Existe-t-il pire torture que d’écouter le nouvel album d’un ancien Sex Pistols quand ce dernier n’a pas cassé de bouteille depuis 1992, qu’on n’a jamais écouté un disque de PiL en entier et que, de surcroît, l’auteur de ces lignes a toujours cru que Public Image Ltd était le nom d’un groupe de rap originaire de New York ? Réponses en quelques lignes avec un papier aussi bon que le jeu de basse de Sid Vicious.

On notera en préambule que la – courte – discographie des Sex Pistols m’a toujours fait l’effet d’une douche tiède. Que le look solidement travaillé de ces analphabètes au look de cancres du fond de la classe n’a pas de quoi impressionner l’adolescent qui s’éveille au monde trente ans après la publication de « Never Mind the Bollocks ». Et qu’il suffit d’une partie de Guitar Hero en mode novice pour déchiffrer les accords rudimentaires de Holidays in the sun. Okay okay okay, à force de supporter les interminables discussions sur la Jouvence supposée de ces jeunes branleurs dans l’Angleterre pré-Thatchérienne, on peut bien évidemment admettre que le punk fut autant une libération des esprits qu’une révolution des corps pour une génération d’alcooliques jusque-là biberonnée aux foulards en soie du hippisme et aux platform boots de la disco. Mais on peut aussi, par esprit de contradiction, considérer que tous ces jeunes gens ont échoué rapidement à changer quoi que ce soit, finissant dans le pire des cas comme Sid avec une coiffure de merde et le bras défoncé à l’héroïne, dans le meilleur expert cathodique reconverti dans l’insurrection pour les nuls, tout ça sur des plateaux de télé-réalité avec un public composé de gens gros et moches qui conduisent leurs 4X4 en écoutant Dire Straits. Comme dans la chanson, this is not a love song(e).

Sans transition, John Lydon s’est donc décidé après 20 ans de retraite à ressortir du bois avec un neuvième disque de PiL financé grâce au pognon gagné avec une pub pour le beurre anglais. Les chicaneurs en auront pour leur argent, mais ça vaut toujours mieux que de gaspiller ses royalties à collectionner, comme Obispo, des figurines de Star Wars grandeur nature. Mais bref, on s’éloigne pas un peu du sujet, là ? Reprenons notre cours d’histoire. Comme les saintes tablettes du rock’n’roll ne sont pas encore assez vieilles pour être mises en vente chez Sotheby’s, et forts de notre professionnalisme légendaire, citons brièvement Wikipédia : « Suite à la séparation des Sex Pistols en janvier 1978, Lydon fit un voyage de trois semaines en Jamaïque avec le patron de Virgin Records, Richard Branson, durant lequel Lydon aida à la recherche de nouveaux artistes reggae. »
Pour passer la vie du vieux en super fast forward, on dira donc qu’après avoir formé l’équivalent des Charlots outre-Manche avec un disque aux couleurs aussi putassières que Régine un soir de brunch, Johnny Rotten a viré sa cuti et tenu bon les vingt années suivantes avec un autre groupe culte vénéré par les mêmes analphabètes ayant, depuis la fin des Pistols, appris à lire et écrire le mot « motherfucker » sans écorchure. Pour plus d’infos, merci de consulter les brochures touristiques.

Vingt ans après la dissolution de Public Image Ltd – ça vous donne une idée de la longévité de Lydon, « I hope I die before I get old » ça n’a jamais été trop son truc, à pépé – le voici donc qui revient avec un neuvième album à la pochette bariolé-olé qui fait davantage penser à une compilation de country pour non-voyants qu’au grand retour du pape du punk. On les voit d’ici, les nostalgiques prêts à craquer le livret A pour s’offrir la divine relique… Mais que vaut-elle présentement ?
C’est, à vrai dire, moins pire que prévu. Globalement meilleur qu’un best of du lounge de Café Del Mar, plus énergique qu’un café au lait. Et pour le reste, John Lydon n’est pas Barry Lyndon. Son Angleterre n’est pas plus royale que ses cheveux ne sont propres et « This is PiL », sans totalement marcher à la Wonder, n’a pas encore usé tout le jus des batteries. Mais est-ce suffisant ? On a parfois l’impression d’entendre au micro le fils illégitime d’Horace Andy et Bryan Ferry qui s’essouffle pendant que son groupe tend les cordes au maximum pour imposer son punk mâtiné au reggae. Parfois ça marche (Human, One Drop), d’autres fois pas (I must be dreaming, Lollipop Opera), et le reste du temps on s’emmerde gentiment en ayant l’impression d’écouter un grabataire tentant vainement de chanter juste dans un monde qui ne l’a jamais été. Bah ouais les mecs, n’est pas Colin Newman de Wire qui veut ; on en viendrait presque à regretter que tous les punks ne soient pas morts avant d’avoir chopé le tétanos et la presbytie. Quant à savoir quel sombre dégénéré sera capable de visser ses oreilles sur « This is PiL », confortablement assis dans son salon, c’est une énigme qu’on ne saurait élucider. Dans ce vieux pub anglais, ça fait de toute façon des lustres que la bière est tiède.

Public Image Limited // « This is PiL » // PiL Official (Differ-ant)
http://www.pilofficial.com/

3 commentaires

  1. Pour faire court, John Lydon c’est :

    – Un album de ROCK’n’ROLL ULTIME, en 1977 + singles (« Satellite », cette perfection).
    + Les deux premiers albums de P.I.L., ultimes eux aussi, pour ne pas dire mythiques (personne n’a jamais fait mieux que ça. Différent sûrement, mais pas mieux).
    + Une flopée d’interviews scabreuses, méchantes, au vitriol et toujours, toujours en contradiction avec la précédente. Ce qui fait son charme (mais pas plus).

  2. Cette chronique n’est pas vraiment mauvaise, contrairement à ce que son préambule affiche faussement modestement mais elle me semble pas non plus vraiment utile et ne sert que de prétexte à l’exercice d’une plume qui se veut acide et spirituelle. Tentative un peu vaine notamment parce qu’elle est révélatrice que la personne ne s’intéresse pas au sujet mais utilise ce dernier juste pour exister.

    Les gens intéressés par PIL iront se renseigner ailleurs, à mon avis.

  3. Même sans être fanatique de PIL, l’indigence et la paresse de cette chronique sidèrent. On prend surtout son auteur en pitié, tellement son manque de culture au sujet de l’histoire du rock (disons du punk et du post-punk) transparait derrière la vanité d’une expression écrite clichetonnante. Un bon rock critic est un rock critic mort.

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