Un travesti en peignoir, une somptueuse pochette rose, des synthés, du mystère, et des morceaux canons qui transpercent le coeur. Sous le nom de Botine, le ruthenois Clément Vidamant sort un merveilleux EP qui donne envie de danser en chialant. A moins que ce ne soit l’inverse. Botine ? C’est qui ? C’est quoi ? Enquête.

Le genre musical a décidément de beaux jours devant lui. Son existence, basée sur des critères parfois mal définis (le premier qui cite le complextro gagne un 45 tours de glitch-hop et un fichier MP3 d’Illbient), loin d’être remise en cause, vient même de s’enrichir d’un nouveau genre : l’Acid sensible. Mélange de références, ce mouvement musical (dont le seul représentant serait à ce jour Botine) assume une recherche mélodique pop entre rythmes new beat et gammes médidatives puisées dans l’IDM, le braindance, le rock psychédélique ou encore le krautrock. Un esprit mal avisé pourrait penser qu’il a affaire à une auberge espagnole mal gaulée, mais non. Entre nous, les étiquettes n’ont pas vraiment d’importance, particulièrement lorsque le soulier d’or se nomme Botine.

On commence par une question stupide. Pourquoi Botine avec un seul t ?

BOTINE : C’est le nom que j’utilisais sur les forums. Je l’avais pris au pif dans les dictionnaires. Et pour le singulariser un peu, j’avais enlevé un t. C’est pas plus compliqué que ça. J’avais pas mal de potes sur les forums. Des gens dans la musique, le dessin…Quand je suis arrivé à Paris, je les ai rencontré en vrai. Dans la team, il y avait déjà un Clément. C’était plus simple de garder Botine pour m’identifier.

Parle moi un peu de la pochette de cet EP. Elle dénote. Un transgenre devant un synthé, le tout baigné de rose.

BOTINE : A côté de Botine, j’ai un autre projet. Je fais pas mal de dessins. Des trucs assez trash très inspirés par l’univers trans. En école d’art, un de mes profs m’a aidé à monter ce shooting. Il a trouvé le gars qui figure sur la pochette. C’est ce prof, Brice, qui m’a donné ce goût pour l’univers trans. Visuellement, c’est très fort. Lui fait même des remakes de films avec des travelos. Je ne sais pas exactement ce qui m’inspire là-dedans, mais je trouve ça hyper beau. On se situe à mi-chemin entre le dark et la mélancolie.

Tu collectionnes les synthés. D’où te vient cette passion ?

BOTINE : Du net. Tu passes du temps à écouter des morceaux, t’identifies des sons et un jour t’as envie de savoir comment c’est fait. A chaque fois que ça m’arrivait, j’essaye de sa voir avec quels synthés le morceau avait été fait. J’ai commencé à m’intéresser comme ça. Quand j’ai voulu en acheter, je me suis mis à fréquenter les forums, des sites comme Audiofanzine… Sans parler des bons plans des copains. A la base, j’essaye surtout de me procurer des machines de récupération. Ma vie, c’est un peu la course au vintage. J’écume les annonces pour trouver le synthé qui va m’aller.

En bon geek, es-tu tombé dans le modulaire ?

BOTINE : Oui aussi… Ca doit faire 4 ans que j’ai un synthé modulaire.

“Je ne suis pas trop mode d’emploi.”

Pourquoi être allé vers le modulaire ?

BOTINE : Au départ, je voulais un SH. J’ai trouvé un constructeur qui faisait un clone de SH 101 que j’ai récupéré. Et ainsi de suite. Grâce à ça, je fabrique mon son comme je veux puisque je choisis chaque élément de ta synthèse. Le modulaire, c’est de la sculpture sonore. Tu combines des éléments avec d’autres éléments, tu choisis tes filtres, etc. Tu peux même reproduire des systèmes à l’ancienne qui sont devenus beaucoup trop chers aujourd’hui.

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Je me souviens qu’à ses débuts, Thomas Bangalter des Daft Punk lisait chaque mois les modes d’emplois de toutes ses machines.

BOTINE : Je ne suis pas trop mode d’emploi. Quand j’utilise une machine, je sais ce que je veux en tirer. Et il y a plein de mecs qui font des vidéos sur le net qui t’expliquent comment obtenir ce que tu veux. Quand je suis en recherche de nouveautés, ça m’arrive parfois d’affiner en consultant les modes d’emplois de mes machines. Surtout pour les synthés numériques, par ce qu’ils ont tellement de menus qu’il faut savoir où tu vas. Les synthés à l’ancienne, c’est plus simple. Tout est en façade, donc c’est plus évident. Tu touches un bouton, et immédiatement tu entends l’effet que cela produit. Ca te permet de faire ta popote musicale assez facilement.

Tu as 29 ans. T’as réussi à te produire des synthés vintage chez Cash Converters ou cette ère était déjà révolue ?

BOTINE : Quand j’ai commencé à me pencher sur les synthés, c’était déjà la fin. Quand j’essayais de glaner mes premiers synthés, les gros trucs hyper cotés s’étaient déjà envolées. Les TB, les Roland, etc. Les prix à l’argus étaient déjà hallucinants et plein de gens commençaient à spéculer. C’est un délire que je comprends pas…

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GONZAI : Rephlex, Marilyn Manson, Ligeti. Tes références sont très variées. Le grand écart ne te fait pas peur ?

BOTINE : Non, pas du tout. La pochette est à fond inspirée de l’univers de Richard D. James (Aphex Twin, Ndr). Particulièrement de l’EP Windowlicker avec cette incroyable pochette de Jeremy Deller. Je trouvais ça hyper beau. C’est une des inspirations qui m’est tombée dessus quand j’étais en école d’art. Marilyn Manson, c’est un peu pour la blague. Et en même temps c’en est pas vraiment une. Quand j’ai commencé à écouter du son, il faisait parti du paysage. C’est lui qui m’a fait acheter ma première guitare. C’est vraiment pour commencer à ressembler à tous ces mecs là que je me suis mis à faire de la musique. J’ai découvert la musique très tard, au lycée. Mes parents n’avaient pas d’enceintes à la maison. La musique n’existait pas. Aujourd’hui, je cite Aphex Twin dans une interview et j’ai l’impression que parler de lui, c’est complètement galvaudé. C’est devenu une icône de la scène électronique, tout le monde en parle.

GONZAI : Comment se fait la bascule de la guitare vers le synthé ?

BOTINE : Quand je vivais dans le sud, j’avais un groupe de rock avec des copains. Après mon bac je suis venu faire mes études à Paris. J’avais ramené ma guitare mais je n’avais plus de groupe et rapidement, jouer de la guitare tout seul m’a ennuyé. Puis j’ai rencontré des potes avec une boite à rythmes, un synthé. Je m’y suis mis un peu et de fil en aiguille je me suis retrouvé à avoir quasiment monté un orchestre synthétique. Tu peux bosser tout seul, c’est pratique. Pour les répétitions, c’est pareil. C’est tellement plus simple la musique électronique. En discutant technique sur des forums, j’ai réussi à tisser des liens avec d’autres musiciens électroniques. Et je me suis rendu compte certains membres de ces forums sortaient des disques. Parfois sur des labels que je connaissais. A Paris, tout le monde se connaît assez vite. C’était facile d’avoir des conseils techniques ou des contacts. Tout ça m’a mené vers les claviers.

GONZAI : Quelles rencontres fais-tu à Paris ?

BOTINE : Voiron, Dscrd, Positive Education, le collectif MoïMoï…Toute cette frange là de la musique parisienne, je l’ai découverte naturellement. Tu vois, par exemple, j’ai été barman dans le bar où on fait cette interview et Voiron y bossait en même temps que moi. Mon réseau électronique, c’est que des histoires de croisements. Des croisements rendus possibles par la ville.

GONZAI : Tu sentais moins ça dans le sud ?

BOTINE : Je viens de Rodez, une grande petite ville qui était beaucoup plus rock’n’roll qu’électro. Cette culture de la musique électronique n’était pas très présente. Et cette facilité d’exécution non plus. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai monté un collectif avec des potes. Très vite, on s’est mis à enregistrer des morceaux, à organiser des soirées dans des bars.

GONZAI : Cyclone TT303, Eowave Domino, Access VirusC, Korg MS20, synthétiseur modulaire, Jomox Xbase09, MFB 522, Boss-DE200,…Pour l’EP, t’as utilisé énormément d’instruments différents. As-tu une tendresse particulière pour une des machines utilisées sur l’EP ?

BOTINE : Pour l’EP, j’ai calqué le dispositif sur « Supreme Balloon », un des disques de Matmos. On trouvait dans la jaquette un descriptif complet de chaque morceau, avec chaque synthé utilisé, les ordis, etc. Comme une tracklist technique. Je trouvais ça assez original de partager sa petite cuisine. Alors j’ai fait la même chose. Toutes ces machines, je les aies depuis un moment. Un que j’adore, c’est le Domino. Un synthé hyper basique, hyper simple à utiliser, qui fait des sons vraiment intéressants. C’est un constructeur français, qui fait aussi du modulaire. Une super machine. Elle contient le fantasme et l’esprit que j’ai envie de trouver dans des synthés.

GONZAI : Peux-tu nous en dire un peu plus sur l’Acid Sensible ?

BOTINE : C’est entre le genre musical et le concept. C’est une patte. Au départ, c’est un concept qui vient d’une BD. C’est la vibration entre les animaux et les gens qui s’organisent en micro-société pour sauver la terre. L’idée, c’est que cette vibration va entrer en résonance avec la pulsation du cosmos pour mettre le monde en transe et que la paix s’installe partout. En musique, ça s’est appliqué à mon mélange de référence : brain dance, electronica, psychédélique. Ca m’a donné envie d’inventer ce mouvement musical, l’Acid sensible, avec l’idée de créer des personnages qui le ferait vivre.

“L’acid sensible, va falloir que des gens se l’approprient”.

GONZAI : Pour l’instant, tu es le seul représentant de l’Acid Sensible ?

BOTINE : Je ne sais pas. Je l’ai nommé comme ça… Va falloir que des gens se l’approprient. Ou alors le faire exister encore plus à travers la bande dessinée avec par exemple des personnages fictifs qui seraient des acteurs de ce mouvement. Faut essayer de tout labourer.

GONZAI : Tu n’as pas l’air d’un stakhanoviste. Les morceaux qui figurent sur cet EP ont tous été enregistrés entre 2013 et 2016. Que fais-tu depuis ?

BOTINE : Je glande. Je joue aux jeux vidéos et je vais pêcher. La vérité, c’est que je me fatigue très vite quand je numérise du son. J’adore faire de la musique et faire des jams mais l’impulsion d’enregistrer, de mettre ça piste par piste, de mixer, je ne l’ai pas du tout. Sans Johnkôôl, je n’y serai d’ailleurs jamais parvenu. J’ai pas du tout cette énergie là en moi. Ces morceaux sont issus de sessions très longues que j’ai coupées, raccourcies pour en faire des morceaux.

Botine // Acid sensible // Johnkôôl records
https://johnkoolrecords.bandcamp.com/album/acid-sensible-ep

En concert à Baleapop (dernière édition avant clôture) le 16 aout.

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