Comprendre l'influence de la pop culture sur notre vie, c'est le gagne-pain de cet esthète américain nommé Rob Sheffield. « Tomber les filles avec Duran Duran » raconte sa vie d'ado pubère et frustré dans les années 80, celles de la new wave, de MTV et des soirées karaoké. Heureusement qu'il y a Morrissey, Bowie, Bryan Ferry et d'autres, pour l'aider à comprendre ce grand mystère qu'est la Femme.

À première vue, Rob Sheffield a tout du Rob Gordon de High Fidelity. Outre le même prénom, tous les deux considèrent qu’amour et musique sont liés par les forces du cosmos. Excepté que le Rob de High Fidelity construit ses histoires d’amour par rapport à la musique et que Rob Sheffield fait précisément l’inverse ; ses compiles étant concoctées à partir de ce que les filles aiment, elles, au risque de compromettre son hétérosexualité aux yeux du monde.
Vingt-cinq chapitres pour vingt-cinq chansons qui ont marqué le jeune Rob. Puisqu’il est question de musique, en voici la liste avec commentaires de l’auteur et de l’ado des années 2000 que je suis.

Chap 1. The Go-Go’s, Our lips are sealed. Des Californiennes dans le vent qui sentent la cyprine à dix kilomètres mais qui prétendent, tout en pataugeant dans une fontaine, que leur bouche est un accès privé.

Chap 2. David Bowie, Ashes to ashes. Pour sûr que c’est un classique indémodable. C’est sûrement aussi le clip le plus célèbre de Bowie. Son personnage, Major Tom — suite de Space Oddity — erre tel un clown triste à la recherche de son chez-lui. Peu après, E.T. nous lâchait son fameux « Téléphone maison ».

Chap 3. Ray Parker Jr. A woman needs love. L’auteur considère ce mec comme une sorte d’éducateur en matière d’amour, à une époque où les chanteurs soul ne soulaient encore personne. Il rappelle effectivement M. Roarke de la série l’Île Fantastique, qui faisait toujours la leçon à Tatoo sur ce que les femmes veulent et ce dont elles ont besoin. À chaque fois que Tatoo disait « Patron, qu’elle est belle », M. Roarke secouait la tête et lui répondait : « Tatoo, mon petit ami, combien de fois devrais-je te le répéter ? Toutes les femmes sont belles ! »

Chap 4. The Rolling Stones, She’s so cold. Encore un clip où les gros plans abusifs de la bouche à pipe de Mick permettent d’entrevoir son intestin grêle. Pour Mr Sheffield, c’est le groupe qui met tout le monde d’accord. A posteriori, un pari pas très risqué.

Chap 5. The Human League, Love action. C’est le début de la new wave et des « Nouveaux Romantiques ». Coupe de cheveux avec la mèche, futal à pinces, boucle d’oreille (à droite pour les plus téméraires) et crayon sous les yeux. «  Je crois que ce qui me fascinait le plus chez eux, c’était qu’ils symbolisaient complètement cet esprit de tout-le-monde-peut-le-faire que véhiculait cette musique. » Le clip ressemble étrangement à la scène finale du film Le Lauréat avec Dustin Hoffman beuglant « Elaine ! Elaine ! Elaine ! » sur fond de Simon and Garfunkel.

Chap 6. Orchestral Manœuvres In The Dark, Enola Gay. Celle-ci me parle vachement, du fait qu’elle passait à toutes les fêtes de famille, du simple anniversaire au mariage, etc. C’est avec ce genre de chansons que l’auteur a appris à danser avec les filles.

Chap 7. Culture Club, I’ll tumble 4 ya.  C’est le début de MTV et du virus new wave. Avec Boy George, on atteint le summum du look androgyne et du maquillage à la truelle. Quant au titre, il montre que l’écriture MSN n’est pas une invention du XXIe siècle.

Chap 8. Hall and Oates, Maneater. Constatant que plus personne n’en avait rien à foutre de la folk, ce groupe s’est reconverti dans la musique new wave. Dans un milieu où « gay » était alors un compliment, la moustache de Oates, appelée alors la « oatestache », faisait sensation.

Chap 9. Roxy Music, More than this. Ferry passe la moitié du clip à se mater danser comme une vieille danseuse disco sur un écran géant. Pas de quoi faire le fier quand on s’est fait recaler de King Crimson, hein Bryan. (A part ça il lui est aussi aussi arrivé de pondre de bonnes chansons)

Chap 10. Bonnie Tyler, Total Eclipse of the Heart. Sa fameuse voix cassée qui chante « Once upon a time i was falling in love, but now i’m only falling apart », c’est beau comme du Verlaine. Avec en plus un clip surkitsch avec des ralentis, de la fumée, des effets lasers dans les yeux, beaucoup de vent et des colombes rutilantes.

Chap 11. Haysi Fantayzee, Shiny shiny. « On a tous un truc comme ça dans la vie : une chanson que personne n’aime, un faible pour une célébrité que les autres trouvent moche, une obsession pour une équipe de sport qui ne cesse de perdre. » Le genre de tubbeurs sans lendemain, quoi. Après ça, la meuf devint une photographe de renommée et le mec un DJ techno hyper respecté.

Chap 12. A Flock Of Seagulls, Space age love song. Premier concert rock de Rob Sheffield. « Le chanteur portait une charmante combinaison bleu pastel et il parcourait son clavier d’un bout à l’autre à la vitesse de la lumière. Même depuis le sommet des gradins, on pouvait voir sans peine leurs cheveux décolorés coiffés en ailes de chauve-souris s’agitant langoureusement ». Remarque : c’est tellement mauvais que ce  groupe anglais n’a connu le succès qu’auprès des amerloques.

Chap 13. Chaka Khan, I feel for you.  Début un peu maladroit du hip hop.

Chap 14. Prince, Purple Rain. Clairement un des plus gros tubes des années 80. La concurrence était rude entre lui et le roi de la pop. À noter que Purple Rain est aussi un film mettant en scène Prince, qui eut un énorme succès aux États-Unis mais qui fut un bide absolu en France.

Chap 15. Paul McCartney, No more lonely nights. Pour l’auteur, Paul incarne la grande sœur irlandaise autoritaire. C’était le Beatle relou qui menait tous les autres à la baguette. Et un gros fumeur de joints, en prime. Cette gentille ballade pop ne vaut guère plus que celle d’un Phil collins ou d’un Steve Perry. C’est aussi la B.O. d’un film à chier réalisé par McCartney en personne, Give my regards to broad street.

Chap 16. Madonna, Crazy for you. Année de vraie sécheresse créative. La preuve en est, Rambo II est le film qui cartonne au cinéma cette année-là. Quant à la chanson de la ciccone, « des lesbiennes plutôt cool avec des coupes de cheveux new wave, se mettaient à gueuler que c’était de la bombe ».

Chap 17. The Replacements, Left of the dial. Un groupe qui cultive une réputation de difficile. Suivant la quantité d’alcool absorbée avant les concerts, il pouvait être de l’avis des critiques le meilleur ou le pire groupe du monde. En tout cas la nuit la plus mémorable de l’existence de Rob, qui a alors 20 ans. « La salle était déchaînée (…) Paul Westerberg beuglait sa haine des rednecks et des yuppies. »

Chap 18. The Smiths, Ask. Le jeune Rob écoute religieusement les paroles de Morrissey. Puis il passe de l’idolâtrie au mépris total. Puis se remet à les aimer. En ce qui me concerne, the Smiths m’ont toujours laissé dans l’indifférence la plus totale, ce qui est pire que haïr, à mon humble avis.

Chap 19. The Psychedelic Furs, Pretty in pink. En 1986, la mode est au mime des guillemets avec les doigts, un truc qui horripile notre jeune auteur et on le comprend. Plus tard, ce sera celle d’applaudir à l’atterrissage des avions. Deux mauvaises habitudes heureusement révolues. C’est aussi le début des teen movies avec Pretty in pink, La folle journée de Ferris Bueller, La vie à l’envers, Footloose, etc. Et tous les ados adoraient, au même titre que la new wave.

Chap 20. Lita Ford, Kiss me deadly. Sorte de Axl Rose en meuf. Un des tubes de l’été 88.

Chap 21. Tone-Loc, Funky Cold Medina. « Ce que les Kingsmen ont été au 45 T du rock’n’roll, ce que Henry Fielding a été au roman épistolaire anglais, ce que Tim Conway a été aux comédies golfalistiques en VHS, Tone-Loc l’a été à la K7 deux titres. » Un temps où le rap avait encore des guitares sur les morceaux.

Chap 22. New Kids on the Block, Hangin’ tough. Certainement un des premiers boys band. Les filles mouillaient leurs culottes pour ces Ken survitaminés.

Chap 23. Big Daddy Kane, Ain’t no half steppin’. Début de Yo! MTV Raps, du scratch et de la coupe balai-brosse pour Blacks, immortalisée par Grace Jones.

Chap 24. L’Trimm, Cars with the Boom. Je retiens surtout de ce chapitre le film évoqué par Rob, Phantom !, un  soap opéra new wave avec Charlie Sheen qui gérait encore à peu près ses doses de C.

Chap 25. Duran Duran, All she wants is. 1989, premier Best of du groupe. Pour Rob Sheffield « personne mieux que Duran Duran ne semble savoir ce que les filles cherchent vraiment et c’est la raison pour laquelle je suis toujours accro. » Le chanteur portait en permanence un torchon autour du cou, ce qui lui a sans doute valu ce fameux accident de yacht. C’était indéniablement un groupe à nanas, mais il l’assumait. Même la princesse Diana les adorait. Plus new wave, tu meurs.

Rob Sheffield // Tomber les filles avec Duran Duran // Éditions Rue Fromentin

 

3 commentaires

  1. Moi j’applaudis toujours les atterrissages quand ils sont particulièrement réussis. Qu’on ne le fasse pas OK, mais railler ceux qui le font, comme ça arrive si souvent ? Vous êtes vra

  2. iment des gros blasos les mecs. Genre faire atterrir un avion, ouais bof, tout le monde peut le faire.
    Je vous reconnais, c’est vous les mêmes connards dans les salles de concerts qu’applaudissez pas les groupes parce que vous avez été guestlistés, et qu’applaudir c’est pour les payants.

  3. Pas besoin d être guestlisté pour ne pas applaudir ta connerie. Mais je suis prêt à parier que tu vas quand même faire un rappel.

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