange – Alban Berg – joué à 220 BPM. La suite est simple : Vienne est la première ville à être envahie par les nazis, Schoenberg a déjà fui depuis longtemps aux États-Unis, Berg est mort de septicémie, quant à Webern, il sera persécuté comme auteur de « musique dégénérée ». C’est là que Slayer reprend le flambeau de l’histoire : « Auschwitz, the meaning of pain ». Slayer c’est le bruit de l’Anschluss éteignant Die Fackel de Karl Kraus, et plus généralement la Vienne cosmopolite d’avant-guerre, Freud, Musil, Zweig, etc. Désormais il n’y aura plus que l’obscurité.

Ecrit en 1935 en réaction à la mort d’un être cher – une jeune fille tuée par la poliomyélite à 18 ans –, le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg se veut le mausolée dessiné en arpèges de musique sérielle. Œuvre de colère contre la mort qui vient prendre une enfant, œuvre mélancolique et délicate, introduisant dans la stricte architecture sérielle des éléments lyriques, toujours à rebâtir sous les coups d’archets du soliste, chaque concert étant l’occasion d’élever à nouveau une cathédrale sonore et éphémère en hommage à la jeune défunte. Slayer, c’est la même chose avec une double pédale et deux murs de Marshall. Évidemment, l’ensemble sonne davantage comme un chantier de construction, et les arpèges comme des rafales de marteau-piqueur.
Comme disait Eric Dolphy, « when music is gone in the air, you can never capture it again ». C’est pourquoi ce chapiteau de colère devra être remonté à chaque fois, partout, depuis trente ans sur toutes les scènes du monde, avec toujours ce même respect pour le public, ses shows toujours aussi carrés, droits et rapides. Il faut voir Tom Araya au Japon, discutant avec le public, sincèrement ému de voir encore ces foules se déplacer pour écouter War ensemble. Foule japonaise, foule indienne, européenne, brésilienne… « Thank you very much, I’m amazed how many fucking people are here », dit-il avec sa tête de Demis Roussos assumé – d’ailleurs remarquons que Araya et Roussos sont les bassistes chanteurs de leurs groupes respectifs, et que si Slayer s’est inspiré de Webern, le plus grand tube de Aphrodite’s Child est une adaptation du canon de Pachelbel, les deux formations s’inscrivant dans les deux pôles de la musique classique. S’il y a un Rain and Tears à chanter ce soir, ce sera des larmes de sang qui tomberont du ciel lacéré.

Bercy, 2004. Les pires conditions sont réunies pour voir Mastodon, Machine Head, Slayer et Slipknot. La salle a été divisée en plusieurs fosses, avec tout un système de digues et d’écluses intermédiaires, pour éviter que la masse des metal kids ne vienne s’écraser au pied de la scène. N’importe lequel de ces concerts pris séparément serait déjà épuisant en soi. Les quatre à la suite, c’est une expérience limite. Comme assister à la Lulu de Berg assis sur un strapontin de l’Opéra Bastille. Certes, dans l’un le danger viendra plutôt du risque de piétinement : le corps exulte et n’en peut plus tandis que dans la fosse il tente de se maintenir à flots. Dans l’autre cas c’est l’immobilité, les paresthésies dans les jambes qui posent problème. Sans compter l’envie de pisser, de se gratter la gorge, de gueuler un bon coup. Nous rêvons bien entendu de concert d’Anton Webern dans des bars crades, des lieux moins guindés. Imaginons-nous à l’entracte. La partie intéressante va bientôt débuter. Les couloirs froids et hantés d’ectoplasmes vieillissants dans leurs robes pourpres et leurs costumes noirs, une coupe de champagne à la main – c’est Bastille. Les couloirs gris et sales et ces grappes de metal kids en tee-shirts noirs des pintes à la main – en conséquence de quoi les rares toilettes sont prises d’assaut – c’est Bercy.

Dans un cas comme dans l’autre, j’ai mis mon tee-shirt Dr Dre « The Chronic » avec la tête de mort et les feuilles de cannabis : ce que je possède de plus hardos dans le genre nécro-gore. Je ne sais même pas si la subtile ironie de mon accoutrement est remarquée ou s’il s’agit là encore d’un acte sans conséquence.
La sonnerie retentit, un couloir bondé mène à la salle immense, les escaliers à la fosse, tandis que des vrombissements électriques résonnent dans l’enceinte. Je n’avais prêté qu’une oreille très distraite aux deux premiers concerts, par souci de préservation. D’une manière générale, le son avait été très mauvais, la reverb naturelle de la salle se prêtant mal aux riffs de guitares saturées, et à la musique en général. Alors peut-être que pour un spectacle de moto cross ou match de volley-ball Bercy est une bonne salle. Mais pour le metal c’est de la merde.

Sauf pour Slayer, bien entendu. Déluge de fumigènes, lumières rouges, deux immenses bannières marquées du pentacle aux épées tombent sur la scène tels les étendards d’une légion romaine, et c’est le riff de Disciple, précis, pur et efficace de par son économie, qui fait fi de l’acoustique merdique du lieu. Même dans un tombeau, Slayer sonnerait dur et rapide, nulle reverb ne semblant pouvoir émousser l’acuité de leur son. Dans ce genre de situation, les boules Quies sont clairement indiquées, du moins pour ceux qui ont à revenir à une vie sociale normale, de celles qui nécessitent l’usage de deux oreilles. Évidemment, ce genre de questions ne se pose plus pour les vieux fans. De ceux portant fièrement le tee-shirt de la tournée 89 – d’ailleurs à ce propos la question la plus posée lors d’un concert de Slayer c’est « tu as les a vus combien de fois en concert ? ». En-dessous de dix fois, t’es un noob, mec.

Slayer en live avec des boules Quies c’est comme baiser avec une capote. Prudent, mais nous n’avons qu’une vie. Et qu’une paire d’oreilles aussi. Alors lorsque débute le riff de War Ensemble, c’est bareback que l’on se jette dans la fosse. Il n’y aura qu’une fois : ensuite les acouphènes s’inviteront dans la partie. Les oreilles cotonneuses et le regard avarié, il ne restera plus qu’à errer entre South of Heaven et Postmortem.

La fosse fonctionne comme un vortex tourbillonnant, une sorte de cyclone qui n’aurait pas d’œil : son centre est clairement le lieu le plus dangereux. S’extraire du vortex nécessite force volonté et coups de coudes, tandis que nous tentons de nous accrocher à la barrière. Les places sont chères, ça pousse fort, les metal kids sont déchaînés, tenir la rampe est épuisant. Un homme au sol, trois personnes forment un cordon et l’aident à le relever. Solidarité metal. Les coups pleuvent, ça court dans tous les sens, le souffle est régulièrement coupé par des chocs mal anticipés. Les corps endoloris se heurtent, métal en fusion, atomes surexcités, nous ne formons qu’un seul corps, c’est la communion par l’hématome. Nous sommes le thrashed metal et Slayer est notre forgeron.

Une fois de plus, je suis épuisé avant même que Slayer ait entamé son tour de chauffe. Et c’est sur les rotules que je subis Raining Blood. Pourtant, Slipknot n’est même pas encore passé. Slipknot est un groupe qui mériterait à lui seul de longs développements, mais je me contenterai d’un rapide raccourci : Slayer et Slipknot sont tous deux passés entre les grosses patounes de Rick Rubin.

Juif de New York et grand producteur, la carrière de Rubin est ahurissante ; il est la musique moderne, tout simplement. Venu dans le monde d’après la révolte, ce monde où la musique a explosé en multiples courants car ayant dépassé ce qui faisait son dénominateur commun jusque-là – en gros renverser la France à de Gaulle. Autant de bulles autonomes suivant leurs propres objectifs, autant de tribus comme diront les vieux, de bulles que Rick Rubin va s’appliquer à hybrider selon des processus complètement fous. Sa carrière est là pour en témoigner, puisque c’est après avoir produit Run DMC qu’il s’attaqua à « Reign in Blood », faisant le grand écart entre deux mondes a priori inconciliables : le métal et le hip-hop. Peut-être faut il entendre dans certaines prosodies énervées de Tom Araya (sur le final de Postmortem par exemple) des réminiscences du fast flow des Run DMC.
C’est Jeff Hanneman qui, impressionné par son travail sur l’album de LL Cool J, se laissa persuader par Rubin d’enregistrer la suite de « Hell Awaits » à Los Angeles. La même année, le bonhomme enchaînait sur « Licensed to Ill » des Beastie Boys (King a posé un solo sur leur No Sleep till Brooklyn, où l’on peut voir un rabbin headbanguer avec des hardos, entre autres curiosités) puis ce fut « Yo! Bum Rush the Show » des Public Enemy. Sans compter les Red Hot Chili Peppers dans les années 90, et le sauvetage de Johnny Cash il y a quelques années avec les magnifiques albums « Américan Recordings » et cette production si simple et si hallucinante. Tout ça c’est lui, c’est Rick Rubin. Qui pour le coup ressemble sacrément à Vangelis, physiquement parlant.

Ce que Rubin a apporté à Slayer, c’est la nudité du son, la sécheresse des arrangements : la saturation est nette, elle est condensation et non pas éparpillement électrique. Il n’y a aucune distance entre le groupe et l’auditeur, aucune reverb. Abolition de la distance entre l’oreille et le médiator battant la corde. La batterie est en avant, tout comme la basse, la voix et les guitares. Tout Slayer marche en première ligne, il n’y a pas de planqués. Et, bien que les morceaux soient rapides et les riffs complexes, chacun joue parfaitement sur le temps. À un tel niveau de vitesse, la moindre hésitation pourrait engendrer une sortie de route, une désarticulation entre la double pédale et les riffs à la tierce. Cela ne sera jamais le cas. Jamais au cours des vingt-huit minutes que dure l’album l’imprécision ne se fera entendre. Vingt-huit minutes, cela peut sembler court pour un album. Mais n’importe quel groupe normal en aurait besoin d’au moins 40 pour le jouer entièrement.

Je disais plus haut qu’il n’y a pas de rythme dans Slayer. Aucun temps n’est appuyé, puisqu’ils le sont tous. Il n’y a jamais de laid back puisque les intervalles de temps entre deux BPM sont trop courts pour cela. Aucune nonchalance, aucun groove, les riffs sont rythmiques, tous les temps sont joués. Même si cela ne s’entend pas. Les riffs de Slayer sont en cela comparables à ceux du King Crimson de Discipline, et c’est effectivement de discipline dont le guitariste aura besoin pour jouer Postmortem ou Necrophobic. Le jeu des paires Fripp/Belew et King/Hanneman sont similaires dans le sens où toutes les croches sont frappées, quand bien même ce qui compose la structure mélodique du riff est sommaire. Entre chacune de ces notes formant la mélodie, le médiator retombe soit en arpèges (KC), soit sur la corde de mi grave (accordée en bémol) qui joue la fonction de bourdon. Ces notes ne s’entendent pas forcément, elles constituent la chair rythmique du morceau, sa cavalcade infernale, comme un train lancé à toute vitesse sur ses rails métalliques, le fracas des roues contre le métal, d’où échapperait avec parcimonie une mélodie sinistre et austère. Et si celle-ci est généralement chromatique, c’est tout simplement par souci d’efficacité : il est plus rapide de monter d’un demi-ton que d’une tierce. Chaque centième est bon à prendre lorsqu’il s’agit de faire danser la foudre.

Précis comme un couteau de boucher découpant les carcasses à la chaîne, c’est Piece by Piece, toute l’efficacité de Slayer condensée en 2.03 min. Un premier mouvement, circulaire et lourd, enchaîné avec un mouvement en ternaire, élan vers l’abattage slayeresque qui va suivre. Rapide, lourd et incisif, « the only way to exist, it’s going piece by piece », dans des petites barquettes sous cellophane, c’est ce que semble dire le boucher à la carcasse qu’il est en train de démembrer. « I’ll rip your flesh ’till there’s no breath/Dismembered destiny ». Point de vue carnivore sur l’abattoir ou manifeste vegan ? Un autre mystère demeure : pourquoi autant d’énervement ? Ce n’est qu’un morceau de viande… On reste dans les carcasses avec Altar of sacrifice, où nous imaginons le poulet promis à la marinade Nando’s allongé sur la table de l’enfer et le haut prêtre tenant une dague entre ses mains. Satan se tient dans l’ombre, avec sa sauce extra hot spicy, la meilleure, prêt à assaisonner le tout dans les flammes de l’enfer.
Araya a un jour déclaré à un magazine de métal que jamais il n’accepterait de chanter des paroles pouvant remettre en cause la survie de son âme après la mort. En clair, il ne veut pas aller en enfer. Réinterprétées à l’aune de cette déclaration, beaucoup de paroles de Slayer prennent l’aspect d’une mise en garde contre la damnation. Ainsi les derniers mots de Altar of sacrifice, « Learn to resist the temptation/watching the angels sift to the heavens/Endlessy searching for salvation », qui semblent sortis de la bouche d’un imprécateur catholique espagnol du XVIe siècle, terrorisant ses ouailles, peuvent être de bonne foi, avec leurs histoires d’anges déchus à qui toute espérance serait désormais interdite. De même, Jesus Saves semble davantage hérétique à la tradition du death metal athée par cette affirmation étonnante au milieu d’un déferlement de guitares : « Jesus saves, no need to pray », charge anti-bigoterie plutôt qu’anti-chrétienne, contre les culs bénis – et Dieu sait qu’il y en a beaucoup en Amérique. Reprenant le geste de Luther, Slayer revient aux sources pour dénoncer les hypocrites.

« You go to the church, you kiss the cross
You will be saved at any cost »

Il est concevable que la plupart des fans de Slayer ne saisiront pas les subtilités théologiques du discours slayeresque au milieu de ce déluge de guitares ciselées – je ne suis pas sûr que l’expression soit de moi. Ce qui est retenu généralement, ce sont quelques slogans captés à l’occasion d’une éclaircie dans la tempête lombardienne, tels « Do you wanna die » ou encore « Now I shall… Reign in blood » du diptyque final et mythique Postmortem/Raining Blood. L’histoire d’une échappée par la mort, mais qui ne serait pas vécue sur le plan dépressif comme un banal suicide, mais plutôt sur la promesse joyeuse d’une nouvelle vie après la mort, programme dont on ne sait trop s’il est inspiré par le Christ ou par Re-Animator tant nous sommes entre l’eschatologie et le roman de zombies. Slogan existentialiste Post Mortem du métal kid enfermé dans sa chambre de la maison de ses parents:  “What I am, what I want, I’m only after death“. Un écho traversant les âges de l’air célèbre de Bach, Ich freuen mich auf meinen tod: “ah si seulement elle était déjà ici [la mort]/ Alors j’échapperais à toutes les souffrances / Qui me lient encore au monde“.

Slayer aren’t satanist. Satan is slayerist

C’est désormais le calme avant la tempête. Le seul moment serein de l’album : un ciel lourd de menaces, le bruit de la pluie, quelques coups de tonnerre annonçant Raining Blood. Ce qui suivra est la description de l’ascension de Satan tel que raconté dans les chapitres 12 et 13 de l’Apocalypse de saint Jean. Œuvre lyrique inspirée d’un passage de la Bible, Raining Blood peut être considéré comme un oratorio, voire comme une Passion, même si ce sous-genre est plus généralement dévolu au récit des derniers jours du Christ. Dans Raining Blood, la passion c’est pour Satan, dont voici le grand come-back. Inspiré directement par la colère du diable, le riff de Raining Blood déploie des trésors de tension démoniaque, avec ses successions de tempos et ses breaks ravageurs. Au fait, pourquoi il est énervé comme ça, le diable ? « Trapped in a purgatory », enchaîné mille ans après avoir été chassé du paradis, battu par l’archange Michael, le chef de la milice angélique, le serpent enrage drôlement et promet vengeance : « death will be their acquisition ».

Apocalypse 12-17 : « Il s’en alla faire la guerre aux restes de sa postérité, à ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus. »

C’est l’ascension du fiery red dragon dans le ciel rouge, venu pour abolir les règles de pierre, autrement dit les tablettes de la loi. Et cette pluie de sang, tombant du ciel lacéré, coulera des anges massacrés par les légions de Satan. Il régnera sur les nations, faisant adorer le chiffre de la bête, mais, sans trop vouloir vous raconter la fin, le bien triomphe, et ce Raining Blood n’aura été qu’un interlude avant la reprise en main générale menée par un Christ moins conciliant qu’à l’accoutumée. Synthétisant en quelques images baroques un récit – l’Apocalypse – parfois un peu foutraque (grêle, épidémies, météorites, il y a là matrice à une foultitude de films de Michael Bay) et difficile à suivre dans ses rebondissements, Slayer signe là son chef-d’œuvre et clôt ce disque magistral.
Et il y aura longtemps encore des Oïstrakh du métal pour interpréter dans un respect méticuleux, tel un récital de Chopin, ce Reign in Blood indépassable, tous reclus dans leurs chambres d’adolescents attardés, à vouvoyer le génie de Slayer dans l’obscurité d’une chaîne YouTube.

21 commentaires

  1. Rétablissons une vérité, Ulrich est un grand batteur et surtout il a composé tous les titres de Metallica (sauf un lequel?). Une légende…alors la branlette sur Slayer pourquoi pas même si c’est long mais pas d’inepties!

  2. Ulrich est un pantin mal huilé qui tape l’un après l’autre d’une baguette maladroite ses 2782 fûts. Une incarnation du ridicule joué même pas à toute allure. Sinon, ce papier est tout à fait incroyable. J’applaudis des deux oreilles. Un papier pour devenir sourd, indéniablement.

  3. Clair qu’ll est dingue ce papier,
    ça plus le Fleetwood Mac ça fait coup sur coup deux story que je lis avec passion sans même avoir jamais écouté la musique. Bravo pour l’exploit.

  4. Putain Sig’, méchant pavé.
    Et ce don particulier de citer à propos Demis Roussos en douce tel un filou dans n’importe quel contexte : chapeau.
    Prochain défi : trouver l’ultime liaison entre Genesis p Orridge et Aphrodite’s Child sans aborder le thème de la mutation sexuelle et de la barbe grecque.

    Guitou

  5. Ouais j’ai trop regardé Pyramide, Laurent Broomhead a longtemps était mon Doppelanger, tu lui dis “truite” il répond un truc chelou, ça m’a marqué, quand à Genesis P Orridge, c’est pas compliqué et en même temps c’est super beau quand il chante dans Zyklon B Zombi ”
    I’m just a little jewish girl
    Ain’t got no clothes on
    And if I had a steel hammer
    I’d smash your teeth in
    And as I walk her to to the gas chamber
    I’m out there laughing” ca explique certaines choses, quand à Demis Roussos il y a trois choses dont je suis particulièrement fier ici, c’est l’instantané de la capture image du film YT quand on voit Demis qui fait une grimace à la Araya sur sa basse, dans la même vidéo la gueule du batteur putain pas concerné, et en trois sur Rain and Tears le travelling sur Vangelis, lui et Rubin, juif et grec, les deux fondements de la civilisation judéo chrétienne.
    Là dessus je mets la vidéo des chariots de feu et je m’eclipse en courant sur une plage content de mon effet.

  6. J’ai un profond respect pour Laurent Broomhead période Pyramide. Super mental le mec.

    Exemple :
    Candidat : – “En deux… Truite?”
    LB : – “… Shubert”
    Candidat : – “… Légume?”
    LB : – “Chou vert!!!”
    Et hop, la petite musique de vainqueur.

    Un génie.

    Je me demande même si je préfère pas Laurent Broomhead à Demis Roussos en fait.

  7. Le meilleur article sur ce groupe pour le public des gonzaieux, mais en aucun cas sur Slayer en général; loin très loin..sinon Lars a un kit de plus en plus petit à chaque tournée cher Vernon, il simplifie ses parties…honteux! vont me crier les fans de Lombardo…

  8. Le meilleur morceau des aphrodites c’est air la face B de rain fall and tears si je ne m’abuse docteur.
    Pour le reste nothing else matter comme chantaient les beaufs hardos de mon lycée

  9. De la drogue ? Juste un peu d’enthousiasme. La drogue c’est mal

    Rain and tears, je reste mainstream. Et Slayer n’a rien à avoir avec Metallica même sociologiquement parlant. Le dernier Metallica avec Lou Reed c’est une vraie barre de rire comme disait à l’époque Gad Elmaleh

  10. Rien à voir sauf qu’ils tournent ensemble (le big 4) même si backstage ils ont pas l’air super pote. Slayer c’est quand même le groupe qui joue à Reading juste avant My Chemical Romance (meme que les metalheads du public sont restés et ont balancé tout ce qu’ils pouvaient sur le groupe ce qui fait que MCR sont partis après 20 mins, pas cool pour les fans de leur musique…). Bref question purisme fantasmé de musique énervée… Putain Sigismund, le metal tu connais pas trop. Kiffe Slayer mais reste la dessus…

  11. Parfait. C’est parfait, ça boucle une boucle, c’est l’alpha et l’oméga de l’horreur version 180bpm saturés. Et tout est vrai, ce qui étonne mais ne gâche rien.

    C’est l’odeur de la fosse, de la chirurgie sans anesthésie, de la couverture de Mad Movies, de “Faces of death” (les VHS interdites des années 80) et de la jeunesse qui s’en va.

    En fait, Slayer gardera toujours pour moi non pas cette image horrifiante et sordide, mais le gout des souvenirs faussement terrifiants de la jeunesse, comme le croquemitaine ou Freddy Krugger, quelque chose de tendre et de fragile derrière la grimace. Comme lorsque ton gosse fait le tigre pour te faire peur.

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