Après une soirée bien agitée achevée à l’aube, le meilleur moyen de se réveiller est de s’envoyer le dernier disque de Jello Biafra and the Guantanamo School of Medicine dans la tronche, puis de méditer sur l’impossibilité d’être ailleurs que l’endroit où l’on se trouve à l’instant. Un truc dans la plus pure tradition punk-hardcore à la Dead Kennedys, à base de lyrics saccadées, de grosses voix de fond et d’alliance basse/batterie bien heavy. La BO de ton EVG.

Juste après,  il paraît salutaire d’enchaîner sur la compile Garage à Go Go volume 3, qui contient de nombreuses perles – dont la merveilleuse oraison garage-pop des Starfires, I never loved her.
Cette série de compiles, initiée en 2008 par les éditeurs/blogueurs de Psychedelic Lion Music, spécialistes des compilations de rarities garage-rock et ayant lancé plus récemment la série Depths of Obscurity, permet de revenir sur des groupes underground qui méritent le détour, comme The Lynx,  The Mourning Reign, The Mistics, The Deep, The Explosive, Pat Wallace, ou encore Jerry and the Germs et autres Squires. Ces compilations sont comme des encyclopédies du genre, fouillant à peu près tout ce que le garage-rock peut offrir, avec une focale sur les 60’s.

La Go Go volume 3 ouvre sur A Someday Fool de MG and The Escorts, qui présente de forte similitudes avec  la chanson Pretty Woman de Roy Orbison, le petit solo de gratte qui pique en plus. S’ensuit Taste of the same des Bad Seeds, nom dont Nick Cave a dû s’inspirer pour son backing band, et qui envoie un rock extrêmement classique, un genre de psyché de comptoir à la Stones, en moins dynamique, avec une fuite intéressante sur le solo final.

La grande chanson de la compile, I never loved her des Starfires arrive en 4e position. C’est le gros hit de ce groupe de Los Angeles des mid-60’s (actifs de 65 à 67), trésor synthétisant la désinvolture garage et la touche mélodique californienne qui plane sur l’époque, notamment à travers le label Elektra (Love, The Doors, Tim Buckley, compilations Nuggets…).

On entend des groupes comme The Castaways, les frères du 13th Floor ou des Count Five, voix plus pop et fuzz moins assassine, avec leur single Liar, Liar. C’est assez linéaire mais concis, et cela a le mérite d’être clair : le psyché, c’est la pop de l’époque. Les Liberty Lads balancent un Too much Lovin’ tribal, nuançant le côté pop et proposant un retour aux sources salutaire vers ce qui fait l’essence de cette musique : la reverb et le jeu tout en nuances. Mais cela manque tout de même un peu de relief, et on peut s’attendre à mieux. Ces groupes sont si nombreux qu’il faut vraiment tout donner pour sortir son épingle du jeu, c’est la loi de l’époque à laquelle la consommation de drogue s’agrège volontiers comme catalyseur émotionnel. C’est aussi l’essence du rock psyché.

The Next of Kin envoient une Lovely Song au rythme très entraînant, avec des guitares fuzz rappelant le son de la cornemuse et éloignant la tradition du sacro-saint Golden State. C’est frais, et cela montre l’ingéniosité des compilateurs, qui savent donner à l’auditeur les bonnes choses au bon moment. On passe sur The Tree, sortes de sous-Starfires, mais on est dans le même esprit de désinvolture sur fonds de vibratos piquants. Viennent ensuite les Mourning Reign, un groupe intéressant de San José qui s’est fait les dents sur les Yardbirds ou les Who, et qui démocratise le psyché à base de chœurs et de rythmes énergiques. On arrive ainsi logiquement aux Turtles, qui ont beaucoup donné aux Stones dans l’attitude, la voix (Howard Kaylan), la dynamique, les assemblages de guitares et, pour résumer, la manière de transformer le blues en rock de combat. Cela devient une évidence à l’écoute de Outside Chance.

D’autres groupes plus mineurs, comme Comin Down ou The Chasers, s’enchaînent pour arriver au final avec You lie des Lynx, qui redonnent leurs lettres de noblesses aux claviers naïfs et proposent un big beat garage-rock à la structure hasardeuse et aux reliefs bien dessinés par de courts solos de guitare incisifs.

On nage dans le bonheur et il faut savoir reconnaître l’intérêt du travail des compilateurs, des gens passionnés qui font plus ou moins sortir du néant des tas de pépites oubliées ou inconnues, et qui ont l’art de les assembler pour donner envie de découvrir, tout simplement. Parmis ces chercheurs d’or, on trouve bien évidemment Psychedelic Lion Music aux States, JB Wizzz du label Born Bad en France, ou encore l’incroyable tandem de l’œil de L’Aigle qui va beaucoup plus loin en compilant les raretés de tous les styles musicaux et de toutes les époques en appliquant une thématique, un genre de fil conducteur dont ils sont seuls à connaître le véritable sens, mais dont ils laissent quelques indices, notamment à travers des vidéos. A juger sur pièce grâce à d’incroyables podcasts à télécharger sur le site http://loeildelaigle.muxtape.com/.

Vidéo :

Psychedelic Lion Music // Garage a go go Vol. 3
http://psychedeliclion.blogspot.com/

3 commentaires

  1. Oui je sais l’intro sur les Dead Kennedys n’a rien à voir mais comme on m’a filé un skeud, je me devais d’en toucher un mot.

  2. ouais mais c’est biafra alors tu es pardonné ! Perso je ne fais plus l’acquisition de ce genre de compiles, j’en ai déjà des wagons… par contre je salue toujours l’effort

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