C'est l'histoire d'un mec qui revient de loin. Il a 20 ans quand sa meuf' le jette pour un connard de musicien; une tendance apparue dans les années 60 dans le sillage de la bien connue Pamela des Barres et communément regroupé sous le vocable de « groupie ». Ni une ni deux, lui décide de s'acheter une guitare pour reconquérir sa bien aimée. Et si cette tentative désespérée ne marche évidemment pas, il vient sans le savoir de transformer un drame intime en vocation artistique, le premier d'une longue série qui vont l'amener jusqu'à la sortie de cet EP 4 titres, « The World Is In Your Hands ».

Un mini-album doux et cosmique aux très fortes réminiscences du Tame Impala d’avant « Currents », c’est la thérapie de choc proposée par ce jeune musicien breton de 26 piges. Comme Eminem, Bob Dylan, mon frère, le regretté Chester Bennington, le tout aussi regretté John Lennon, tous les bluesmen et au final 99% des musiciens qui ne le diront eux pas aussi franchement, la musique vaut pour lui tous les Xanax et Lexomil du monde, ces daubes chimiques capables de transformer des gens intelligents en gros légumes incapables.

Visiblement habitué à se faire du mal pour rien, Sébastien Jamet s’est tapé toute la butte de Belleville avant d’arriver sur mon palier à Place des Fêtes (« je me suis planté de métro, putain ! »). C’est que je le reçois comme un chef, à la maison, pour une séance d’écoute gratuite sur mon fauteuil déchiré. Un entretien de type compréhensif 4 questions pour 4 chansons qui va vite se transformer en longue interview-confession, le mec étant du genre à nous raconter ses plus folles anecdotes et votre serviteur bien décidé, quant à lui, à lui faire cracher toute la vérité.

Il paraît qu’un jour tu as écouté Tame Impala et tu t’es dit « putain, c’est ça que je veux faire ». C’est vrai ?

Euhhhh non.. Enfin si c’est vrai que ça m’a beaucoup influencé, ça m’a fait énormément voyager leur truc, un espèce de mélange de Beatles, de Pink Floyd refait à la mode d’aujourd’hui, j’avais jamais entendu un truc pareil, donc oui j’ai pris une grosse claque quand j’ai écouté pour la première fois.. Et ouais ça m’a beaucoup influencé, j’ai pas mal diggé je t’avoue..

Donc c’est bien ce groupe qui t’a fait aller dans cette direction ?

Ouais entre autres ouais, après pas que.. Y’a Jonathan Wilson qui m’a inspiré aussi, ses petits solos de guitare.. HolyDrug Couple aussi.. J’ai beaucoup d’influences.. Sur cet EP j’ai chopé pas mal de trucs à droite à gauche… Au sujet de Tame Impala, je vais te raconter la vraie histoire, qui est vraiment marrante. En 2015 ils jouaient à Rock en Seine, j’avais pas de tune mais je voulais vraiment les voir, du coup j’ai fait le tour du parc, j’ai réussi à sauter par dessus une barricade. Je suis passé dans la forêt, j’ai réussi à re-rentrer dans le festival et là j’ai vu leur concert, quoi. 

“J’ai escaladé le mur de Rock en Seine pour rencontrer Tame Impala”.

Donc t’es un peu fan quand même ?

Ouais ouais ouais, j’aimais beaucoup tu vois. En 2015, quand j’ai lancé le groupe, j’étais méga-fan. Après j’ai eu trop envie d’aller leur parler, du coup je me suis dit « essayons d’aller en backstage » : j’ai essayé de négocier avec le vigile il m’a pas laissé rentrer, du coup je suis passé par les toilettes, j’ai escaladé un mur et je me suis retrouvé nez à nez avec Nick Albrook (le bassiste de Tame Impala, NDR) avec un plateau avec des verres. Du coup je lui ai dit « salut, trop cool le concert, tu penses que je peux venir boire un verre avec vous ? ».

Il t’a pas demandé comment t’étais rentré là ?

Ben non, le mec pouvait pas deviner que je venais d’escalader 36 barrières. Du coup il m’a dit « bah ouais vas-y », on a passé toute la soirée ensemble et j’ai fini avec tout le groupe. J’ai même parlé à Kevin Parker, je voulais absolument lui demander comment il faisait pour avoir ce son, et il m’a répondu : « be simple ». Il ne pouvait pas me donner une meilleure réponse.

Passons à la deuxième question : le nom de l’EP, la chanson titre et toute la promo que tu fais autour de l’album renvoient à une vision du monde vachement optimiste et presque naive. Comment tu fais ? 

Je pense que c’est important de garder la naïveté et l’innocence qu’on a quand on est enfants. On a tendance à partir dans trop de trucs sérieux quand on est adultes.. C’est important de garder ce souvenir de quand on était enfants et qu’on avait des rêves, qu’on pensait que tout était possible, et je pense que vraiment tout est possible..

Tu le penses encore ?

Ouais bien sûr, regarde moi j’ai commencé la guitare et la musique assez tard, à 20 ans. J’ai commencé parce que mon ex’ m’avait largué pour un musicien, et du coup j’avais acheté une guitare pour la reconquérir… j’ai jamais rien lâché depuis et là je sors mon premier EP.

Cet état d’esprit est aussi lié à un voyage en Amérique du Sud qui t’a ouvert l’esprit.

Ouais y’a deux ans, et j’avais fait une vidéo là-bas pour la démo de The World Is In Your Hands, une vidéo que j’ai retiré depuis. On traversait le lac Titicaca et y’avait une Péruvienne sur un bateau avec sa main en dessous de la tête. Elle avait l’air super triste, le plan était juste magnifique derrière elle, et paf’ cette idée m’est venue à ce moment là : « putain mais le monde est entre tes mains, qu’est-ce que tu fais… ».. Le titre de cette musique a pris encore plus de sens quand j’ai perdu mon père l’année dernière en décembre. Je l’ai fait incinérer et je suis parti relâcher ses cendres à la mer, j’étais tout seul et j’avais son bocal de cendres entre les mains.. J’ai capté à ce moment-là que j’avais le monde entre les mains, puisque c’est lui qui m’avait mis au monde.. A ce moment là j’avais pas fait la dernière partie de la musique qui redécolle avec un dernier refrain, que j’ai écris en hommage à mon père.

Troisième question : parlons un peu de la chanson Paranoia qui dresse une image beaucoup moins optimiste pour le coup, ce qui donne une face un peu plus noire à ton EP. Qu’est-ce qui t’es arrivé ?

La musique est très déstructurée et y’a des passages très sombres mais au final le message est plutôt positif, ce que je dis à la fin « on n’est jamais très loin de toi ». Quand on est pas bien, y’a toujours quelqu’un.. En fait je parle de la nature aussi qui est toujours présente, la connexion avec la nature.. Pour cette chanson j’ai aussi pas mal puisé dans le livre de Victor Frankl, un psychothérapeute déporté dans les camps d’Auschwitz. Y’a un passage dans ce bouquin il demande à une femme en train de mourir comment elle fait pour être encore optimiste et elle lui répond « je peux voir un arbre de ma fenêtre, et pour moi la nature c’est la vie éternelle ». Quant au riff de basse, il m’est venu dans la tête le lendemain des attentats dans un train en partance pour l’Allemagne. Tout le monde se regardait dans les yeux, c’était assez infernal. Un jour dans mon école, l’ATLA (école de Musiques Actuelles, NDR), les lumières se sont éteintes et une fille s’est mise à pleuré. On l’a tous pris dans nos bras et j’ai capté après qu’elle était dans la salle ce soir-là. J’ai beaucoup d’amis qui y étaient aussi, cette chanson c’est pour eux.

« Le nom du premier album de Tame Impala ? Je sais pas ! »

Dernière question. Keith Richard a dit un jour : « Levitation is probably the closest analogy to what you feel when you’re on stage and there’s the band playin’ behind you ». T’es d’accord avec ça ?

Le fait de se connecter avec d’autres humains sur scène, c’est la raison pour laquelle j’ai commencé la musique… L’an dernier on a fait 6-7 concerts l’an dernier, et l’un des meilleurs concerts, ah ben c’est marrant parce que c’est toi qui l’avais organisé, c’était vraiment fantastique. Une petite scène, au même stade que le public, tu te sentais vraiment connecté avec tout le monde justement.

La boucle est bouclée aujourd’hui alors. C’est pour ça que t’as pris ce nom ?

Non c’est en 2015, je faisais plonger des handicapés dans le sud de la France, tétraplégiques et paraplégiques… On les aidait vraiment, parce sans nous ils peuvent rien faire, et ils se retrouvent à nouveau en apesanteur sous l’eau, c’est pour ça « Levitation Free ».

Quand y’en a plus y’en a encore, je te fais une cinquième question bonus : quel est le nom du 1er album de Tame Impala ?

(Longue hésitation) « Lonerism » non.. Putain ma mémoire c’est du gruyère. Je sais que c’est… Non allez, la 1ère lettre ?

« I », quelqu’un qui parle de l’intérieur…

I, I, I, ah ouais, « Innerspeaker »!!

Ah ben quand même, mec.. T’es sûr que tu connais Tame Impala ? Bon je t’ai un peu aidé mais t’as gagné quand même la question super bingo : est-ce que la musique c’est une vraie thérapie pour toi ?

Ouais, ouais, ouais.. Ça peut paraître un peu égoïste mais j’écoute beaucoup mes propres chansons.. La musique que je fais, c’est principalement pour moi, pour me sentir bien. C’est ce que je veux écouter quoi. Tous les messages que j’écris, les paroles, c’est des messages qui me sont destinés, surtout dans ce 1er EP. Donc ouais, c’est une auto-thérapie.. La musique ça m’aide beaucoup à oublier, à avancer, à faire des choses, à me projet dans un monde qui me manque. Comme j’ai grandi en Bretagne j’aimerais bien être plus souvent à la mer, c’est une manière de m’évader de ma cage à poule de 30m² à Paris.

Ça va regarde, j’ai 15m² ici…

Ahahah, on peut en faire des choses dans 15m², la preuve.

Levitation Free // The World Is In Your Hands // EP publié sur son label Chapelle Productions
https://kuronekomedia.lnk.to/TheWorldIsInYourHands

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