(C) Antoine Doyen

Les déclinologues annoncent sa mort depuis au moins trois décennies ; d’autres disent l’avoir vu agonisant à l’EHPAD Jean-Louis Aubert ; peu se souviennent de son visage. « Le rock, c’était quoi déjà son prénom ? ». A deux seulement, avec une guitare, une batterie et une voix, les membres de Parlor Snakes donnent aujourd’hui des nouvelles de cet être cher sur « Disaster Serenades », un disque and roll qu’on n’attendait même plus en cette fin de décennie. 2019, enterrement définitif de l’électricité ? Allons-y mollo.

Souvent, les groupes de rock français tentant de singer leurs homologues anglo-saxons ressemblent à ces mauvais polycopiés d’entreprise ; ceux délavés indiquant que la cartouche d’encre est presque vide, que ça n’imprime plus, ou mal, bref, qu’il y a l’air mais pas la chanson, comme on dit. Et que porter des jeans serrés garantissant la stérilité avant la trentaine ne fera jamais de vous le nouveau Black Rebel Motorcycle Club of Lalaland. Les gamins de Last Train ont, par exemple, bien retenu la leçon et sut récemment s’écarter de ces guignoleries so clichés. D’autres se sont perdus dedans puis sont commercialement morts, exception faite des BB Brunes réussissant à encore exister [1] en dépit d’une intelligence musicale proche du zéro absolu. Bébé et pépé rockeurs ont toujours ce décalqué ridicule qui empêchent de les écouter sérieusement.

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(C) Antoine Doyen

Il ne suffit donc pas d’avoir la trace du ceinturon de Vince Taylor balafré sur la gueule pour se prétendre homme de cuir. Et c’est donc après ce préambule qu’on en arrive à Parlor Snakes. Pour vous la faire courte et parce qu’en bons gens d’images, vous êtes en train de vous dire que le look d’Eugénie Alquezar et Peter K vous fait furieusement penser aux Kills (en moins bien) et que vous avez passé l’âge pour ces conneries de « retour du rock », disons simplement que « Disaster Serenades » doit certainement sa particularité au fait que le groupe fondé en 2003 (après une rencontre lors d’un mariage) ne gueule pas tous les quatre matins. Deux albums, l’un en 2012, le deuxième trois ans plus tard, produit par Matt Verta-Ray de Heavy Trash. Doute dans l’assemblée : « et si c’était bien ? ».

Oui, c’est bien. C’est même plus que ça : c’est américain. D’abord sur la carte d’identité, puisque le dénommé Peter K vient de là bas, il vient du blues. Et peut-être également parce que l’autre côté du prisme, la française Eugénie Alquezar tend durement la corde entre les deux pays ; conséquence de quoi Parlor Snakes sonne comme les Bad Seeds (qui ne sont pas américains, on sait) enregistrant au milieu de la Manche, en Angleterre donc, avec une chanteuse du calibre de Polly Jean Harvey. PJ, c’est vrai qu’on n’avait pas écrit son nom depuis au moins dix ans – et sincèrement ça ne nous avait pas manqué – mais la révélation Parlor Snakes, c’est en partie ce coffre et cette présence vocale qui font de la chanteuse autre chose qu’une chanteuse, autre chose qu’une porteuse de capsules de bières. Marc Bolan’s fifth dream, single évident de l’album dont il est ici question, évoque quant à lui Madonna période « Music » s’époumonant avec un Jack White dans son dos. Drôle de mariage mais qui, en dépit des réticences qu’on pourrait avoir à écouter du rock français, fai de « Disaster Serenades » une étonnante surprise pour ceux qui, croyant avoir tout vu, n’avaient pas entendu truc pareil depuis des lustres. Tiens, fin du morceau, petite ligne de synthé. Mais alors, en fait, ce ne serait pas que du rock ? Oui. C’est une espèce de western européen au climat océanique, tantôt frais, tantôt frappé comme un whisky. Une somme de clichés tels qu’à la fin, la redoutée copie finit par faire oublier tous les vieux disques que l’auditeur, ravi, a l’impression de réécouter en découvrant « Disasters Serenades ».

Evidemment, Parlor Snakes ne réinvente pas la roue à couper le beurre, ni ne révolutionne le format du rock’n’roll ; il prolonge simplement sa durée de vie de quelques secondes, et tout se finit, un peu trop vite (donc au bon moment) sur Frequency et son riff à la REM (« quoi, REM, c’est du rock ? »). Et à la fin, on sort de tout cela comme d’un petit coma, un peu groggy, pas vraiment soi, avec l’impression de s’être fait mordre par une anguille électrique dont on avait oublié le nom.

Parlor Snakes // Disaster Serenades, sortie le 4 octobre chez Hold On Music / Wagram Music
https://www.parlorsnakes.com/

En concert au Point Ephémère (Paris) le 8 octobre, le 29 aux 4 Ecluses (Dunkerque), le 15 novembre à la Clef Saint Germain (Saint Germain en Laye) et le 23 à la Baleine Déshydratée à Quimper.

[1] J’ai d’ailleurs cru lire que le mensuel désormais comique Technikart leur avait récemment accordé 10 pages. DIX PAGES.

1 commentaire

  1. je n’ai pas de demos je joue du punk glam outsiders j’aimerai et c ce que je fait toute la journée joué dans vos bureaux est-ce possible quel jour quelle ORA ?

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