Quand le freak nommé Arthur Peschaud décida, avec pour seule carte de visite son look de mérovingien défoncé au Peyotl et son expérience brumeuse au sein de Turzi, de fonder le label Pan European en 2007, nous n’étions pas nombreux à croire en ses chances d’être encore là, cinq ans plus tard. Mais quand ce même label décida d’enfoncer le clou avec une compilation anniversaire du premier quinquennat, ça m’a foutu un tel coup de vieux que l’idée même d’écrire sur cette épopée improbable me parut tout d’abord impossible.

Vu la gueule de l’armée de pieds nickelés recrutés en cinq ans, on était après tout en droit d’attendre d’eux que, plutôt que de les souffler, ils ne fument les bougies. Ou s’en servent comme de mini chandeliers pour foutre le feu à une chambre d’hôtel Ibis de seconde zone, ou crament les contrats signés à l’arrache un soir de biture ; enfin bref qu’ils fassent précisément ce qu’on n’attendait pas de la part d’un artiste signé chez Pan European, label devenu en cinq ans ce sceau de prestige pour quiconque a l’ambition de séduire les groupies vêtues de peau de bête avec un disque bizarre tenant debout par la force du Saint Esprit (ou de mystérieux remontants…).

paneuIl y a toujours quelque chose d’un peu triste dans les anniversaires, une certaine nostalgie des bons moments passés ensemble, un peu comme dans les fêtes d’anniversaire justement, quand vos convives prennent leurs vestes un à un, puis vous laissent seul au milieu de la salle à manger, ravagée par la folle nuit d’ivresse, à devoir trier les mégots et les chips alors que le jour se lève. Cette torpeur de l’instant d’après, un morceau comme Sunny Day de Koudlam l’illustre parfaitement. Et rien que pour ça, la compilation « Lost In Space » mérite d’être écoutée, voire téléchargée, puisque c’est de cela dont il est question aujourd’hui : vous offrir la possibilité de refaire l’histoire du label en 17 morceaux, un peu comme avec un album souvenirs dont on tournerait les pages en se rappelant de tel autre morceau de Koudlam écouté jusqu’à l’écœurement (See you All), de tel titre de Kill For Total Peace, à vrai dire génial (Elevator Love), qu’on avait oublié, ou encore de cet astronaute nommé Jonathan Fitoussi réconciliant à lui seul et en un titre (Surimpression) les deux continents que sont l’Europe et l’Afrique. Paneuropéen, donc.

Comme le rappelait sévèrement mais très justement The Drone dans un récent papier, tout l’amour qu’on porte à ces freaks mal peignés ne justifie pas pour autant la signature d’un chèque en blanc, pour les cinq prochaines années. Certes, il y a tout ces artistes qu’on a adoré, ces autres qu’on a su apprivoiser au fil des écoutes, et puis aussi ceux dont qu’on n’a récemment pas compris ce qu’ils venaient foutre dans la nébuleuse. Les zouaves de Pan European se seraient-ils ramollis, ou bien aurions-nous tous devenus de vieux cons ? A force d’être comblé, on finit certainement par devenir trop exigeant. A l’exception de Born Bad, aucun autre label français n’aura sur la même période signé autant d’artistes étonnants qu’on soit aujourd’hui heureux de retrouver dans sa discothèque. Parce que même avec tous leurs défauts, les disques Pan European ont tous quelque chose de singulier qui les distingue de la boite à sardines et des marchands du temple.
Nostalgie mise à part, une chose est sûre. L’écoute attentive de « Lost in Space » permet de remonter le temps, voire de l’accélérer. Dans dix ou quinze ans, quand Pan European aura mis la clef sous la porte, peut-être serons nous encore là pour raconter à nos enfants la dingue aventure que nous furent quelques uns à connaître, en ces temps reculés où l’underground français n’avait pas à rougir de ces ancêtres. Certains écriront sans doute des livres sur la question, les autres réécouteront probablement « Lost in Space », témoignage d’un label en apesanteur. Et pas seulement à cause des psychotropes…

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